‹ Œuvres complètesChapitre 105 sur 142 · IV. Madame D*" à son fils · texte numérisé non relu

IV. Madame D*" à son fils

Amsterdam, le 18 mai.

Je te félicite, mon cher fils , d'avoir un ami tel que Charles. Quelques personnes de ma connaissance, qui l'ont vu chez son père, me parlent de lui comme d'un enfant on ne peut pas plus intéressant. Tu vois par-la ce que l'on gagne a se bien conduire et à remplir ses devoirs , on se fait aimer et estimer de tout le monde.

Edouard, dès ses premières années, a montré un caractère indocile et sauvage. Mais, mon cher ami, tu ne dois remarquer ses défauts que pour t'en préserver, sans donner dans ton cœur la moindre place a la haine. Edouard est jeune , il peut se corriger ; et jusques à cet heureux changement , il n'est digne que d'une tendre compassion.

Il me paraît par la lettre de madame Grandisson, qu'elle a pris de l'amitié pour toi. C'est un encouragement a faire de ton mieux pour mériter ce qu'elle me dit sur ton compte. Tu dois sentir combien les reproches qu'elle aurait a te faire seraient cruels pour mon cœur. Mais non, je te connais, tu ne veux point cesser d'être le bien-aimé de ta maman. Adieu, mon cher fils.

LE PlîTIT GRANDISSONS.

V* Guillaume /)" à sa mère.

Londres, le 27 nia5.

Charles vous écrit, maman, Charles vous écrit. Vous trouverez sa lettre dans la mienne. Quelle belle écriture, et quelle jolie manière de s'exprimer ! Mais soyez tranquille, il ne tiendra pas à moi que je ne sois bientôt en état de faire aussi bieu que lui. Je n'ai que douze ans, et il en a treize. Voilà un an de différence où je puis bien avancer.

llien ne manquerait à mon bonheur, maman, si vous étiez ici pour voir combien je suis heureux. Toutes nos études sout autant de plaisirs. Nous apprenons le dessin, la danse, la musique, et nous faisons tous les jours des promenades dans la campagne pour connaître les plantes. M. Bartlet, qui est un homme très-savant, vient nous voir deux ou trois fois par semaine, et nous trouvons beaucoup à profiter dans sa conversation. Je sens mieux tous les jours, combien il est triste de rester daus l'ignorance. Il y a tant d'avantage à cultiver son esprit ! et il n'y a qu'à savoir s'y prendre pour s'amuser en s'inslruisant. Oh ! ne craignez pas que je perdre mon temps en cette maison ; j'ai un trop bon exemple dans mon ami Charles. Il règne entre nous une émulation qui ne prend rien sur notre amitié : au contraire, il semble qus nous nous en aimions davantage. Mais il faut que je cesse de vous écrire , car on m'appelle pour déjeuner. Va donc , ma lettre, dis à ma chère maman que je l'aime de tout mon cœur, dis-lui que je l'embrasse mille et mille fois.

Je profite du petit coin de papier qui me reste pour faire à ma sœur encore plus d'amitiés qu'il n'en peut tenir.

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