SAM) I OKI) ET MERTON
ijenri. —Oui , je l'ai vu dans un livre de M. Baiiow.
tommy. — Oh , conte-moi un peu cela, je t'en prie.
henri. — Je le veux bien, mon ami:
je me le rappelle à merveille.
Tu sauras d'abord qu'il y a loin d'ici des pays très-chauds , où les hommes sont dans l'usage d'aller presque nus. Ils sont si exercés a la course dès leur plus tendre enfance , qu'ils vontpresque aussi vite que des cerfs. Lorsqu'un lion vient dans le voisinage pour leur enlever quelque pièce de leur bétail , ils se mettent cinq ou six à sa poursuite, armés de plusieurs javelots. Us parcourent la forêt jusqu'à ce qu'ils aient découvert sa retraite. Alors ils font du bruit, et poussent des cris affreux pour l'exciter à les attaquer. Le lion commence à écumer , à rugir , et à se battre les flancs de sa queue; puis tout à coup il s'élance sur l'homme qui est le plus près de lui.
tommy. — Hélas! je tremble de tout mon corps. En voilà déjà un mis en pièces.
henri. — Oh! ne crains pas. Cet homme, qui s'y attend, se détourne adroitement de son chemin , tandis qu'un de ses camarades lance un javelot au lion. Le lion devient plus furieux, et se retourne contre l'ennemi qui vient de le blesser; mais celui-ci fait comme le premier; et le lion reçoit du troisième un second javelot dans le flanc. Il en est de même des autres, jusqu'à ce que le pauvre animal tombe épuisé des blessures qu'il a reçues.
Que cela doit êlre beau à voir ! s'écria Tommy. Je voudrais bien assister à l'un de ces combats, du haut dune fenêtre, où je serais en sûreté. Oh ! pour moi , non , répondit Henri , j'aurais trop de peine de voir déchirer un si noble animal. Maison est obligé de le faire pour sa défense ; au lieu qu'un pauvre lièvre ne fait que manger un peu de grain aux fermiers, et ne
leur cause sûrement pas en cela tant de dommage que les chasseurs qui le poursuivent, en passant à cheval sur leurs terres.
Pendant qu'ils s'entretenaient ainsi, Henri, tournant d'un autre côté ses regards, s'écria tout à coup : Tiens, Tommy, vois donc ; voici le lièvre qui vient à nous. Oh ! il est déjà bien loin. J'espère que ses ennemis ne sauront pas le chemin qu'il a pris ; et , s'ils viennent me le demander , je me garderai bien de leur donner de ses nouvelles. Aussitôt ils virent arriver les chiens qui avaient perdu les traces de leur proie. Un homme qui les suivait, monté sur un beau cheval , demanda à Henri s'il avait vu le lièvre passer. Henri ne lui fit pas de réponse. Le chasseur ayant réitéré sa question d'un ton de voix plus haut, Henri répondit qu'il l'avait vu. Et de quel côté s'en va-t-il? C'est ce que je ne veux pas vous dire. Tu ne le veux pas? dit le chasseur, en sautant à bas de son cheval , je vais bien te le faire vouloir; et, s'avançant vers Henri, qui n'avait pas bougé de laplace où il était, il se mit à le frapper avec son fouet de la manière la plus brutale, en répétant à chaque coup: Eh bien, petit drôle, me le dirastu maintenant? Mais Henri se contenta de lui répondre : Si je n'ai pas cru devoir vous le dire tout à l'heure , je ne vous le dirai pas davantage, quand vous m'assommeriez. Ni la généreuse fermeté de cet enfant ni les larmes de l'autre, qui pieurait amèrement de voir les souffrances de son ami , ne firent aucune impression sur le barbare. 11 aurait poussé plus loin sa brutalité , si un chasseur , qui courait à toute bride, ne fût survenu, et ne lui eût dit : Que faites- vous donc , chevalier? vous allez tuer ce petit garçon. Il le mérite bien, répondit le méchant. 11 vient de voir passer le lièvre, et il ne veut pas me dire de quel côté il s'en va. Prenez garde, lui répliqua l'autre à voix basse.
Ki<