XXV. Charles Grandisson à son père
Le i 0 août.
Je m'empresse , mon cher papa , de répondre à la lettre gracieuse dont vous m'avez honoré. Si vous aviez vu combien M. Falston m'a témoigné de reconnaissance, vous en auriez pleuré d'attendrissement ainsi que moi. Tandis qu'il m'embrassait , je voyais de grosses larmes couler le long de ses joues. Ah ! ces larmes devaient être bien douces pour lui, puisque je trouvais tant de douceur dans les miennes. Je dois vous rendre compte de tout ce que j'ai fait. Le voici. M. Falston a, comme vous le savez, de la fierté dans le caractère , et il aurait pu être humilié de recevoir un secours qui dans
cette circonstance aurait eu l'air d'une charité. Je ne lui ai présenté le billet de banque que comme un prêt dont il serait libre de s'acquitter à son aise. Il a voulu m'en donner une reconnaissance, je l'ai reçue; mais je l'ai déchirée devant lui, en disant que je n'avais besoin que de sa parole , pour lui faire entendre qu'il n'aurait jamais de tracasserie a essuyer a ce sujet. Si j'avais pu mettre le billet en cachette dans sa tabatière, je l'aurais mieux aimé, parce qu'il n'aurait jamais su d'où lui venait ce secours, mais je n'ai pas trouvé l'occasion de faire mon coup.
0 mon cher papa , quel doux plaisir vous m'avez fait goûter! Et combien je désire d'être bientôt à vos genoux pour vous en remercier , comme je le dois !
Dites, je vous prie, à maman , qu'Emilie a déjà rempli ses ordres. Elle s'est privée de toutes ses heures de récréation , pour mettre la main à l'œuvre , et , grâces à son activité, les ouvrières ont fini les deux robes en un jour. Emilie vient de les envoyer.
Avec quelle impatience nous attendons l'instant qui nous rendra des parens si dignes de tous nos respects et de toute notre tendresse!