L'ANE
Voilà un pauvre âne. Il fait une figure bien triste auprès d'une aussi belle créa- I ture que le cheval. Ne le méprisez pourtant pas à cause de sa mine : il a un grand mérite , je vous assure. Il est aussi patient qu'officieux , et il n'en coûte que bien peu pour le nourrir. Il se contente de quelques chardons qu'il broute le long des chemins, ou même de quelques feuilles sèches et d'un peu de son. II ne demande ni écurie pour le loger, ni palefrenier pour le panser ; en sorte que les pauvres gens qui ne sont pas en état de nourrir un cheval peuvent avoir un âne. Il tirera fort bien sa petite charrette, ou portera sa paire de paniers. 11 ne dédaignera pas même de prêter son dos à un ramoneur.
N'avez -vous pas vu de ces petits savoyards aux dents blanches et à la face noircie , grimpés sur un âne avec des sacs de suie, qu'ils portent aux teinturiers?
A LA CONNAISSANCE DE LA NATURK
Il)
Je ne dois pas oublier de vous dire que le lait d'âuesseest un des meilleurs remè-
des pour les maladies de poitrine. J'ai vu des personnes si faibles, qu'on les croyait
condamnées a mourir , reprendre à vue d'œil leur santé, pour en avoir bu le matin pendant quelque temps. Ne serait-il pas affreux de traiter avec inhumanité des animaux si utiles ? Je ne pardonnerai , je crois, de ma vie, à un petit polisson que j'ai vu tourmenter une de ces pauvres créatures de la manière la plus cruelle.