IOS
LYDIE DE GEltSIN.
dernier parti , et répondit qu'elle n'avait plus de faim.
Puisque tu as perdu si vite l'envie de souper , reprit madame de Gersin , il faut croire que tu es malade ; et dans ce cas , je te conseille d'aller tout de suite te mettre au lit.
Lydie pouvait encore revenir de son entêtement. Mais une mauvaise honte l'en empêcha. Elle sortit brusquement sans embrasser ses sœurs ui sa mère , ce qui ne lui était jamais arrivé.
Avant de se coucher, il fallait aller prendre sa coiffe de nuit dans un cabinet de toilette qu'on lui avait donné. Lydie, en y entrant, fut surprise de voir de tous côtés un grand nombre de jolies estampes, dont les bordures dorées rayonnaient dans tout leur éclat sur le papier fond bleu qui formait la tenture. Elle resta quelques momens dans une extase muette, les yeux fixes et la bouche ouverte. Son humeur s'était dissipée dans cet intervalle, et son cœur n'était plus ouvert qu'à des sentimens de joie. Elle descendit précipitamment dans le salon, pour savoir qui lui avait fait ce cadeau. C'est moi , Lydie , lui répondit froidement sa mère. Tu avais souvent désiré d'avoir des estampes dans ton eabinet; et comme j'avais été fort contente de toi ces derniers jours , je me suis empressée de remplir tes vœux. J'ai profité, cette après-midi, de ton absence, pour décorer ton petit appartement , dans la vue de te causer une surprise agréable , lorsque tu irais te coucher.
Partagée entre la honte et la reconnaissance , Lydie ne savait auquel de ces sentimens elledevaitobéir. Enfin elle jeta ses bras autour du cou de sa mère, et répandit sur son sein un torrent de larmes. 0 ma chère maman ! lui dit-elle aussitôt que ses sanglots lui permirent de s'exprimer , quoi ! j'ai pu me rendre digne de ta colère, dans l'instant même où tu venais de l'occuper de mes plaisirs! Je ne
puis me le pardonner à moi-même. Comment espérer que lu me le pardonnes ?
Tu ne m'as point donné de colère , Lydie, lui répondit madame de Gersin.
Tu ne m'as inspiré que de la pitié. Je savais combien tu allais souffrir de ta faute. Calme-toi , ma chère fille ; et sois bien persuadée qu'il te serait difficile dechoisir , pour m'offenser , un moment où je ne serais pas occupée de ton bonheur.
lydie. — Oh! maman, combien tu me fais détester ma mauvaise conduite !
Mme de gehsin. — C'en est assez, ma chère fille. Tes larmes t'ont épuisée. Tu dois avoir besoin de souper.
Lydie ne fut pas insensible à ce nouveau trait de bonté de sa maman , qui la rappelait si doucement à son devoir. Elle fut se mettre à table auprès de son frère Paulin , et prit une tartine de confitures qu'on lui avait réservée. Elle se mit à manger sans regretter ses fraises; mais son cœur était encore si plein, qu'elle avait de la peine à avaler ses morceaux.
La scène qu'elle venait d'avoir l'avait trop vivement émue , pour lui permettre de fermer l'œil pendant les premières heures de la nuit. Elle les passa à chercher les moyens de réparer ses torts envers sa mère, en se corrigeant de ses défauts. La vuedes estampes, qu'elle s'empressa d'aller examiner à son réveil, renouvela dans son cœur cette bonne résolution. Elle sentit plus vivement que jamais la nécessité de se vaincre elle-même , et d'y employer toutes ses forces. Ses efforts eurent un succès très-heureux. Après avoir peu a peu déraciné quelques mauvaises habitudes qu'elle avait contractées , on la vit bientôt acquérir chaque jour de nouvelles qualités et de nouveaux talens. La docilité qu'elle avait pour les instructions de sa mère, et l'ardeur qu'elle apportait à ses travaux , lui firent faire des progrès rapides dans l'étude, tandis que sa douceur et l'égalité de son caractère la faisaient
lydil; de gersin.
chérir de tous ceux qui la voyaient, j
Chacun s'empressait de lui témoigner son I
amitié par mille petits services; et.il n'y |
avait point de jeune demoiselle dans la | contrée dont on désirât plus vivement le bonheur.