XXIV. Madame Grandisson à sa fille
Le 9 août.
Oh! si j'étais près de toi, ma chère Emilie , avec quels transports je te presserais contre mon sein! Oui, je t'approuve entièrement d'avoir secouru la jeune demoiselle Falston dans son malheur. Je veux te donner pour récompense une nouvelle occasion de goûter le plaisir de faire du bien. Tu trouveras dans ma garde-robe une pièce d'étoffe que je destinais à m'habiller. Tu en auras assez pour faire faire une robe à chacune des deux demoiselles. Si j'en crois le bon cœur de mon Emilie, cette disposition lui causera plus de plaisir que si je la faisais en sa faveur. Adieu , ma chère fille , n'oublie jamais la leçon que tu t'es donnée à toi-même dans ta lettre, de n'être jamais fière de la possession des biens de ce monde, puisqu'une seule nuit peut nous en priver; tii dédaigneuse envers tes semblables, puisque tu peux avoir besoin de leur secours au moment où tu y penses le moins. Conserve toujours devant tes yeux l'événement terrible dont tu m'as fait la peinture. Songe sans cesse combien il est dangereux de jouer avec
LE PETIT CllAJNDISSON.
le feu, puisque d'une étincelle dépend souvent notre ruine ou même notre mort.
Bien des amitiés de ma part à Guillaume et a tes frères. J'espère avoir bientôt le plaisir de vous embrasser, et de te témoigner particulièrement la satisfaction que j'ai ressentie de la conduite.