LE CHEVAL
On conduit aussi les chevaux au marché pour les vendre , non pas aux bouchers , mais aux maquignons , qui les dressent. Leur chair n est bonne à rien ; c'est de la charogne : elle ne sert qu'à rassasier les loups et les corbeaux. Le cheval est une noble créature. En voilà un de selle.
Voyez comme il se dresse , et comme H bondit, maintenant qu'il est en liberté! Mais quoiqu'il soit très-vigoureux , qu'il puisse renverser celui qui le monte , en s'élevant sur ses pieds de derrière, et le tuer d'une ruade , il est si doux , qu'il se laisse monter et guider où l'on veut. Son corps étant moins lourd que celui du bœuf , il a des jambes plus menues , en sorte qu'il se meut plus légèrement ; et, sa croupe étant moins large, un homme peut aisément l'embrasser entre ses genoux. Il a aussi de la corne aux pieds; mais , comme il est grand voyageur, elle serait bientôt usée, si l'on n'avait le soin de lui donner des souliers de fer, pour empêcher qu'elle ne se brise. C'est le maréchal qui fait sa chaussure, et qui la lui attache avec des clous. Cette opération faite avec adresse ne lui cause aucune douleur.
Ne souhaiteriez - vous pas , Henri , de savoir monter à cheval ? Lorsque vous serez plus grand , on vous apprendra cet utile exercice. Mais gardez-vous bien de l'essayer avant d'en avoir reçu des leçons ! cette épreuve pourrait vous coûter la vie.
11 y avait un petit garçon de ma con-
INTHODUC.TIO.N FAMIMEUE
naissance , qui brûlait d'envie de monter \\ cheval, et qui n'eut pas la patience d'attendre que son papa eût acheté un joli petit bidet proportion ué a sa taille. 11 vit un jour le cheval du domestique attaché à la porte. Le voilà qui détache la bride, grimpe sur la selle, et donne à son coursier un grand coup de baguette. Le cheval part aussitôt au galop , et l'emporte avec tant de vitesse , que le pauvre petit malheureux, incapable de retenir la bride et d'atteindre jusqu'aux étriers, perdit bientôt la selle, et fut renversé contre une pierre qui lui fracassa tout le crâne. Le cheval n'était pourtant pas vicieux lorsqu'il avait un cavalier habile sur son dos. Tout le mal venait de ce que le petit insensé ne savait pas le conduire.
Ces deux grands chevaux rebondis , d'une taille haute et d'une superbe encolure, sont deslinés pour le carrosse. Ils sont plus forts, mais moins légers que l'autre. Ceux-ci , avec leurs jambes velues et leur crin négligé , sont des chevaux de charrette. Il y a une autre espèce de chevaux très-fins et très-légers : ils portent leurs maîtres à la chasse, ou sont réservés pour les courses ; mais ils sont très coûteux à entretenir.
Nous ne saurions faire à pied un long voyage, parce que nos jambes seraient bientôt fatiguées ; au lieu que sur le dos d'un cheval nous pouvons parcourir bien des lieues , et voir nos amis qui vivent à une certaine distance de notre maison. H est aussi fort agréable d'aller en voiture : vous le savez bien; mais ces plaisirs, nous ne pourrions pas nous les procurer sans les chevaux. Comment nous passer aussi de leur secours dans une infinité d'autres circonstances ? 11 serait excessivement pénible pour les hommes les glus vigoureux de faire ce que les chevaux ordinaires font avec facilité. Le pauvre laboureur, qui suit tout le long du jour sa charrue, est bien fatigué le soir lorsqu'il
rentre dans sa chaumière. Que serait-ce donc s'il était obligé de la traîner luimôme à travers son champ, sur une terre dure et raboteuse? Comment les voituriers seraient-ils en état de tirer ces grands fourgons et ces lourdes charrettes qu'ils conduisent, s'ils n'y employaient la force des chevaux? Puisqu'ils nous rendentdesi grands services , ne devons- nous pas les bien traiter? Je crois que le moins que nous puissions faire , est de leur donner, dans le jour , une bonne nourriture , et une écurie bien close la nuit. Gardonsnous surtout d'imiter ces personnes barbares qui les poussent trop rudement à la course , qui leur donnent des coups de fouet et d'éperon jusqu'à ce qu'ils soient près de mourir ! Cependant de pareilles cruautés sont exercées chaque jour. Souvenez-vous bien , Henri , qu'il est également cruel et insensé d'agir de cette manière.