‹ Œuvres complètesChapitre 134 sur 142 · GI · texte numérisé non relu

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préférences. Mais à l'avenir, je veux, comme lui , me distinguer par mes sentimens et par ma conduite. Vous deviendrez alors a aimer Edouard autant que Charles. Oui, mou papa, croyez-en l'assurance que je vous donne. Laissez-moi rentrer dans vos bonnes grâces, et vous ne recevrez de moi que des sujets de satisfaction.

M. grandisson, — Relève-toi, mon fils. Ce jour est bien heureux pour mon cœur. Rien ne peut donner plus de joie a un père que celte douce promesse d'un fils qu'il aime tendrement. Embrassezvous, mes bien-aimés, et venez tous les deux, que je vous presse contre mon sein : vous ferez le bonheur de ma vie.

Edouard. — 0 mon papa, comment serais-je insensible a tant de bonté! Quoi! vous voulez bien me pardonner toutes les peines qne je vous ai causées?

m. grandisson. — Oui, mon cher fils, et c'est du fond de mon cœur. Je me repose sur ta parole; elle ne peut me tromper. Pour te donner la preuve la plus sûre de ma confiance, je vais te faire un cadeau, que je ne l'aurais jamais fait si je n'eusse compté sur ta résolution. Voici le brevet d'une lieutenance dans le régiment du major Arthur , à qui ton frère a sauvé la vie. Je ne puis te le présenter dans un moment plus favorable. Tu dois ce premier grade a la vertu de ton frère ; mais songe que c'est à toi de mériter un plus grand avancement par tes propres vertus.

Edouard. — Oh, quellejoie, mon papa!

Je pourrai donc, à mon tour , vous prouver que je ne suis peut-être pas indigne d'être votre fils! Donnez-moi votre bénédiction pour achever ma grâce. Je vais me jeter aux pieds de maman. J'implorerai aussi son pardon , et je commencerai une vie nouvelle , qui vous fasse oublier tous les sujets de plainte que vous avez reçus de moi.

M. Grandisson , ému jusqu'aux larmes,

donna sa bénédiction à son fils, qui courut aussitôt chercher celle de sa maman. Charles resta seul avec son père. Leur entretien roula d'abord sur l'audience que mon ami avait eue de sa majesté , puis sur son séjour chez M, le comte. Charles répondit à tout avec sa sagesse ordinaire. M. Grandisson ne pouvait se lasser de l'entendre. Mais voyant qu'il était une circonstance dont son fils évitait de l'instruire : Tu ce me parles point, lui dit-il, de la querelle que lu as eue avec le jeune Stanley.

Charles, avec surprise. — Quoi! vous la savez, mon papa?

m. grandisson. — Est-ce que tu voulais m'en faire un mystère?

charles. — Oui, je l'avoue. Cette affaire n'est pas à la gloire de Stanley. Il m'avait fait promettre de la tenir secrète ; et j'ai fait moi-même tout ce qui était en mon pouvoir pour l'oublier.

m. grandisson. — Si cela est ainsi , je ne puis te savoir mauvais gré de ta réserve.

charles. — Mais, mon cher papa, ne pourrais-je savoir comment cette aventure vous est parvenue?

m. grandisson. — M. Bartlet, à ton insu, en avait été témoin. Je sais jusqu'au moindre détail de ce qui s'est passé entre Stanley et toi. C'est lui qui t'a cherché querelle; et tu lui as répondu avec la force et la prudence que j'aurais désiré mettre moi-même dans une pareille affaire.

charles. — 0 mon papa, que je suis heureux de vous voir approuver ma conj duite!

m grandisson. — Mais avais-tu pensé.

| lorsque tu descendis avec lui dans le jar- | din , que son dessein était de te voir sous : les armes?

charles. — Oui , vraiment , mon papa .

I II me regardait avec un air de menace et

de fureur , et je lui avais vu porter la main sur la garde de son épée.

m.grandisso.v. — Pourquoidonc avaistu quitté la tienne avant de le suivre?

charles. — Je voulais lui montrer que je ne m'effrayais pas de ses rodomontades, et que je me sentais assez de fermeté pour lui en imposer.

m. grakdisson. — Mais enfln , dans la fureur dont il se trouvait transporté, ne pouvait-il pas fondre sur toi , quoique tu fusses sans armes?

charles. — Ce n'était pas à moi de craindre cetle lâcheté d'un gentilhomme.

m. grandissox. — Et s'il eût attendu une autre occasion où tu aurais eu ton épée?

charles. — Alors, comme ma vie aurait été en danger , j'aurais usé du droit de la défendre. Je me serais tenu en garde, et j'aurais soutenu ses attaques avec tout le sang-froid dont j'aurais été capable. J'espère que ma modération m'aurait donné un grand avantage sur son emportement, et que, dans cetétat, j'aurais trouvé le moyen , non-seulement de me garantir de ses atteintes, mais encore de le désarmer, et de lui donner la vie.

