‹ Œuvres complètesChapitre 61 sur 142 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

La petite Lydie était un jour assise dans un coin du salon , et s'amusait à lire des historiettes pour les enfans , lorsqu'elle vit entrer sa mère , qui était sortie depuis une heure pour des affaires. La petite fille courut vers sa maman avec des transports de joie, et lui dit que sa tante était venue la voir, et qu'elle lui avait fait présent de quelques livres fort jolis.

0 ma chère maman! s'écria-t-elle, il s'agit, dans ces livres, de petits garçons

et de petites filles de mon âge. On y voit tout ce qu'ils ont fait , et s'ils ont été sages ou méchans. Oh ! que je voudrais bien avoir d'autres livres comme ceux-là !

Mme de gersin. — Tu aimerais donc beaucoup à lire des histoires sur déjeunes demoiselles bien élevées?

lydie. — Oui, maman; et toi?

Mme de gersin. — Et moi aussi , sans doute. Lire leurs aventures, c'est comme si on les voyait agir ; et je pense qu'il n'est rien de plus agréable que de voir de braves enfans, jaloux de remplir leurs devoirs, et qui savent ensuite s'amuser,

LYDIE DE GERSIN

sans être bruyans ou importuns dans leurs plaisirs.

Lydie. — Oh ! comme je m'amuserais à lire de ces jolies histoires !

Mme de gersin. — Et serais-tu bien aise d'en voir une écrite sur toi-même? Penses-tu qu'elle serait jolie?

lydie. — J'ai bien peur de n'être pas assez sage pour cela.

Mrae de gersin. — Je pense en effet qu'il y aurait par-ci , par-là , des traits qui ne seraient pas à ton avantage ; comme, par exemple, d'avoir un peu de gourmandise , d'impatience , d'entêtement, d'étourderie ; d'êlre quelquefois brusque et pleine d'humeur envers ton petit frère Paulin , lorsqu'il veut toucher à quelqu'un de tes joujoux.

lydie. — II est vrai, maman. Mais quelquefois aussi je suis bonne. Il me semble que je voudrais bien l'être toujours , et j'ai du chagrin lorsque je ne le suis pas. Je ne sais comment cela se fait, mais je pense que je ne suis pas quelquefois maîtresse de n'être pas méchante.

Mme de gersin. — N'imagine pas cela, je te prie , ma chère enfant. Tu pourras certainement t'en empêcher lorsque tu le voudras. Je vais te dire ce qui se passe en toi. Tu suis toujours la fantaisie du moment, au lieu d'être constamment décidée à ne faire que ce qui est bien. Par exemple, tu te mets quelquefois à l'étude avec l'intention de bien apprendre ta leçon ; tant que cette intention se soutient , les choses vont à merveille; mais s'il t'arrive de rencontrer quelque légère difficulté qui t'embarrasse, alors tes belles intentions s'évanouissent, tu jettes ton livre de côté, et tu te plains d'être fatiguée. Une autre fois , tu entres dans la chambre d'un air joyeux; on te prendrait pour la plus aimable petite personne du monde, lorsque tu viens à t'apercevoir que quelqu'un a pris ta place, ou que tu ne peux avoir dans le moment ce

que tu voudrais, la-dessus la figure s'allonge, lu prends un air triste, et je t'entends murmurer entre tes dents. Je suis fâchée, Lydie, que tu t'abandonnes à d'aussi mauvaises habitudes.

lydie. — Et que dois-je donc faire, maman?

Mme de gersin. — Je vais te le dire : il faut d'abord désirer de tout ton cœur d'êlre bonne, et je me flatte que c'est la ta disposition : ensuite, au lieu de ne songer qu'à faire ce qui te vient dans la fantaisie, tu dois prendre la ferme résolution de ne rien faire de ce que tu crois être mal, ou que je t'aie défendu.

lydie. — Et penses-tu, maman, que par ce moyen je puisse parvenir à être toujours bonne?

