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De l'autel

1. L’autel est élevé au-dessus du sol du sanctuaire par plusieurs « marches », qui sont toujours en nombre impair, une ou trois. Trois est le nombre vraiment liturgique. Le marchepied doit se compter, c’est ainsi que fait Orsini dans une de ses visites: « Altare habet mensam... cum duplici gradu lapideo sub suppedaneo. » Ailleurs il dit : a Si ritenga il suppedaneo. »

2. Le degré supérieur a un nom particulier, en raison de sa destination : on l’appelle marchepied. Il est en « bois », pour éviter le froid aux pieds, atténué aussi par la superposition d’un tapis. « Gradus altaris omnes cooperiantur aliquo amploetpulchro tapete, ut, si fieri potest, sint magis conspicui et ornati quam reliqua pars presbyterii, quæ pannis viridibus contegitur. Si verotale tapete amplum haberi non posset, saltem scabellum seusubpedaneum, quod est proximum altari,sittapetealiquocoopertum. » ( Cærem.episc .) — « Scabella eorum (caetera altaria per ecclesiam), si fieri possit, tape-

Itibus vel saltem pannis cooperiantur. » {Ibid.)

3. L'autel est paré tout comme l’officiant et ses ministres. Les k parements varient » de couleur suivant les fêtes: ils sont donc, selon l’occurrence, blancs, rouges, verts, violets ou noirs. La rubrique du missel tient tellement au parement qu’elle insinue qu’il vaut mieux en avoir un qui ne soit pas de la couleur du jour que de n’en avoir pas du tout : « Pallio quoque ornelur (altare) coloris, quoad fieri potest, diei festo vel officio convenientis. » Le Cérémonial des évêques prescrit kde le tendre sur un châssis et de le rehausser de galons et de franges, puis il défend de l’entourer d’un cadre de métal ou de bois l. L’usage des parements a subsisté en France jusqu’à la Révolution.

i. « Ipsum vero altare majus iu fesdvitatibus solemnioribus aut episcopo celebraturo,quo splendidius poterit,pro temporum tamen varietate et exigentia,ornabitur- Quod si a pariete disjunctum et separatum sit, apponentur tam a parte anteriori quam posteriori illius pallia aurea vel argentea aut sericea, auro perpulchre coni texta, coloris festivitati congruentis, eoque sectis quadratisquè lignis munita, quæ j telaria vocant.ne rugosa aut siuuosa, sed exteusa et explicata decentius conspician- I tur. Nullæ tamen coronides ligneæ circa altaris angulos ducantur, sed eorum loco apponi poteruut fasciæ ex auro vel serico laboratæ ac variegatæ, quibus ipsa altaris faciès apteredimita oruatior appareat. » [Gœrem. episcop.)

Le cardinal Orsini dans ses visites insiste sur ces deux points : un châssis pour que l’étoffe ne fasse pas de plis, et des crochets de fer pour le fixer de chaque côté à l’autel : « Inventum est idem telarium sustinere plura pallia, uno supra aliud collocato, quod fuit exprobatum et mandatum unumquodque proprio telari aptari. Pallium sericum inventum est sine telari, quare mandatum est fieri et pro ipso aptari uncos ferreos a lateribus altaris. Pallium rubrum deest et nigrum est sine telario. »

4. L’autel est plein et massif, sans ouvertures ou « fenêtres d’aucune sorte ». Elles ne seraient tolérables qu’au cas où il contiendrait un corps saint, car elles donneraient alors la facilité de le voir. Le cardinal Orsini s’explique très clairement à ce sujet dans cet article d’une visite : « Locus ubi reliquiæ reconduntur est intus unicam aram et proinde a parte anteriori habetur fenestella cum parvis cancellis, a parte vero posteriori habetur porta cum clavi. »

Monacelli demande une croix à la partie antérieure, suivant l’usage romain : « An altaria sint proportionatæ altitudinis, latitudinis et longitudinis, muro undique piano et incrustato ac signo crucis in facie munita. »

b. L’autel, en dehors du temps de la messe, est recouvert d’une * housse » dont la couleur est verte, quelle qu’en soit l’étoffe. Orsini n’oubliaitpas ce détail dans ses visites: « Tela stragula'colorisviridis. Tela stragula nimis curta est et stricta, unde ita ampliari debet ut totam mensam altaris tegat. »

6. Le missel est soutenu soit, suivant l’ancien usage, sur un « coussin » de la couleur du jour, comme l’indique la rubrique :

« In cornu cpistolæ cussinus supponendus missali, » soit sur un « pupitre », léger et portatif en bois ou en métal, découpé à jour.

7. Les «nappes» sont au nombre de « trois, sans croix», et bénites par qui de droit. La première, qui couvre toute la table, pend de chaque côté jusqu’à terre; les deux autres sont représentées par une seule « nappe pliée en deux », de la longueur même de l’autel. A Rome, à cause du parement, on n’y met que des dentelles très étroites. Voici la rubrique même du missel de S. Pie V, qui est d’une meilleure rédaction que l’article du questionnaire de Benoît Xlü : « Altare operiatur tribus mappis seu tobaleis mundis, ab episcopo vel alio habente potestatem benedictis, superiorj saltem

oblonga, quæ usque ad terram pertingat, duabus aliis brevioribus i vel una duplicata. » — « Altare sit coopertummundis linteis,saltem tribus diversis et desuper nihil ponatur, nisi reliquiæ ac res sacræ i et pro sacrificio opportunæ. » {Pontifical.) — «Lineæmappæmundæ très saltem explicentur, quæ totam altaris planitiem et latera contegant. » ( Cærem . episc.)