m.graiNdisson. — Embrasse-moi, mon fils. Que je me félicite de te voir ces nobles sentimens! Les transports d'une colère brutale nous rabaissent au-dessous des bêtes féroces; mais c'est presque s'élever au-dessus de l'humanité que de garder toujours l'empire de son ame , et de ne lui permettre que des mouvemens généreux. Sois bien persuadé que la plupart de ceux qui vont ainsi cherchant des querelles, pour faire parade d'un vain courage, n'ont aucune véritable qualité qui puisse les distinguer aux yeux des hommes , et que c'est le plus souvent s'avilir que de descendre jusqu'à eux pour réprimer leurs vaines bravades.

chaules. — Mais, mon papa, il est bien fâcheux d'avoir à les souffrir.

m. grandisson. — Il ne dépend que de toi de les éviter , par le choix des bonnes compagnies que tu fréquenteras. Te souviens-tu d'avoir jamais entendu dans ma maison quelques proposdont personne ait eu sujet de s'offenser? Crois que les honnêtes gens ne reçoivent chez eux que des personnes sûres, avec qui leurs amis puissent s'entretenir avec confiance et sûreté. Cependant si tu avais le malheur de te trouver dans le monde en présence de quelques-uns de ces méchans esprits qui croient ne pouvoir briller qu'en offensant les autres , conduis-toi à leur égard avec la plus grande réserve. Les plaisans de profession ne prennent jamais pour objet de leurs sarcasmes , que des personnes qu'ils jugent aussi méprisables qu'euxmêmes. Ainsi donc , si tu sais l'élever à leurs yeux par un maintien décent et des discours raisonnables, ne crains point qu'ils t'adressent leurs traits. C'est toimême qui leur feras connaître la crainte. Evite, autant que tu le pourras, d'entrer avec eux en aucune discussion. On peut combattre les idées d'un homme de sens, lorsqu'elles ne s'accordent pas pour cette fois avec les nôtres ; mais chercher à faire revenir un sot de ses erreurs , c'est une entreprise aussi vaine que ridicule : on ne fait qu'importuner ceux qui nous écoutent, en leur donnant à supporter la déraison et l'opiniâtreté de son adversaire. Ne dis jamais rien dont tu n'aies bien pesé le sens et la valeur. Un mot échappé de nos lèvres ne se rappelle plus ; et l'on se repënt d'une indiscrétion sans pouvoir la réparer. Evite surtout de prendre un ton railleur et caustique. D'une plaisanterie innocente naît souvent une querelle sérieuse. Il faut beaucoup d'esprit et d'usage du monde pour savoir badiner avec une juste mesure. Celui qui plaisante toujours peut amuser quelquefois , mais il réussit rarement à se faire aimer. Ne cherche jamais a faire brdlcr ton esprit et tes con-

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,E PETIT CRAjNDISSON.

naissances aux dépens des autres. Sans flatter bassement leur amour -propre , garde-loi bien de l'humilier. Surtout, que tes expresssions soient toujours pures et décentes devant les femmes. Voilà, mon fds, les plus sûrs moyens d'éviter toute sorte de désagréinens dans le monde , et de t'y faire estimer et chérir.

chaules. — 0 mon papa, que je vous remercie de ces sages instructions l

m. GRANbissoN. — Je te les donne avec d'autant plus déplaisir que tu as toujours su profiter de celles que tu as reçues. Conserve dans tous les temps, mon cher fils , cetle noble modération que tu as fait paraître dans ta conduite envers Stanley. Respecte tes semblables autant que toimême. Songe que tu ne peux hasarder tes jours ni ceux d'un autre , sans offenser l'Être tout-puissant , qui ne nous a donné la vie que pour la consacrer à son service.

charles. — 0 mon papa , je le jure entre vos mains , mon épée ne sortira jamais du fourreau que dans la plus grande nécessité , soit pour me défendre moimême, soit pour secourir mon semblable.

m. grandissoiv. — Oui, tnon cher fils, c'est alors que l'on peut montrer toute l'étendue de son courage. Voila les seules occasions où nous soyons libres de mettre notre vie en danger , puisque nous ne la hasardons uniquement que pour noussauver nous, ou l'un de nos frères, d'un grand malheur.

0 ma chère maman , quelles bonne leçons ! et que je suis heureux de les avoir entendues! J'espère qu'elles ne me seront pas moins utiles qu'à mon ami.

Cette lettre est devenue bien longue ; mais je ne crains point qu'elle vous ait ennuyée. Elle renferme les instructions les plus sages sur un point aussi délicat que celui du véritable honneur. Vous ne serez

sûrement pas fâchée que votre fils vous ait fait part des principes qu'il vient de recueillir, pour les suivre toute sa vie. Oui, ma chère maman, je metlrai tous mes soins à ne m'en écarter jamais; et je vois d'ici que vous me savez bon gré de de cette résolution.

Nous devons partir pour Londres vers la fin de la semaine. Mais je ne quitterai point ces lieux, où je me suis tant occupé de votre doux souvenir, sans vous offrir encore un nouvel hommage de mon respect et de ma tendresse. Quoique ce ne soit me rapprocher que bien peu de vous, je recevrai un jour plus tôt de vos nouvelles ; vous recevrez un jour plus tôt des miennes. C'est toujours quelque chose , lorsque l'on s'aime bien.

Adieu , ma chère maman, embrassez pour moi , je vous prie , ma petite sœur , et dites-lui sans cesse avec quelle tendresse je la chéris, afin de penser toujours à mon amour pour vous-même.

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