‹ Œuvres complètesChapitre 36 sur 142 · LES ABEILLES · texte numérisé non relu

LES ABEILLES

La bonne Geneviève vient de nous apporter un rayon ou gâteau de miel nouveau. Vous allez en goûter , et vous le trouverez exquis. Vous rappelez- vous

qu'il y a deux mois environ nous avons vu un essaim d'abeilles sortant d'une ancienne ruche ? Nicolas , qui les guettait depuis une demi-heure, ne les aperçut pas plus tôt en l'air, que, se cachant le visage et les mains pour ne pas être piqué , il les fit s'abaisser sur un buisson en leur jetant de la poussière à pleines mains, et les mit ensuite dans une ruche vide qu'il avait préparée exprès. Eh bien ! voici une portion du travail qu'elles ont fait dans leur nouvelle demeure , et des provisions qu'elles y ont amassées.

Elles sont en très-grand nombre dans leur habitation, quelquefois même jusqu'à trente mille et plus ; cependant il règne parmi elles le plus grand ordre : dans chaque ruche une principale abeille, que nous nommons la reine, maintient l'ordre et la propreté, ne souffre pas que les abeilles restent oisives, les envoie dans les champs, dans les jardins, dans les prairies et les bois , chercher la cire et le miel dont elle règle l'usage. C'est elle qui veille à la construction des édifices de la ruche , a l'éducation des jeunes abeilles ; et quand celte jeunesse est en état de pourvoir à sa subsistance , elle les oblige à sortir de la ruche, sous la conduite d'une jeune reine de leur âge : c'est ce qui forme l'essaim dont je viens de vous parler.

Dès le jour que Nicolas a recueilli les jeunes abeilles dans la ruche, elles ont aussitôt, sans perdre un moment, travaillé à faire ces petites cellules que vous voyez , et qui sont en cire. Cette cire, qui est jaune quand elle sort des ruches, sert à donner au bois des meubles , au plancher, le luisant et la propreté : elle entre dans la composition des onguens que l'on met sur les blessures ; et quand on l'a fait blanchir, on l'emploie à faire la bougie qui nous éclaire, les cierges que vous voyez dans l'église , et mille autres choses très-utiles.

INTRODUCTION FAM1L1KRE

Vous souvenez-vous, Henri, qu'hier soir ayant mis votre petit nez au milieu d'un lis pour en sentir l'odeur , vous l'avez retiré tout couvert d'une poussière jaune? eh bien! c'est avec ces petits grains de poussière que les abeilles font leurs cellules de cire ; elles les trouvent en trèsgrande abondance sur les lis ; il y en a moins dans les autres fleurs simples , et point dans les doubles. Pendant que la construction avance , d'autres abeilles vont sur les fleurs recueillir le miel qui se trouve au milieu du calice des fleurs simples, et sur les feuilles de certains arbres : elles l'apportent dans leur petit estomac, et le dégorgent dans les cellules, qu'elles ferment avec de la cire quand elles les ont remplies.

Ces provisions leur servent pour se nourrir pendant les jours qu'elles ne sortent pas , a cause des pluies et des froids ; et comme elles travaillent continuellement, elles en amassent plus qu'il ne leur en faut : c'est leur superflu que Nicolas leur a ôté , et dont on vient de nous apporter une partie.

A présent ouvrons ces petites cellules : voyez comme le miel est pur ! Vous le trouvez bon , mes enfans ; j'en suis charmée. Charlotte, vous voulez voir ces abeilles près de leur ruche; eh bien ! mes amis, je vous y mènerai ; mais je vous préviens que leur piqûre fait beaucoup de mal. J'ai vu un petit garçon de Fâge de Henri, qui après avoir fouetté sa toupie , s'approcha d'une ruche ; et comme les abeilles étaient tranquilles , il y introduisit le manche de son fouet, en le remuant avec vivacité; les abeilles en fureur sortirent et se jetèrent sur lui ; il fut bien piqué , et s'enfuit en jetant des cris ; il souffrit beaucoup, et personne ne le plaignit, parce qu'il s'était attiré ce malheur. S'il se fût approché des abeilles avec tranquillité, et sans les effaroucher , il eût pu les regarder sans le moindre danger.

Venez , mes amis , nous allons les voir; vous les craignez parce qu'elles font beaucoup de bruit; c'est ce qui a lieu les jours de beau temps , depuis midi jusqu'à trois heures, parce que les abeilles sortent en grand nombre pour se récréer et prendre l'air.

Les petites abeilles que vous voyez sont les ouvrières de la ruche, les travailleuses ; ce sont elles qui construisent les édifices en cire, comme celui que vous a apporté la bonne Geneviève; ce sont elles qui vont chercher le miel, qui entretiennent la propreté dans la ruche, qui veillent à la porte pour en défendre l'entrée; elles gardent aussi la reine, qui ne sort point. Ces grosses mouches noires qui font beaucoup de bruit en volant, sont les papas de la ruche. Vous me demandez, Charlotte , pourquoi ces papas font tant de bruit en volant ? Vous trouvez que leur chant n'est pas agréable. Mes amis, ce bourdonnement ne sort pas de leur bouche; les abeilles, et toutes les mouches que nous voyons, ont sous les ailes de petits trous par où l'air entre dans leurcorpset en ressort ; c'est l'agitation de leurs ailes sur ces petits trous qui cause le bourdonnement que nous entendons ; c'est comme la toupie d'Allemagne de Henri.

Cette toupie creuse est percée d'un petit trou ; plus elle tourne vile , plus le bourdonnement est fort : aussi plus les mouches agitent leurs ailes, et plus elles sont grosses , plus le bourdonnement est considérable.

Il y a d'autres espèces d'abeilles qui ne vivent pas en commun comme celles-ci ; on les nomme abeilles solitaires; telle que l'abeille perce-bois, qui fait des (rous dans des morceaux de bois et s'y loge ; l'abeille maçonne, qui fait son nid avec de la terre humectée ; la cardeuse, la compense de feuilles, la tapissière, et beaucoup d'autres espèces, les œuvres du créateur étant variées à l'infini. Vous

A LA CONNAISSANCE DE LA NATURE

rue demandez , Charlotte , pourquoi on appelle une espèce abeille tapissière?

C'est, mes amis, parce qu'elle tapisse sa petite demeure ; et voici comment elle s'y prend.

Elle fait un trou dans la terre , de la profondeur d'un des doigts de Henri ; elle va ensuite chercher de la fleur de coquelicot , et commence par tapisser l'entrée avec un petit rebord , de manière que Ton voit un petit trou dans la terre en-

tièrement bordé de rouge; elle retourne chercher de la même fleur, et tapisse tout l'intérieur en descendant; enfin, elle tapisse le fond. Cette opération finie, elle dépose ses œufs dans le trou , avec une pâtée de miel pour la nourriture de ses petits quand ils écloront ; enfin , elle détache les bords extérieurs de sa tapisserie , les pousse dans le trou , les recouvre de terre qu'elle bat pour l'affermir : rien n'est plus admirable.

IXTl'.ODUCTION FAM1L1ËKE

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