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CHAPITRE XIV

Le secret dévoilé.

Ce même jour, tandis que Lydie était occupée à travailler auprès de sa maman , un domestique entra, et dit qu'il y avait à la porte un petit garçon et une petite tille qui demandaient à parler à Lydie. Lydie rougit; et sa mère lui ayant demandé qui pouvaient être ces enfans, elle répondit avec vivacité : C'est apparemment Louison et son frère. Voulez-vous me permettre de les aller trouver? Mais je voudrais y aller toute seule. Je vous présenterai Louison avant qu'elle s'en retourne.

Le consentement de madame de Gersin ne fut pas difficile à obtenir; et Lydie ayant couru dans sa chambre pour y prendre un petit carton , eut bientôt descendu l'escalier et traversé la cour.

Arrivée à la porte du château, elle vit Louison , qui tenait une jolie petite corbeille de jonc avec des nœuds de ruban aux quatre coins, et des feuilles fraîches par-dessus.

Louison s'empressa de présenter sa corbeille à Lydie, et lui dit que la servante qui était venue lui dire de passer ce ma

tin , lui ayant appris que c'était son jour i de naissance, elle s'était mise aussitôt h finir sa corbeille, et quelle la priait de l'accepter.

Elle est vraiment fort belle, lui répondit Lydie, et je l'accepte avec plaisir. Elle écarta aussitôt les feuilles qui la couvraient, et vit qu'elle était pleine de petits gâteaux , sur lesquels Louison avait mis quelques rameaux de sorbier avec leurs fruits.

LYDIE. — Et où as-tu pris cel » , Louison? C'est beaucoup trop pour moi, et je ne veux pas le prendre.

louison. — Ah! mamselle, vous me feriez bien de la peine de le refuser. C'est ma mère qui a fait les gâteaux; et moi, j'ai cueilli les sorbes et j'ai fait la corbeille.

lyuie. — C'est toi qui as fait cette jolie corbeille , Louison ? Voudrais - tu bien m'apprendre un jour a les faire?

louison. — Ce sera avec grand plaisir, raamselle, si votre maman daigne me le permettre : mais, je vous en prie, prenez d'abord celle-ci , elle vous servira de modèle.

LYniE. — Je vois qu'il n'y a pas moyen de te refuser : mais sais-tu bien , Louison, pourquoi je t'ai fait prier de passer ici?

En disant ces mots, Lydie ouvrit son carton , et en tira un chapeau neuf de paille, entouré d'un large ruban vert, avec des rosettes devant et derrière, et des cordons verts pour se nouer sous le cou. Elle fit quitter a Louison celui qu'elle portait, et lui mit le sien à la place. Louison fut enchantée de sa nouvelle parure; mais Lydie n'avait pas moins de plaisir à la parer.

Elle tira ensuite de son carton un joli fourreau d'indienne, dont elle habilla le petit garçon avec plus de plaisir qu'elle n'en avait jamais eu à habiller sa poupée, quoiqu'il ne fût pas, à beaucoup près, aussi tranquille; car il ne faisait que se

Lydie de gersin.

tordre de tous côtés, pour regarder les fleurs peintes sur son fourreau.

Lorsque cette toilette fut achevée, Lydie prit les enfans par la main , et les conduisit dans la chambre de sa mère.

Maman, s'écria- t-elle en entrant, je vous avais dit que j'avais un secret : le voici. Comment trouvez-vous mes petits amis ?

Mme de gersin. — Fort bien, en vérité. Mais qui leur a donné tout cela? Ce n'est pas toi, sans doute. Tu n'avais pas assez d'argent.

lydie. — Il est vrai , maman , que ma bourse n'y aurait pas suffi sans une grande économie, mais j'en suis pourtant venue à bout. Ne vous souvenez-vous pas que je ne voulus pas, l'autre jour, acheter une corbeille comme mes sœurs ? Et voyez maintenant celle que Louison vient de me donner : elle est bien plus jolie que les autres. J'ai eu le chapeau et le ruban du fruit de mes épargnes.

Mme de gersin. — Et le fourreau , comment as-tu pu te le procurer? Voyons, il me semble que j'en reconnais l'étoffe.

lydie. — Vraiment, oui. C'est ce coupon d'indienne que ma tante m'avait donné pour en faire une robe-de-chambre a ma grande poupée. Ma sœur m'a dit qu'il y en aurait assez pour en faire un fourreau au petit garçon. Elle a eu la bonté de me le tailler, et moi, je me suis chargée de le coudre.

Mme de gersin. — Comment doncl je ne te croyais pas si habile ouvrière. Te voilà bien joyeuse, n'est-ce pas? Eh bien ! ma fille , c'est la preuve de ce que je te disais encore ce matin, sur le plaisir qu'il y a de faire de bonnes actions. Je suis sûre que tu n'as jamais eu tant de joie d'un chapeau pour toi-même, ou d'une robe pour ta poupée.

lydie. — Oui, maman, il est vrai.

Louison et son frère sont si contens! Qui

ne se réjouirait pas de rendre les autres heureux?

Mrae de gersin. — Ce n'est pas tout.

Il faut qu'ils aillent aussi porter ce plaisir à leur mère. Je les vois déjà dans l'impatience de lui montrer leurs présens. Tu ferais bien de les laisser partir.

Lydie, qui avait appris à obéir aux moindres signes de volonté de sa mère, renouvela ses reraercîmens a Louison , pour la jolie corbeille qu'elle en avait reçue. Elle la pria, avec la permission de sa maman , de venir bientôt lui apprendre à tresser le jonc pour en faire des corbeilles et des paniers, et lui dit qu'elle pouvait aller rejoindre sa mère.

Louison fit une douzaine de révérences.

Le petit garçon tira autant de fois le pied en arrière, en baisant le bout de ses doigts, et ils partirent.

Lydie eut alors le temps de montrer à sa maman la corbeille et les gâteaux , et elle les alla poser sur une encoignure, en disant qu'ils serviraient pour leur goûter.

Tous les enfans du voisinage avaient été invités a cette petite fête. Lydie en fit les honneurs avec beaucoup de grâce.

Madame de Gersin n'avait rien négligé pour que sa fille régalât abondamment ses amies. Le gâteau , dont elle s'était chargée , fit un excellent effet dans la collation; mais, il faut l'avouer, la corbeille de Louison y joua le plus beau rôle; et c'est elle qui procura le plus de plaisir à Lydie , en lui rappelant le souvenir d'un acte de bienfaisance.

Au milieu de ce repas joyeux , un domestique vint apporter une petite boîte à l'adresse de Lydie : elle s'empressa de l'ouvrir , et y trouva un service de porcelaine complet pour sa poupée, avec un billet, pour lui apprendre que c'étaient les cadeaux réunis de ses frères et de ses sœurs.

Ce fut une nouvelle scène de joie pour son cœur sensible et reconnaissant : les

LYDIE DU QRRSlN.

larmes lui en vinrent aux yeux , mais c'étaient des larmes de tendresse; et le reste de la soirée se passa en mille petits jeux amusans, où elle eut l'attention de veiller à ce que tout le monde prît sa bonne part du plaisir qu'elle leur procurait.

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