‹ Œuvres complètesChapitre 64 sur 142 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

L'aveu généreux.

Le déjeuner du jour suivant ne fut pas , comme on l'imagine, bien agréable pour Lydie. Cependant, après avoir fait l'histoire de sa faute , Mme de Gersin ajouta qu'elle en avait témoigné de la honte et du repentir ; que d'ailleurs elle avait fort bien appris sa leçon. Ensuite elle l'embrassa , et dit qu'elle pouvait répondre pour elle qu'elle ne se mettrait plus dans le cas d'avoir à rougir.

Lydie commença sa journée avec la résolution de ne donner contre elle aucun sujet de plainte. Mais elle n'avait pas ce contentement intérieur dont son cœur était plein avant sa rechute. Dans le cours des trois ou quatre semaines suivantes . elle fut plusieurs fois sur le point de re-

LYD1B I)K CEilMN.

tomber dans ses premiers défauts. Cependant elle eut la force de se relenir; et souvent, lorsqu'elle était tout près de se livrer à l'oisi vêlé, ou de répondre avec aigreur , on la voyait rentrer tout à coup en elle-même, courir se jeter dans le sein de sa mère, et lui dire, les larmes aux yeux : Embrasse-moi , ma chère maman, pour m'empéeher de devenir coupable.

Un jour cependant qu'elle était dans le jardin avec son petit frère, il se saisit d'un bouquet qu'elle venait de cueillir dans l'intention de le présenter à sa maman , et se mit à fuir de toutes ses jambes. Lydie courut à lui pour ravoir son bouquet ; mais le petit garçon ne voulant pas le lui rendre, elle se mit en colère, et dans un premier mouvement, elle empoigna les fleurs que son frère tenait par la tige , et les mit toutes en pièces. Le petit Paulin, ébranlé par la secousse, alla tomber rudement à quelques pas, en poussant de grands cris. Lydie aimait tendrement "son petit frère. Sa colère fut aussitôt oubliée : elle courut le relever , et lui demanda pardon. De' tendres caresses et une autre fleur qu'elle lui donna, les remirent fort bien ensemble. Personne n'avait été témoin de celte querelle } et Lydie même ne s'en souvint qu'au moment où elle était près de se mettre au lit.

Quoiqu'elle ne fût pas absolument exempte de défauts, Lydie était pleine de sentimens d'honneur, et ne pouvait supporter la pensée de tromper personne. Comment laisser dire a sa maman qu'elle avait été sans reproche toute la journée, i lorsqu'elle savait si bien le contraire ! j Cette réflexion l'occupa durant la nuit; j et !e lendemain au malin, aussitôt qu'elle fut habillée , elle résolut d'aller dire à sa ! mère ce qui lui était arrivé. Comme elle ! passait devant une croisée du corridor , elle vit enlrer dans la cour une dame qui -, venait déjeuner à la maison. Ce fut une truelle mortification pour elle. Cepen- |

dant elle continua sa marche, et se rendit dans la chambre de sa maman , à qui elle annonça la visite de sa respectable amie. Elle aurait bien voulu lui confler tout de suite le secret qui pesait sur son cœur; mais e'Ie ne savait comment elle devait commencer. Sa mère lui voyant un air d'embarras, lui dit : Qu'as-tu donc, ma fille rTu penses apparemment àcequej'ai à dire ce matin sur ton compte? Va, ne sois pas alarmée. Je n'ai qu'une faute légère à le reprocher ; et Mme de Sercy sera charmée d'apprendre la satisfaction que j'ai de ta conduite. Oh, maman! s'écria Lydie , je ne puis vous tromper , ni recevoir des louanges que je ne mérite pas. Elle lui fit alors le récit de tout ce qui s'élait passé la veille dans le jardin.

J'aurai bien de la honte, ajouta-t-elle, de vous entendre rendre compte de mon emportement; mais je serais plus honteuse encore de recevoir vos éloges et vos caresses, tandis que je penserais que si vous aviez su tout ce que je savais, vous m'auriez trailée d'une manière bien différente. Sa maman la prit entre ses bras dans un transport d'affection , et lui dit : Que le Ciel continue de répandre sur toi sa bénédiction, ma chère enfant , et qu'il te conserve cette candeur et celte sincérité qui lui sont si agréables ! Embrasse-moi , ma chère Lydie. Je dirai ta faute ; mais le libre aveu que tu viens de m'en faire le fera plus d'honneur que si tu n'avais pas été coupable. Il n'est rien que je ne doive espérer de toi, avec des sentimens si nobles. Allons, viens, descendons.

Quelques jours après celte scène tou chante, Mme de Gersin reçut une Jeitre qui lui annonçait l'arrivée de plusieurs personnes de sa connaissance, que sa fille n'avait jamais vues, et qui devaient passer quelques jours au château.

Le jour où elles devaient arriver, Lydie alla trouver sa maman , qui se promenait dans le jardin , et, après avoir un peu ba-

LYDIE DE GERSIN.

lancé , elle lui dit'qu'elle avait a lui demander une grâce, c'était de ne pas lire son histoire à déjeuner , pendant tout le temps que la compagnie resterait auprès d'elles.

Mme de gersin. — Et pourquoi donc, ma fille?

lydie. — S'il m'arrivait d'être méchante, je ne voudrais pas l'entendre dire devant des étrangers : j'aurais trop à rougir.

Mme de gersin. — Voila uneraison de plus pour être attentive a la conduite. Ce serait une folie de négliger un moyen si propre à te corriger de tes défauts.

lydie. — Mais, maman, les aller publier devant tout le monde 1 , Mme de gersin. — Tu ne fais jamais de mal sans être observée par des yeux que tu ne peux tromper.

lydie. — Oui , maman , je sais que Dieu les a toujours ouverts sur moi.

Mme de gersin. — Eh bien! ce témoin seul n'est- il pas plus redoutable que tout l'univers ensemble?

Elles furent interrompues en cet endroit par l'arrivée de leurs nouveaux hôtes.

Les paroles de madame de Gersin avaient fait une profonde impression sur l'esprit de Lydie; et depuis ce moment elle veilla sur elle-même avec plus de soin. Pendant les quinze jours que la compagnie passa au château , elle n'eut point sujet d'avoir a craindre la lecture de son journal , où il ne paraissait tout au plus que des fautes légères. Il lui arriva cependant peu après une petite aventure , qui mérite un chapitre particulier.

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