‹ Œuvres complètesChapitre 124 sur 142 · XXXV. Madame /)" à son (ils · texte numérisé non relu

XXXV. Madame /)" à son (ils

Le G septembre.

Je suis fort sensible, mon cher fils, au teudre reproche que tu me fais de ne le pas écrire assez souvent. Je n'aurais point d'occupation plus agréable si j'étais libre de m'y abandonner. Mais tu dois aisément concevoir combien mon temps est rempli par tous les détails de mon ménage, et surtout parles soins qu'exige de moi ta petite sœur. Je suis obligée de l'instruire moi-même, puisque je ne suis pas assez fortunée pour lui donner les maîtres dont elle aurait besoin. 11 est vrai que je me trouve bien dédommagée de mes peines par ses heureuses dispositions. Elle apprend tout avec la plus grande facilité : rien ne rebute son courage, et je suis chaque jour étonnée des progrès que fait son intelligence. Ses sentimens ne me donnent pas moins de satisfaction. Il serait difficile d'avoir un, cœur plus droit et plus sensible. Tout ce que tu m'écris de temps en temps sur Emilie lui fait infiniment de plaisir. La jolie lettre que cette charmante demoiselle écrivit à sa mère au sujet des pauvres incendiés, et dont tu m'as envoyé copie, a fait la plus vive impression sur ta sœur ; elle ramène chaque jour la conversation sur ce chapitre. 0 ma chère maman ! me disait-elle hier, si j'avais été riche, j'aurais bien fait comme Emilie. Qu'elle doit avoir eu déplaisir à secourir ces pauvres demoiselles Falston! Oui, ma fille, lui répondis- je, elle a dû être bien heureuse; et je le suis aussi de voir que tu sais prendre part aux peines des autres. C'est une preuve que tu as un bon cœur ; et tu mérites par ces sentimens que les autres prennent aussi du plaisir a partager tes

chagrins. Ces dispositions affectueuses sont nécessaires entre les hommes, pour se soulager mutuellement dans leurs peines.

Ce que vous dites là , maman , est bien vrai, me dit-elle. Lorsque j'ai du chagrin, et que mes petites amies en paraissent affligées, il ne m'en coûte pas la moitié tant pour me consoler ; et puis encore il y a cela de bon que je les en aime davantage, ce qui fait toujours plaisir. N'estce pas là, mon fils, un sentiment bien délicat, et d'une expression charmante par sa naïveté? Elle en a tous les jours de semblables, qui m'attendrissent jusqu'aux larmes .

Je ne suis pas moins touchée de ceux que tu me témoignes dans tes lettres. Je sens qu'ils viennent du fond de ton cœur , et je les recueille avec joie dans le mien. Ils adoucissent ma mélancolie. Je vois que je n'ai pas tout perdu sur la terre en perdant mon époux, puisque mes enfans me restent pour me chérir aussi tendrement que je les aime. Oui , c'est vous deux que je charge du soin de mon bonheur. Ce soin ne vous sera pas pénible, puisqu'il me suffit de vous voir heureux par vos vertus.

Toutes les lettres que je reçois de madame Grandisson sont pleines des témoignages les pi us avan tageux su r ton com pte . L'amitié qui nous unit a sans doute un peu de part à ses éloges. Cependant j'aime à croire que tu sens assez vivement le prix de ses bontés, pour ne rien faire qui puisse l'attirer des reproches sur ta conduite. 11 te serait bien honteux de les mériter, ayant continuellement sous les yeux un modèle aussi parfait que Charles. L'attachement qu'il a pris pour toi me flatte infiniment. On ne sent jamais une vive inclination pour ceux qui ne méritent point d'estime. Continue de suivre les bons exemples de ton ami. Un jeune homme doué de qualités si nobles doit l'inspirer une louable ému-

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lation ; et tu ne peux répondre a sa tendresse qu'en cherchant a devenir digne de l'aimer.

Je vois que ton cœur souffre de ne pouvoir imiter sa bienfaisance. Il me serait bien doux de te mettre en état d'exercer cette touchante vertu. Cultive- la toujours dans ton sein, jusquesau moment où la fortune te permettra de suivre des mouvemens aussi généreux. En attendant, mon fils, reçois le peu d'argent que je t'envoie. Je souhaiterais pouvoir t'en offrir davantage. Mais c'est tout ce que l'état de mes affaires laisse en ce moment à ma disposition. J'ai fait remettre à M. Grandisson tout ce qu'il a bien voulu avancer pour tes besoins. Ceci est uniquement destiné à tes plaisirs ; et je suis sûre que tu sauras les trouver dans l'emploi le plus digne d'un cœur sensible et généreux. Adieu , mon cher fils , je t'embrasse avec tous les transports d'une mère qui n'attend sa félicité que de la tendresse et des vertus de ses enfans.

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