CHAPITRE II
L'heureux essai.
Le lendemain, Lydie, en se réveillant, se rappela la conversation qu'elle avait eue la veille avec sa mère, et elle résolut de se bien comporter pendant toute la journée. En conséquence, elle se hâta de se lever aussitôt que sa bonne fut entrée dans sa chambre. Elle se laissa tranquillement habiller, et remercia poliment Justine de ses soins. Après avoir fait sa prière avec beaucoup d'attention , elle descendit dans le salon , embrassa tendrement son papa , sa maman , ses frères et ses sœurs , et s'assit au bout de la table pour déjeuner. Elle attendit ; sans impu-
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tience, que sa mère eût servi tout le monde : elle ne se jeta point sur les rôties, comme à l'ordinaire, pour choisir la plus grande : elle mangea de fort bonne grâce , sans trop remplir sa bouche , et sans faire de malpropreté.
Après le déjeuner, elle suivit sa mère dans son appartement. On lui avait fait cadeau d'une fort jolie encoignure , pour y serrer son ouvrage et ses livres : elleen tira un volume, alla s'asseoir dans un coin , et se mit à lire d un ton aisé et naturel, s'ari étant à la fin de chaque phrase, avant de commencer la suivante, et donnant la plus grande attention à sa lecture , afin d'en saisir tout le sens.
Elle s'occupa ensuite de sa leçon de grammaire : elle y trouva des difficultés qui étaient près de la rebuter et de la mettre de mauvaise humeur ; mais elle se souvint aussitôt que sa mère devait écrire l'histoire de sa journée. Celte réflexion lui rendit son courage : elle redoubla d'ardeur, et vint à bout d'apprendre un verbe entier, qu'elle récita sans faute à sa maman.
Pour se délasser de son application , elle prit un canevas où elle s'exerçait a broder des fleurs. Elle y travailla pendant une heure, jusqu'à ce que sa mère lui permît d'aller se récréer dans le jardin. Son frère Charles s'y amusait à cultiver un petit coin de terre qu'on lui avait donné : elle lui offrit ses services ; et elle eut même le bonheur de lui donner de fort bons conseils.
A dîner , elle se conduisit aussi bien que pendant le déjeuner. Dans l'aprèsmidi , elle pria sa mère de lui permettre déjouer avec ses cartons de géographie.
Elle venait d'ajuster ensemble tous les états de l'Europe , et se préparait à dire à sa maman le nom des villes capitales de chaque pays, lorsque son petit frère entra étourdiment dans la chambre , et jetant son chapeau sur la table, brouilla
tous les royaumes et toutes les républiques. Lydie était sur le point de s'emporter; mais la crainte de ce que sa mère aurait pu écrire sur ce chapitre vint s'offrir à son esprit. Elle se contenta de prendre doucement le chapeau de Paulin, et de lui dire : Je le prie, mon frère, de n'y plus revenir. Regarde tout le désordre que tu as causé : il faut queje recommence. Mais le petit garçon , qui trouvait quelque chose de divertissant à voir ces cartons voltiger, ne les eut pas vus plus tôt remis en place , qu'il jeta de nouveau son chapeau sur la table. Trois fois la sœur eut la patience de rétablir l'ordre dans la géographie de l'Europe, et trois lois le frère eut la malice de le troubler. Lydie enfin , sans se fâcher , ramassa les cartons et les remit dans leur boîte , en disant à sa mère : Paulin est aujourd'hui si brouillon, que je ferai mieux de suspendre mes amusemens jusqu'à ce qu'il s'en soit allé. Non, ma chère tille, lui répondit sa mère , il ne te dérangera plus. J'ai voulu voir jusqu'à quel point tu porterais la modération, et je suis contente de cette épreuve. Elle prit alors le petit garçon par la main , et lui dit , d'un ton sévère, que s'il s'avisait encore de troubler sa sœur elle le mettrait hors de la chambre, et en même temps elle lui donna des estampes pour s'amuser.
Lydie ne se démentit point de toute la journée. 11 vint du monde : elle n'importuna personne, ni par son babil, ni par des jeux bruyans. Elle s'amusa très-innocemment avec sa poupée jusqu'à l'heure du souper ; et lorsqu'elle se relira pour aller se mettre au lit, elle eut le plaisir de recevoir mille tendres caresses de ses parens.