‹ Œuvres complètesChapitre 5 sur 142 · LA VIGNE · texte numérisé non relu

LA VIGNE

Vous avez bu quelquefois du vin de Champagne et de Bourgogne , sans vous embarrasser de la manière dont il se faisait. Entrons dans ce vignoble. Eh bien ! Henri , croiriez-vous jamais que c'est de ces petites souches tortues que nous vient la douce liqueur qui nous fait tant de plaisir dans nos repas? Vous connaissez le raisin : voyez déjà la grappe qui commence à se former. Ces grains, qui ne sont encore que du verjus , s'enfleront peu a peu, et seront mûrs au commencement de l'automne. Vous en verrez faire la récolte qu'on appelle vendange; mais je suis bien aise, en attendant, de vous en donner une idée.

Dès le matin , les vendangeuses se répandent dans la vigne, coupent le raisin , et en remplissent leurs paniers. Un homme vient les prendre à mesure qu'ils sont pleins, et va les jeter dans de larges demitonneaux , placés sur une charrette pour les recevoir, et les porter à un endroit où des hommes foulent les grappes sous leurs pieds. On recueille la liqueur qui découle du pressoir , et on la verse dans de grandes cuves ou de petits tonneaux, où elle se purifie d'elle-même en fermentant, jusqu'à ce qu'elle devienne bonne à boire.

Le temps des vendanges est un temps continuel de plaisirs et de fêtes. Il faut entendre , pendant le travail , les chansons rustiques des vendangeuses ! 11 faut les voir , a la fin de la journée , danser gaiement dans la cour, et les maîtres se mêler souvent à leurs repas et a leurs danses 1 tout y respire un air de joie etd'innocenle liberté.

Le vin , pris avec modération, est trèsbon pour l'estomac, et le fortifie; mais lorsqu'on eu boit avec excès il produit des vapeurs qui troublent la raison , et rabaissent l'homme au niveau de la bru te stupide. Vous avez vu quelquefois des

INTRODUCTION FAMILIÈRE

ivrognes, et vous vous souvenez encore de la juste horreur qu'ils vous ont inspirée.

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