‹ Œuvres complètesChapitre 69 sur 142 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

La guirlande.

Lydie eut beau faire exactement le guet , il se passa quelques jours avant qu'elle pût revoir la petite fille et le petit garçon. Un matin cependant, comme elle élait assise auprès de la fenêtre , elle les vit venir. Elle descendit aussitôt avec légèrelé, et les joignit au moment où ils passaient devant la porte. Dans sa précipitation , elle avait oublié de prendre les cadeaux qu'elle leur destinait. Elle les pria de vouloir bien attendre une minute, courut a sa chambre , et revint bientôt avec le tablier , les souliers et le fourreau qu'elle leur donna. Les enfans firent éclater la joie la plus vive en recevant ces présens , et surtout le petit garçon, qui ne cessait de s'écrier : 0 mes jolis souliers! mes jolis souliers!

Lydie le fit asseoir sur un banc, tandis que sa sœur le chaussait. Elle voulut ensuite essayer elle-même le tablier à Louison ; et après les avoir bien caressés l'un et l'autre, elle prit congé iïcux. Elle avait été si occupée de leur parure, qu'elle avait oublié de leur demander le nom de leurs parens, et où ils demeuraient. Il s'était passé plusieurs jours; et Lydie ne se souvenait presque plus de ses petits favoris. Un matin qu'elle s'était levée de bonne

heure , et qu'elle se promenait dans le jardin avant le déjeuner , elle aperçut quelque mouvement auprès de la porte. Elle courut de ce côté pour voir ce que c'était. Elle reconnut bientôt Louison et son petit frère. Ils tenaient a la main une guirlande faite des plus jolies fleurs, avec des nœuds de ruban. Qu'avez-vous la, mes amis, leur dit Lydie, et qu'en voulez-vous faire? C'est un petit présent , répondit Louison , que je vous prie, mamselle, de vouloir bien accepter. Aujourd'hui , c'est le premier dimanche de mai , la fête des fleurs. Ma mère et moi , nous nous sommes levées de bonne heure, pour vous faire celte guirlande, dans la pensée qu'elle pourrait vous faire plaisir.

Lydie, transportée de joie, remercia tendrement Louison, et courut dans la chambre de sa maman pour lui montrer sa guirlande. Elle est fort jolie, lui dit madame de Gersin ; et la mère de la petite fille nous montre bien de l'attention et de la reconnaissance. Mais tu devrais faire quelque don à ces enfans. Car quoique je pense bien que ce n'était pas les vues de leur mère en nous envoyant la guirlande, c'est un usage établi dans ce jour. Va leur porter cet écu de six francs.

Lydie courut de toute sa vitesse, mais il était trop tard. Louison avait reçu ordre de sa mère de ne pas s'arrêter , de peur d'avoir l'air d'attendre quelque chose. Il lui avait été prescrit de ne pas prendre d'argent, malgré les offres les plus pressantes , mais de le refuser poliment, et de dire que sa mère serait fâchée contre elle si elle en recevait.

Dans le transport de sa joie , Lydie avait encore oublié de demander à Louison le nom et la demeure de ses parens. Mais madame de Gersin fut si touchée de l'attention délicate de la mère de la petite fille, qu'elle fit faire des perquisitions pour la découvrir. Elle apprit qu'elle se nommait Dutems, que c'était une femme

LYDIIÏ DE GKRSIN.

très-honnête et très-industrieuse, qui louait une petite école, et travaillait à des ouvrages de couture.

Lydie, après avoir montré sa guirlande à tous les gens de la maison , l'avait suspendue dans sa chambre ; et lorsqu'elle avait un moment de loisir, elle courait l'admirer et jouer avec elle.

Le lendemain , à son réveil , elle ne manqua pas de l'aller visiter. Mais elle vit avec chagrin que toute sa beauté s'était évanouie. Les tulipes avaient la tête abattue , les autres fleurs étaient flétries , et toutes leurs couleurs fanées. Lydie porta tristement la guirlande à sa mère, pour lui montrer combien elle était changée. Ma chère enfant, lui dit madame de Gersin, avais-tu oublié que toutes les fleurs sont sujettes à se flétrir ? Elles tirent leur nourriture de la terre. Il faut donc bien qu'elles meurent, lorsqu'elles en sont séparées.

lydie. — Mais comment la terre peutelle les nourrir, maman?

Mme de gersin. — Comme les sucs de la viande que tu manges te nourrissent , de même la fleur attire le suc de la terre. Ce suc circule dans toutes les parties de la fleur et les alimente. Suivant les différens canaux où il passe, il prend différentes couleurs, quelquefois seulement un beau vert : il est même des fleurs , comme le lis , où il ne prend aucune couleur, et la fleur reste blanche. La terre est appelée la mère des plantes, et les nourrit comme une mère nourrit son enfant. Si la fleur est arrachée de son sein , elle se flétrit , comme ton frère, que je nourris, périrait bientôt si je cessais de l'alaiter.

lydie. — Tu m'as dit, maman, que c'était Dieu qui prenait soin de moi.

Mme de gersin. — Certainement, ma Glle; et sans le secours de Dieu, la terre ne pourrait nourrir ses plantes, ni la mère son enfant. Mais, en général, Dieu se plaît a soutenir les enfans par le moyen

de leurs parens. Et comme les parens se font un devoir d'être les instrumens de la bonté de Dieu envers les enfans, de même les enfans doivent se faire un devoir de respecter et de chérir leurs parens , suivant le commandement qu'ils en ont reçu de Dieu même.

lydie. — Aussi , maman , ai-je beaucoup de respect et d'amour pour toi.

Mme de gersin. — Tu sais aussi que je t'aime avec une bien vive tendresse. Je me fais un plaisir de te dire que je fus hier fort contente de toi. Lorsque je t'appelai pour ta leçon , quoique tu fusses occupée à jouer avec la guirlande, tu la quittas tout de suite , et tu vins me trouver. Pour te récompenser de ton obéissance, je veux , cette après-midi, lorsque lu auras rempli tous tes devoirs , te mener chez la mère de Louison , pour lui rendre visite. . Cette partie de plaisir promettait beaucoup de joie à Lydie ; mais elle n'en fut que plus attentive à bien apprendre ses leçons.

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