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IX. — Visite de Saixt-Bertrand de Comminges

L’évêque, en raison de sa charge, est tenu strictement de visiter tout son diocèse chaque année ou au moins tous les deux ans.

Le concile de Trente, en renouvelant cette mesure salutaire, stimula le zèle des pasteurs, ralenti depuis longtemps. L’influence de ses décrets se fit sentir efficacement à la fin du xvi® siècle et dans la première moitié du xvne.

Nous avons de cette époque un grand nombre de procès-verbaux de visites, accomplies avec tout le soin possible. Ils dorment dans les archives, en attendant qu’on les exhume pour les mettre en lumière.

Deux seulement ont été publiés jusqu’à ce jour 2. Je recommande tout spécialement ce genre de documents aux chercheurs et aux érudits.

1. La Visite de la cathédrale Saint-Bertrand de Comminges, en 1627 ; Montpellier, 1877, in -4, de 44 pag. Extrait des Chroniques de Languedoc , t. III ; tirage à part à 30 ex.

2. « Procès-verbal de la visite de l’église métropolitaine et du chapitre d’Alby, publié et annoté par le baron de Rivières » ( Bulletin monumental , ann. 1873 et 1874). — Le procès-verbal de la visite de la cathédrale de Béziers, en 1633, par Clément de Bonzy, déjà édité par le Comité des arts et monuments, Bull, des Comités hist., archéologie, t. I, p. 241-236, 263-286, a trouvé place dans les Chroniques de Languedoc.

Ils intéressent à la fois l’archéologue, qui y trouve de curieux renseignements sur le passé; le liturgiste, qui y remarque des coutumes particulières mêlées à une application bien comprise du rit romain; enfin le canoniste, qui saura avec plaisir comment en France on tenait compte, dans la pratique, des prescriptions de la Sainte Église.

Le procès-verbal de la visite de la cathédrale de Saint-Bertrand de Gomminges, rédigé en 1627, appartient à un habitant de cette ville. C’est sur l’original, dont il n’existe pas d’autre exemplaire, quoique le protocole final en mentionne deux , que M. le chanoine Louis Bedeau de l’Ecochère a fait la copie qu’il a bien voulu me communiquer et que je vais publier intégralement.

Le document est long, parce que le détail est minutieux. Cette considération m’oblige à n’y ajouter que les notes rigoureusement nécessaires pour l’élucider.

C’est vraiment une bonne fortune de pouvoir mettre la main sur des pièces de cette valeur, qui font pénétrer dans la vie intime et journalière d’un chapitre cathédral et montrent l’édifice sacré sous tous ses aspects. La visite porte, en effet, sur les choses, les lieux et les personnes, comme l'exige le droit.

A côté, nous voyons les églises et chapelles rurales, bien délaissées, quoique à proximité de la ville. Le contraste est frappant : on est moins soigneux et zélé là où les grosses prébendes font défaut.

J’ai laissé l’orthographe telle qu’elle était. Toutefois, pour rendre la lecture plus facile, j’ai supprimé les abréviations assez nombreuses et ponctué différemment. Si j’avais été à même de contrôler la copie par l’original, peut-être aurais je pu compléter quelques lacunes que je me suis contenté de remplir en note, pour ne pas altérer le texte.

I. — Verbal de la visite de l’église cathédrale Saint Bertrand DE COMMINGES

L’an mil six cents vingt-sept et le vendredy huiliesme du mois d’octobre, Révérendissime père en Dieu Messire Barthélemy de Donadieu de

Griet, par la grâce de Dieu et du St-Siège apostolique 1 Evesque de Cominges, ayant, dès le dimanche précédent, troiziesme dudit mois, fait publier au prosne de la messe parroisialle de la dicte église, que le dimanche suyvant, dixiesme d’octobre, il commenceroit le cours de sa visite par son église cathédralle, est party du chasteau et maison Episcopalle d’Alan 2, en la compagnie d’autre Révérendissime père en Dieu Messire François de Donadieu, ancien Evesque d’Auxerre, son oncle; accompagné de vénérables personnes Messieurs Pierre Malhé, docteur en théologie ; Hugues de Labatus 3, docteur ès saints décretz, vicaires généraux; Révérand père Furre Capdeville, religieux commandeur au couvent de la Mercy et docteur régent en l’Université de Tholose; Maistres Guillaume Sire, prebtre, son fiscal ; Jean de Cipierre, bachelier en théologie, procureur, son aulmosnier; Jean deMedidier, son secrétaire et de ses aultres domestiques et s’en sont tous allés au dict Saint Bertrand; au devant desquels sgrs. Evesques sont venus, de la part du chapitre de la dicte Eglise, Messrs Maître Pierre Auxiondede Bourjac, noble Jean Jacques deTersacde Montberault, chanoine sacristain, Arnauld du Casse, chanoine et tous ensemble sont arrivés le mesme jour en la cité dudit Saint Bertrand et mis pied à terre, à l’endroit de l’arc qui est au dessoulz de la porte de Cabirol 4, où se sont trouvés tous les aultres srs chanoines et prébendiers de la dicte Eglise, pour saluer, accueillir et recepvoir mes dicts sgrs. les Evesques, lesquels ils ont accompagnés jusques dans la maison épiscopalle, qui est contiguë et joignant ladite porte de Cabirol, sans de tout ce jour-là ny le lendemain neufiesme dudit mois procéder à aulcun acte cle visite .

