XIV. Guillaume /)*** à sa mère
Le 12 juillet
Je vous remercie, ma chère maman , de votre lettre gracieuse II y avait bien long-temps que vous ne m'aviez écrit. Je craignais que vous ne fussiez pas contcnle de moi. Savez-vous ce que je fais? Je pari e toujours dans mon sein la dernière lettre que j'ai reçue de vous, pour être plus souvent a portée de la lire, et de repasser les bonnes leçons que vous m'y donnez.
Il me semble que je vais en valoir un peu mieux chaque fois que je l'ai lue.
C'était hier la fête de Mme Grandisson. Charles se leva de très-bonne heure. Sa prière fut beaucoup plus lougue qu'à l'ordinaire. Il priait sans doute le Ciel pour sa chère maman , comme je fais pour vous quand c'est votre fête. Il s'habilla ensuite de neuf. Vous auriez été charmée de sa bonne mine. Mais il faut que je vous reprenne les choses d'un peu plus loin.
Il y a près d'un mois qu'Edouard et Cl/arles eurent chacun un habit neuf d'été, qu'ils avaient choisi eux-mêmes. Edouard mit le sien dès le premier jour; mais Charles continua de porter celui de l'année précédente , qui était encore fort propre. Son père lui en ayant demandé la raison, il lui répondit qu'il réservait sa parure pour une visite de cérémonie. Voyez- vous, maman? Cette visite était celle qu'il devait rendre à sa mère le jour de sa fête. Que Charles est aimable ! et comme tout ce qu'il fait est bien imaginé ! Emilie était déjà venue frapper à notre porte , et nous attendait avec impatience. Nous descendîmes ensemble, et nous trouvâmes monsieur et madame Grandisson qui déjeunaient dans le salon. Charles fut le premier qui souhaita une bonne fête à sa maman. Il mit un genou en terre devant elle, et lui baisa respectueusement la main. Oh! si je pouvais me rappeler
tout ce qu'il lui dit! Mais j'étais trop vivement ému pour retenir la suite de ses paroles. 11 lui présenta aussi un bouquet de fleurs qu'il avait cultivées de ses propres mains. Emilie le suivit, et donna à sa maman un joli sac a ouvrage qu'elle avait fait elle-même. Ce présent était touta-fait inattendu , et il en devint par la plus agréable. Madame Grandisson prit ses deux enfans dans son sein et les baisa tendrement. Ils furent ensuite embrassés de leur papa , tandis que je faisais mon compliment du mieux qu'il m'était possible. Ce fut au moins avec un cœur bien sincère, car j'aime véritablement mes dignes bienfaiteurs. Edouard vint un moment après. Je suis bien sûr qu'il aime sa maman. Eh! qui ne l'aimerait pas? Mais il eut beau faire, ses manières ne me firent pas autant de plaisir que celles de Charles. L'un fait tout plus agréablement que l'autre. Emilie eut une jolie paire de brasselets. Charles et Edouard eurent chacun une montre a répétition. Croiriezvous que depuis hier celle d'Edouard est déjà dérangée ? Et moi , ma chère maman , j'ai eu un beau microscope. Cela vaut mieux pour moi que tous les bijoux. Oh! la bonne madame Grandisson! Comment ai-je mérité ce cadeau?
Le soir il nous vint une grande compagnie de toutes les maisons de campagne d'alentour. Charles fit les honneurs de la table comme un homme fait. 11 dépeça les viandes , il versa les liqueurs, il servit les dames ; en un mot , il remplit a merveille son petit emploi.
Voila une bien longue lettre, maman , mais je parle de mon ami , et c'est à vous que j'en parle. Je ne suis plus étonné que de pouvoir si tôt finir. Je ne le ferai pourtant pas sans avoir tendrement embrassé ma petite sceur> pour qu'elle vous le rende.
LS PETIT GUXWDI5SOX.