8. La propreté exige qu’on « change les nappes » de temps en | temps. La rubrique du missel, basée sur un profond respect pour

le saint sacrifice, les veut toujours propres, « tobaleis mundis ».

9. « L’autel est en pierre polie » et unie, la pierre seule convenant à la consécration A, ainsi qu’on le lit dans le bréviaire romain, à l’occasion de la Dédicace de la basilique de Saint-Pierre (18 novembre), à la cinquième leçon des matines : « Loco basilicæ principis apostolorum designato, ecclesiam ædificavit (Constantinus), quam sanctus Silvester papa... dedicavit et in ea altare lapideum chrismate delibutum erexit, atque ex eo tempore sancivit ne dein-

j ceps altaria nisi ex lapide fièrent. »

10. Si l’autel est consacré, la « consécration » se constate par i une inscription latine, gravée sur la tranche même de la table et qui

rappelle le nom du consécrateur, le jour de la consécration, le voi cable et quelquefois les reliques des saints martyrs mises dans le sé- Ipulcre. En voici un exemple récent, copié au maître-autel de | S. Angelo in Pescharia, à Rome ;

-j- Rogerius. Antici. Mattéi, patr. Constantinop. iii. id. julii. an. i Chr. mdccclxxiii. altare. hoc. a. Pio. ix. p. m. donatum. solemni. y ritu. consecravit. in. honorem. Ss. Mich. archang. Getvl. Symph. et. itni. fil. mm.

j Cette inscription, au temps du cardinal Orsini, était rendue oblijigatoire par l’insertion d’une clause spéciale dans l’acte même qui t devait rester comme document authentique de la consécration :

» !ï Manda vit marmoreum lapidem posteros de hujusmodi consecra- Jltione admonentem intra très menses apponi. »

[Le même archevêque, dans son trentième synode de Bénévent, en .716, donna à son clergé d’utiles avertissements sur la consécration les autels :

i. C’est pourquoi la première édition de la Méthode recommande que la « masse » l.t les « angles » soient « en pierre ».

1° Si l’autel est en trois morceaux et que celui du milieu ait été seul consacré, on peut renouveler les deux latéraux, tout en ne louchant pas à celui du milieu, et alors la consécration subsiste.

2° L’autel perd sa consécration si l’on enlève de dessous la table la partie antérieure de la masse unie à la table, surtout si cette partie est d’un seul morceau.

3* L’autel qui est appuyé immédiatement sur deux consoles ou colonnes de pierre ou deux bases latérales, perd sa consécration si l’on renouvelle ces supports de la table.

4’ Au contraire, si entre ces consoles, colonnes ou supports, il y a une pierre unie à la table et qui y reste attachée indépendamment dessoutiens^ on peut utiliser ces soutiens, sans préjudice de la consécration.

b° L’autel reste déconsacré, si la tablette qui clôt le sépulcre des reliques est brisée ou enlevée, ou encore si un des porte-coins de l’autel est brisé.

6° L’autel ne perd pas sa consécration si l’on renouvelle l’enduit de la masse ou tombeau, ou si l’on refait et enlève les peintures.

Si l’autel n’était pas consacré, on y mettrait une pierre sacrée ou « autel portatif », qui ne doit jamais être qu’une exception et non la règle habituelle d’un diocèse. Un décret de la Visite apostolique de Rome recommande que la pierre seule soit en saillie sur la table de l’autel, de manière que le prêtre, à la messe, sache exactement sa place, ce qui est nécessaire pour poser l’hostie et le calice convenablement.

11. L’évêque « visite les reliques de l’autel consacré » et constate leur « intégrité », c’est-à-dire que les reliques doivent être dans le sépulcre comme le consécrateur les y a déposées, et que la pierre qui les ferme ne porte aucune trace de violation, car alors l'autel serait exécré.

Un autel ne peut être détruit qu’en vertu d’une autorisation écrite de l’Ordinaire.

12. « La consécration de l’autel » requiert, à cause des saintes huiles répandues à sa surface et qui pourraient salir les nappes, une « toile cirée », qui couvre la table dans toute son étendue et non le sépulcre seulement. J’ai copié cette recommandation dans une des visites d’Orsini : « Ara lapidea sacrata cum ecclesia ipsa ac proinde tela cerata habetur. ».

13. Les « gradins », posés en dehors de la table consacrée et débordant à droite et à gauche, sont nécessités principalement par le

grand nombre de chandeliers requis pour le salut et l’exposition du Saint Sacrement. Un seul gradin serait souvent insuffisant : à Rome, il y en a dans les églises deux et parfois trois. On en augmente môme le nombre, en raison de circonstances spéciales, mais alors d’une manière transitoire. Ils peuvent être en bois, il est préférable d’y employer la matière même qui a servi à l’autel : « Gradus pro candelabris marmorei, » dit Orsini dans une visite.