Du dixiesme" du mois. — Arrivé donc le dixiesme dudit mois d’octobre, sur les entre huict et neuf heures du matin, Mondict seigneur le Révérendissime Messire Barthélemy de Donadieu de Griet, Evesque de Cominges, adverty que Messieurs du chapitre de son Eglise cathédralle, tant les archidiacres qu’aucunes dignités, chanoines et prébendiers, revestus de leurs surplis ét aulmuces 5 estoient venus processionnellement tous en corps, la croix levée, et demeroient arrestezau devant de la porte de la dicte mai-

1. Les évêques doivent adopter cette formule, qui est la seule légitime. Par la miséricorde divine ne convient qu’aux cardinaux-évêques.

2. Alan était le château des évêques de Comminges. Lorsque l’évêché de St- Bertrand fut en ruine, ils s’y tinrent habituellement. C’est à Alan, in Alano, que fut écrit le beau missel commandé par Jean-Baptiste de Foix, évêque de Comminges, et achevé en 1492 par Pierre de la Nouhe, qui a signé son œuvre. Ce manuscrit appartient maintenant à la Bibliothèque nationale : je l’ai signalé dès 1852*

3. M. d’Agos a cité quatre chanoines de ce nom, qu’il écrit Labatut : Biaise, grand archidiacre en 1527; Bertrand, en 1531 ; un autre Bertrand, en 1540, et Hugues, archidiacre d’Aure.

4. Cet arc, que je ne crois pas très ancien, au moins dans sa forme actuelle, bute le couvent des Olivétains (autrefois partie intégrante de l’évêché), qui surplombe la rue.

5. L’insigne des chanoines était l’aumusse, comme dans la plupart des églises de France.

son épiscopalle, assisté des premières dignités du dict chapitre, s’est revestu, dans la grande salle de sa dicte maison, de son camail et rochet 1 ; ainsi est sorty et s’en est allé par la grande rue en procession solennelle jusques aux degrés qui sont devant la grande porte de la dicte Eglise cathédralle, au plus bas desquels a trouvé un faldistoire 2 sive agenouilloir préparé, sur lequel s’estant mis à genouxM’ Messire Arnauld Bouffartigue, archidiacre de Rivière, en l’absence de Monsr le grand archidiacre, luy a présenté la croix, laquelle aux adorations il a baisée, puis s’en est monté jusques à la porte, à l’entrée de laquelle le dict Sr Bouffartigue archidiacre luy a présenté l’aspersoir avec l’eau béniste, laquelle prinse premièrement pour luy, avec le mesme aspersoir en a donné aux assistants et en suitte ayant reçu de la main du dict Sr archidiacre les encensements, selon qu’il est porté par le Pontifical, s’est advancé dans l’église, le chœur avec la musique chantant l’antienne Sacerdos et pontifex 3 et, arrivé devant l’autel de la paroisse, sur lequel repose le S. Sacrement, s’est arresté et mis à genoux sur un autre faldistoire préparé à ces fins. Et la dite antienne finie, le susdits1, 3 archidiacre ayant chanté à haute voix les versetz qui sont après la dicte antienne, a dit l’oraison expresse, suivant le Pontifical, au coing de l’autel et du costé de l’épistre. L’oraison finie, le mesme chœur chantant l’antienne de S. Bertrand, se sont tous advancés vers le grand autel du chœur de la dicte église devant lequel estoit un troiziesme faldistoire préparé, auquel mondict seigneur s’estant arresté et mis à genoux, l’antienne finie et le verset d’icelle chanté, s’est levé et a dict l’oraison de S. Bertrand au coing de l’autel du costé de l’épistre ; puis quittant le pluvial blanc, en a prins un noir, s’est advancé au milieu de l’autel, où tourné vers le peuple, l’antienne Si iniquitates commencée et continuée à haulte voix, en suitte le psalme De profundis au long, le tout par le chœur ; la dicte antienne répétée, le Pater noster prononcé à haulte voix par mon dict seigneur, les aspersions de l’eau béniste et encensements faicts, suyvant qu’il est porté par le Pontifical accoutumé, de mesme à haulte voix Et ne nos , ce qui ensuyt avec les versetz et l’oraison pour les morlz; incontinent le respons Qui Lazarum commencé, tout le chœur s’est advancé processionnelle ment au cloistre 4, où mondict seigneur arrivé et à l’endroict de la sortie

