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LES FLEURS

Charlotte , si vous n'êtes pas fatiguée i nous irons voir nos fleurs. Pour Henri , c'est un homme ; et il lui siérait mal de se plaindre. Je pense même qu'il serait en élat de se tenir sur ses pieds du matin au soir. Venez , monsieur, prenez la clef du jardin , et ouvrez la porte. Voici , je crois, l'endroit le plus agréable que nous ayons jamais vu.

Quel est l'objet qui va d'abord captiver nos regards? Que sais-je? 11 se trouve ici une si grande variété de beautés, que l'on hésite à laquelle donner la préférence.

Vous admiriez les fleurs des champs; mais celles-ci les surpassent encore.

Regardez ces tulipes , ces giroflées , ces œillets, ces jonquilles, ces jacinthes et ces renoncules. La blancheur de ce lis ou de cette tubéreuse efface celle de la plus belle batiste. Prenez la plus petite fleur : en la regardant de près, vous la trouverez aussi jolie et aussi curieuse que les plus grandes. N'oublions pas , surtout , la modeste violeUe, la première fille du printemps. Charlotte, cueillez-moi, je vous prie, une de ces roses à cent, feuilles. C'est bien avec raison que pour son doux parfum et sa couleur brillante on la nomme la reine des fleurs. Joignez-y quelques brins de lilas, de jasmin , de muguet et de chèvrefeuille. Quel agréable mélange de douces

odeurs dans un si petit bouquet ! Je ne vous permettrai pas d'en cueillir davantage; ce serait une pitié de les gâter. Le jardinier nous en a apporté ce matin pour parer notre appartement. Elles se conserveront par la fraîcheur de l'eau qui baigne leurs tiges, au lieu que la chaleur de vos mains les aurait bientôt fanées.

Avez-vous pris garde que chaque fleur a des feuilles différentes de celles des autres; que quelques-unes sont bigarrées de toutes les couleurs que vous pouvez nommer , et découpées en festons les plus délicats? En un mot, leurs beautés sont trop multipliées pour qu'on puisse vous les compter. Quand vous serez en état de lire les ouvrages d'histoire naturelle, vous serez étonnés de tout ce qu'elles offrent d'admirable. Mais vous êtes trop jeunes pour pouvoir comprendre ces livres à présent. Cependant je ne dois pas omettre de vous dire que toutes les fleurs viennent ou de graines, ou d'ognous. ou de petites racines détachées des grandes, ce qu'on appelle marcottes.

Aucune de celles qui croissent ici ne viendrait à l'aventure dans les champs, parce que la terre n'y est pas assez riche pour elles. Il faut prendre beaucoup de peine pour les faire venir , même dans un jardin. Le jardinier est obligé de leur donner des soins continuels. Il faut surtout qu'il n'oublie pas de les arroser chaque jour. La terre et l'eau sont pour les fleurs ce que la viande et le vin sont pour les hommes. Mais comme elles sont muettes et attachées a une place, elles ne peuvent aller chercher des rafraîchissemens, ni les demander. Le créateur a pourvu à leurs besoins par les douces ondées du printemps , ou le jardinier qu'il instruit répand sur elles , avec son arrosoir , une pluie bienfaisante.

Quelques plantes tendres et délicates ne viennent que dans une terre extrêmement légère. Elles ne pourraient percer à tra-

A LA CONNAISSANCE DE LA NATURE

vers un terrein trop dur , pas plus que vous ne pourriez passer votre tête à travers une épaisse muraille. D'autres plantes sont fermes et vigoureuses; c'est pourquoi une terre légère s'éboulerait autour d'elles, et laisserait leurs racines découvertes ; aussi celles-là réussissent mieux sur un sol d'argile. Quelques-unes demandent une grande quantité d'eau : elles viennent même dans les fosses et les puisards. D'autres enfin ne se plaisent que dans un terrain sablonneux.

On élève plusieurs plantes curieuses dans des serres chaudes. Elles ne croîtraient pas en plein air dans ce pays, parce qu'elles sont transplantées de pays étrangers , où il fait beaucoup plus chaud.

Quoique vous soyez d'une constitution plus robuste que les fleurs, si vous étiez obligés d'aller dans un pays où le froid est beaucoup plus vif que dans celui-ci, vous ne seriez pas en état de le sup porter comme ceux qui sont nés sous ces climats.

LES CARRIERES.

De ce que je viens de vous dire, mes chers amis, vous devez conclure qu'il y a une grande variété dans ce qui croît sur la surface de la terre; mais quelle serait votre admiration si vous connaissiez tout ce qu'elle renferme au-dedans! C'est de son sein qu'on a tiré les grès qui pavent nos rues et nos grands chemins, et ce joli gravier d'un jaune rougeâtre répandu sur les allées pour en bannir l'humidité , et faire un contraste agréable avec le vert tendre de la charmille. La porcelaine et la faïence de notre buffet; la poterie commune , d'un si grand usage dans la cuisine; les briques dont nos appartemens sont carrelés ; les tuiles qui couvrent nos toits; tout cela n'est que de la terre, d'une pâte plus ou moins fine, pétrie et cuite au four Nos verres et nos bouteilles , les

vitrages de nos fenêtres, sont du sable fondu. Vous avez vu quelquefois, dans vos promenades , bâtir des maisons : eh bien , la chaux, le mortier, le plâtre, le ciment qu'on a mis entre les pierres pour les lier ensemble et les affermir, venaient du sein de la terre : ces pierres elles-mêmes, entassées les unes sur les autres jusqu'à une si grande élévation au-dessus de nos têtes, étaient ensevelies à de grandes profondeurs sous nos pieds. 11 en est ainsi du marbre qui pare nos consoles et nos cheminées , et de l'ardoise qui couvre nos pavillons. Les endroits creusés pour en retirer ces divers matériaux s'appellent carrières.

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