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CHAPITRE IX

Le petit Agneau.

Quelques jours après cette visite, Lydie vit de sa fenêtre la petite Louison, qui tenait sous son bras quelque chose, qu'elle paraissait avoir beaucoup de peine à porter. Lorsque la pauvre enfant fut arrivée devant la porte du château, elle s'arrêta, et regarda à travers le trou de la serrure, n'osant prendre la liberté de tirer la sonnette. Lydie élait déjà descendue, pour savoir ce qu'elle demandait. Quelle fut sa surprise de voir, dans les bras de Louison, un petit agneau âgé tout au plus d'une quinzaine de jours ! 11 avait été donné à Louison par un fermier dont les enfans

T. IV

allaient à iécoîe chez sa mère. Louison lui avait mis autour du cou une guirlande de fleurs des champs. Elle venait le pré senter a Lydie, et l'obligea, par ses prières , de vouloir bien l'accepter. Au milieu de sa joie , Lydie se souvint fort à propos que sa mère avait eu l'intention de donner quelque chose à Louison pour sa guirlande de fleurs. Elle pria la petite fille d'attendre qu'elle eût été montrer l'agneau à sa maman. Elle revint bientôt avec un écu de six francs qu'elle voulut mettre dans la main de Louison ; mais celle-ci ne consentit jamais à le prendre, disant que l'agneau ne lui avait rien coûté , non plus que les fleurs de la guirlande , et que sa mère lui avait absolument défendu de rien recevoir.

Mais au moins, reprit Lydie, tu ne refuseras pas de déjeuner avec moi. Elle la prit aussitôt par la main , la fit asseoir sur un banc , et courut, avec la permission de sa mère , chercher dans l'office un gâteau , et cueillir dans le jardin des fraises et des cerises. Elles mangèrent ensemble de fort bon appétit , et virent arriver avec, regret le moment de se séparer. Lydie fit alors à Louison une petite provision de fruits et de friandises pour son frère ; et Louison ayant donné un tendre baiser à l'agneau , prit congé de Lydie , en lui recommandant de bien soigner le petit animal , de lui donner deux ou trois fois par jour du lait chaud , et de le retirer la nuit dans sa chambre.

On croira sans peine que Lydie destina dès ce jour une partie des heures de sa récréation aux soins qu'exigeait son élève. Il élait à la vérité d'une tournure charmante; et ses tendres bêlemens auraient fait naître un vif intérêt dans un cœur encore moins sensible que celui de Lydie. Le plaisir que lui donnait cette innocente créature , la conduisait naturellement a penser a la bonne Louison , et a s'entretenir sur son compte avec sa ma-

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inan. bille lui faisait observer que Louison, quoiqu'elle fût pauvre, et qu'elle ne fût jamais allée dans la bonne compagnie , se conduisait toujours d'une manière décente, et parlait avec beaucoup de douceur et de politesse.

Ma chère enfaut , lui répondit madame de Gersin , lorsqu'on a une modeste opinion de soi-même , et que l'on veille avec soin sur toutes ses paroles et toutes ses actions , il arrive rarement que l'on dise ou que l'on fasse quelque chose dont on ait a rougir.

La crainte d'offenser les autres nous rend polis et réservés ; et si nous nous attachons à parler toujours d'une manière obligeante, nous ne serons pas en peine de trouver les expressions. C'est l'étourderie et la vanité qui gâtent nos actions et nos manières ; et ces défauts sont insupportables dans un enfant, soit qu'il doive la naissance à des parens riches ou à de pauvres gens. Lesenfans ne peuvent se rendre agréables, que par la soumission et la douceur , par des manières respectueuses envers tout le monde. Comme ils n'ont point encore de connaissances, et qu'ils ne disent ou ne font rien qui puisse mériter l'attention , ils doivent regarder les autres comme au-dessus d'eux, quelle que soit leur naissance , et se croire obligés envers toutes les personnes qui daignent s'occuper de leurs plaisirs ou de leurs besoins. Les amis de notre maison , ainsi que les domestiques , te montrent de la bienveillance, et ne perdront point ce sentiment, tant que tu continueras de te bien comporter envers eux. Mais lorsque les eufans s'avisent de vouloir disputer avec les grandes personnes, de leur parler insolemment, ou de prétendre savoir mieux qu'elles ce qu'il faut faire, ils se rendent aussi ridicules que désagréables Ce qui te plaît dans Louison , c'est qu'elle semble n'avoir d'autre désir que de se trouver avec toi , de faire ce qui pourra le

donner du plaisir, et de te montrer sa reconnaissance. C'est aussi ce qui te fera aimer de tous ceux qui t'environnent , s'ils trouvent en toi les mènes dispositions.

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