14. Il faut lire dans le Cérémonial des Evêques ce qui concerne la « croix », les « chandeliers » et les « fleurs1 ».

La croix dépasse les chandeliers de toute la hauteur du crucifix et par conséquent doit avoir des proportions convenables. Orsini en rejeta une parce qu’elle était trop petite : « Grux altaris nimis exigua commutari debet cum alia majori. » Elle s’aligne sur le même rang que les six principaux chandeliers qui sont placés là pour l’honorer. Benoît XIY, par la constitution Accepimus du 17 juillet 1746, fait une obligation stricte de la croix, qui, ajoute-t-il, pourrait être remplacée par un tableau où serait peint un crucifix : « Dummodo primum locum obtineat præ cæteris omnibus quæ in eadem tabula exprimuntur. »

Les chandeliers sont de hauteur inégale, les plus hauts étant les plus voisins de la croix. Dans la pratique, on remédie à l’égalité des chandeliers de deux façons : en mettant des supports de bois dorés ou argentés et de differentes hauteurs sous les chandeliers ; ou en faisant des cierges inégaux dont les sommets forment comme un triangle de la croix aux extrémités de l’autel. Il serait contraire à la tradition de donner aux gradins la forme de marches d’escalier pour

t. « Supra vero in planitie altaris adsint candelabra sex argentea, si haberi possunt; sin minus ex aurichalco aut cupro aurato pulchre fabricata et aliquanto altiora spectabilioraque his quæ cæteris diebus non festivis apponi soient; et super illis cerei albi : in quorum medio locabitur crux ex eodem métallo et opéré præalta, ita ut pes crucis æquet altitudinem vicinorum candelabrorum et crux ipsa tota candelabris superemineat cum imagine sanctissimi crucifixi versa ad anteriorem altaris faciem. Ipsa candelabra non omniuo inter se æqualiasint, sed paulatim quasi per gradus ab utroque altaris latere surgentia, ita ut ex eis altiora sint immédiate hinc inde a lateribus crucis posita. Si haberentur aliquæ reliquiæ aut tabernacula cum reliquiis sanctorum, vel sanctorum imagines argenteæ seu ex alia materia, staturæ competentis, congrue apponi possent; quæquidem sacræ reliquiæ et imagines, cum sex tantum candelabra super altare erunt, disponi poterunt alternatim inter ipsa candelabra, si modo ipsa altaris dispositio et longitudoid patiatur; sed et vascula cumflosculis frondibusque odoriferis, seu serico contextis studiose ornata adhiberi poterunt. » (Cærem. episc.)

obtenir cette inégalité. Il est utile de rappeler ici que les petits autels n’admettent régulièrement que deux chandeliers. Ordinairement cependant, à Rome, il y en a quatre ou six à l’autel du Saint-Sacrement. Le nombre varie au maître-autel selon les règles de l’office : deux pour les simples offices, quatre aux octaves, fériés de l’avent et du carême, quatre-temps et vigiles, semi-doubles et doubles mineurs, et six aux doubles, dimanches et fêtes d’obligation. Ce nombre ne doit jamais se régler sur la qualité et la dignité de l’officiant, quel qu’il soit: « Cætera altaria per ecclesiam... habeant quælibet duo candelabra cura cereis, et in medio crucem cum imagine crucifixi argenteam, vel ex aliquo métallo aut cupro aurato. . . dominicis diebus^et aliis festis quibus populi ab opéré cessant inornatu altarium... eadem (sex candelabra). . . festis duplicibus minoribus, semiduplicibus, feriis quadragesimæ et adventus, quatuor temporum et vigiliarum. . . sufficient in altari quatuor candelabra, sed in festis simplicibus et feriis per annum duo. Eadem respective et in collegiatis observantur. y>(Cærem. episc.)

On peut mettre sur les gradins, jamais sur l’autel, des bouquets de fleurs naturelles, que l’on remplace avantageusement par des fleurs artificielles en papier, ou mieux en soie. A Bénévent, le cardinal Orsini avait fait fabriquer en cuivre repoussé des bouquets d’une seule pièce. La visite des églises de campagne, en 1724, prescrivait, sans doute par économie, de se conformer au modèle, qui est loin d’être beau : « Tabelle intagliate loco florum verdi in oro, consimili a candelieri. »

15. A Rome, les cierges sont en cire pleine et massive. Le chandelier est muni, en conséquence, au-dessus de la bobèche, d’une douille ou bocalet 1 « boccinoio », dans lequel s’implante le cierge. Pour le tenir droit, au cas où la douille serait trop large, on l’assujettit avec des « éclats de bois ». Le cardinal Orsini insistait avec raison, dans ses visites, sur la nécessité du bocalet que ne peut remplacer une pointe de fer, même pour des cierges creusés à la base.

Aux fêtes, on met au grand autel des cierges peints, ce qui est fort élégant; mais Msr Martinucci prétend restreindre cet usage à la chapelle papale.

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