CHAPITRE XII
La corbeille renversée.
Un jour que Lydie se promenait dans la campagne avec sa maman , ses sœurs et sa cousine, elle vit une petite fille assise sous une haie, et qui pleurait amèrement. La voix de la douleur u'avait ja>
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LVIME DR GEltSIN.
ruais frappé vainement l'oreille de Lydie. j fille, et lile courut avec Henriette vers la petite | pleurer.
lui demanda ce qu'elle avait a
la petite fille. — Oh ! ma chère demoiselle, que vais-je devenir? Mes œufs sont presque tous cassés. Et ma mère, que dira-t-elle? Comme elle va se mettre en colère! Je n'oserai jamais retourner à la maison.
lydie. — Ne t'afflige pas davantage ma pauvre petite. Je t'assure que ta mère ne se fâchera pas. Ma bonne maman au moins ne se fâcherait pas, si elle était à la place de la tienne.
la petite fille , en sanglotant. — Votre maman, à la bonne heure. Mais pour ma mère , elle va me battre. Je devais avoir trente sous de mes œufs et en acheter du pain.
lydie, — Tu n'as pas cassé tes œufs exprès sans doute. Comment cela t'est-il arrivé?
la petite fille. — Maman en avait mis trois douzaines dans cette corbeille. KHe les avait entremêlés de paille, et m'avait dit daller les vendre à la ville, sans m'arrêter , jusqu'à ce champ. Là, j'ai vu dans la haie des mûres si appétissantes, que j'ai voulu en manger. Je ne
faisais tort à personne de les cueillir. J'ai posé ma corbeille à terre pour atteindre à de hautes branches. Pendant ce temps , il est venu un gros chien qui a fourré son museau dans ma corbeille, et puis il l'a renversée, et il a cassé presque tous mes œufs. Maintenant je ne puis avoir ni les trente sous que je les aurais vendus , ni le pain que j'en aurais acheté. Ma mère l'attend pour donner à manger à mes petits frères ; et je ne sais ce qu'elle me fera, lorsqu'elle me verra revenir les mains vides.
Pendant cet entretien , Mme de Gersin et ses filles aînées avaient eu le temps de s'approcher, et d'entendre le triste récit delà petite fille. Ma pauvre enfant, lui dit madame de Gersin , je suis fâchée du malheur qui t'est arrivé; mais tu vois maintenant ce que c'est que de ne pas suivre exactement les ordres de ses parens. Les enfans croient toujours en savoir autant qu'eux; mais ils s'y trompent toujours, et il leur en arrive quelquefois de grands chagrins. Ta mère t'avait dit d'aller à la ville sans l'arrêter, parce qu'elle
LYDIE DE OEKSLY.
savait bien que si tu t'amusais à jouer, ou à penser à autre chose qu'à tes œufs , tu courrais raille fois le risque de les casser. Si tu avais observé ses ordres , il y a toute apparence qu'il ne te serait pas arrivé de malheur. Ta mère aura donc sujet de te faire des reproches , lorsqu'elle saura comment cet accident est arrivé.
la petite fille. — Oui, madame, vous avez bien raison. Elle m'aurait plutôt pardonné, si mes œufs avaient été cassés d'une autre manière. Un petit garçon , qui vient de s'en aller, m'a conseillé de dire qu'eu voulant passer sous une barrière je me suis cogné le dos, et que ma corbeille m'est échappée des mains. Mais je n'ai jamais dit de mensonge, et je ne voudrais pas commencer aujourd'hui à mentir.
3ime de gersin. — Je vois que ta mère est une brave femme, puisqu'elle t'a donné de si bonnes instructions.
lapetite fille. — OIi ! oui , madame.
Elle m'a toujours défendu de mentir pour aucun sujet; et si elle venait a savoir que je l'ai trompée, elle me battrait encore dix fois plus fort.
Mme de gersin. — Sois bien sûre que tu te rendrais malheureuse pour toute ta vie, en t'accoutumant à mentir. Tu as déjà fait une faute, et tu vois combien elle te donne de chagrin. Ce serait bien pis , si tu devenais plus coupable en manquant a la vérité. Quand ta mère ne découvrirait pas la tromperie , elle t'aura appris sans doute que Dieu voit tout ce que tu fais , et que si tu cherches à te tirer d'embarras par le mensonge, tu perds aussitôt sa grâce et sa bénédiction. Puisque tu es une si bonne fille, jeté promets que ta mère ne sera pas si en colère que tu le crois. Va porter de ma part au château les œufs qui te restent. Voici les trente sous que tu aurais eu de ta corbeille. Tu pourras en acheter du pain ; et la mère n'y aura rien perdu. Je veux que
tu m'apportes d'autres œufs quand tu en auras à vendre. Je serai bien aise de te voir.
La pauvre petite fille reçut l'argent avec des transports de joie et de reconnaissance. Lorsqu'elle fut partie , Mme de Gersin fit observer à sa fille, que l'on trouve quelquefois une récompense actuelle dans l'exercice de ses devoirs. Si la petite fille , dit-elle, avait suivi le conseil du petit garçon , et s'était décidée h dire un mensonge à sa mère , elle serait probablement partie tout de suite, et elle aurait été dans un autre champ quand nous sommes venus ici, en sorte que nous n'aurions pas pu la tirer d'embarras. J'espère que la rigueur de sa mère sera adoucie, à la vue du pain que la petite (ille va lui apporter; et lorsque celle-ci aura rendu compte de sa conduite, elle recevra des louanges au lieu des reproches et des coups dont elle aurait été accablée, si son mensonge avait été découvert, comme il l'aurait été infailliblement.