1. Le rochet découvert et le camail ou mozette par-dessus dénotent la juridiction ordinaire. Hors de son diocèse, l’évêque couvre le rochet de la mantellettci.

2. Le faldistoire, en latin faldistorium , est une espèce de pliant, sans dossier, mais avec accoudoirs, qui sert d’agenouilloir à l’évêque dans son diocèse et de siège pour certaines cérémonies où il ne peut faire usage du trône, comme ordinations et consécrations.

3. Cette antienne, qui se chante quand l’évêque fait son entrée solennelle, est extraite des premières vêpres de l’office d’un confesseur pontife, où elle est destinée

au Magnificat.

4. Le cloître est situé au midi de la cathédrale. Les chanoines y avaient leur sépulture. Il est encore rempli d’épitaphes du moyen âge, gravées sur marbre eu belle gothique ronde.

qui regarde vers le cimetière qui est joignant l’église, tirant vers le dehors et bas de la sacristie du costé de la petite porte du sceptre l pour descendre au Gabirol, maisons épiscopalles, le susdit respons fini, l’antienne Si iniquitates chantée et ensuitte le psalme De profundis , à la fin d’iceluy la mesme antienne Si iniquitates répétée au mesme endroict contre le milieu du cimetière, ayant le cloistre d’un costé, dans lequel sont plusieurs sépultures et le dict cimetière de l’autre, le chœur a chanté le respons Libéra avec les verselz qui suyvent, au long ledict respons Libéra répété jusques au premier verset, l’encens a esté présenté par le susdict Sr archidiacre de Rivière avet la nacelle et par un autre assistant Pencensoir dans lequel l’encens remis par mondict seigneur et le chœur ayant chanté le Kirie eleison à la coustume en telle cérémonie, la mitre quittée, a chanté à haulte voix Pater noster , lequel pendant qu’il s’est récité bas, a faict l’aspersion avec l’eau béniste et les encensementz, tout ainsi qu’en l’église, puis a chanté à haulte voix le verset Et ne nos inducas, avec ceux qui suyvent, ensemble les oraisons, selon qu’il est porté par le Pontifical, puis le signe de la croix fait des quatre costez dudict cimetière et cloistre, les deux ensemble représentantz le seul cimetière pour la cérémonie qui s’y doibtz observer, la mitre reprinse, le chœur s’en est retourné de mesme processionnellement dans l’église en récitant à haulte voix sans ton 2 le psaume Miserere mei Deus. Et arrivé qu’a esté mondict seigneur au grand autel, la mitre quittée, se tenant au milieu d’icelluy, a prononcé le Kirie eleison à voix haulte, intelligible, avec les versetz et oraison Absolve quæsumus, le tout suivant qu’il est porté par le Pontifical 3.

Les absolutions pour les raortz faictes en la forme cy dessus, Mondit Seigneur est descendu de l’autel aux chaires qui sont dans le presbytère du costé de Pépistre où, remis à celle qu’il occupe lorsqu’il célèbre pontificalement, s’est revestu de ses habits et ornements pontificaux pour la célébration de la messe, qui c’est dicle du S1 Esprit, à lui assistantz Messrs Arnauld Bouffartigue, chanoine et archidiacre de Rivière; François de Binos d’Arros, chanoine et archidiacre d’Aran ; Jacques de Tersac de Montberault, chanoine sacristain ; Pierre de Berterèche, chanoine précenleur pour chanter l’évangile, et Arnauld Ducasse, aussy chanoine pour Pépistre 4. A l’offertoire de la messe 5, le susnommé R. P. Capdeville, la bénédiction

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