Mme de gersin. — Sûrement , ma chère fille, car il ne tient qu'à toi d'éviter de faire de vilaines choses. Par exemple, à déjeuner, je vois souvent dans tes yeux l'impatience que tu as de recevoir ta tasse et ta rôtie. Si tu réfléchissais alors un seul moment combien cette impatience tient à la gourmandise, penses lu que tu ne pourrais pas t'empêcher de demander à être servie avant les autres , et de trépigner de dépit de ce que je te fais attendre?

lydie. — Oui, maman, tu as raison.

Gela ne dépendrait que de moi.

Mn,e de gersin. — Oui , sans doute , ma fille, et il en est de même dans toutes les autres occasions. Lorsque lu ne te sens pas disposée à apprendre tes leçons, ou à faire ton ouvrage, tu n'as qu'a penser un peu combien il est nécessaire que tu sois instruite de tout ce que doit savoir une jeune demoiselle, et combien l'oisiveté est blâmable. Avec le secours de cette réflexion, tu seras en état de continuer à travailler de ton mieux , saDs pousser de vaines plaintes.

lydie. — Mais, maman , tu dois en

LYDIE DE CEilSIft,

convenir, je ne suis guère indocile pour ma lecture.

Mme de gersin. — Il est vrai ; mais c'est parce que la lecture t'intéresse. Or je voudrais que tu remplisses chacun de tes devoirs par la seule pensée que tu es obligée de t'en acquitter* Alors lu ferais les choses où tu ne trouves pas beaucoup de plaisir , aussi bien que celles qui t'amusent. Surtout je désirerais ardemment de te voir mieux disposée a obliger tout le monde , plus attentive à veiller sur ton humeur, et a mettre une douce égalité dans ton caractère.

lydie. — Mais je suis souvent contrariée dans ce que je voudrais; et alors n'est-il pas tout naturel que jen aie du dépit?

Mme de gersin. — Non , ma fille, il est plus naturel encore de prendre patience, en se persuadant bien que les choses ne peuvent toujours aller au gré de nos caprices. Lorsque ton frère Paulin entre dans le salon, et qu'il prend ton livre ou ta poupée, je crois que tu aimerais mieux qu'il n'y touchât pas. Mais faut-il pour cela faire un grand bruit, lui dire des injures, courir après lui, et arracher tes joujoux de ses mains? Ne' vaudrait-il pas mieux lui dire avec douceur : Mon cher Paulin, rends-moi, je te prie, mon livre ou ma poupée? Et s'il ne te les rendait pas tout de suite, comme ce n'est qu'un petit enfant , ne faudrait-il pas attendre un peu , jusqu'à ce qu'il les quittât de luimême, quoique tu eusses peut-être désiré de les avoir sur-le-champ? Je puis l'assurer que cela te coûterait beaucoup moins de peine que de te mettre en colère, de grogner, de frapper du pied , et de te rendre importune à tous ceux qui sont autour de toi. Ne le penses-tu pas aussi?

lydir. — Oui , maman , je commence h le croire. Je ne suis point heureuse quand j'ai de l'humeur et que je te vois

fâchée. Je veux essayer sérieusement de me corriger.

En disant ces mots , Lydie jeta ses bras autour du cou de sa mère, qui l'embrassa avec une vive tendresse , et lui dit : Je siiis contente de ta résolution , et j'imagine un moyen pour la soutenir.

lydie. — Oh ! voyons, voyons , je te prie.

Mme de gersin. — Nous écrirons ensemble chaque soir une petite relation de ce que tu auras fait dans la journée. Le lendemain , lorsque nous serons tous réunis dans le salon pour le déjeuner, je la lirai tout haut ; et je pense que tu seras bien plus satisfaite de ma lecture lorsque tu auras été bonne enfant , que lorsque tu auras été méchante.

lydie. — Oh! ma chère maman, si je n'ai pas été sage la veille , je ne me soucierai guère de voir mon histoire récitée devant tout le monde.

Mme de gersin. — Ce sera un petit désagrément , je l'avoue ; mais il ne tiendra qu'à toi de l'éviter par une bonne conduite. Souviens-toi bien que je commencerai ton histoire dès demain au soir.

Page 1