SA>DFORD ET MURI OU
qu'il ne leur est pas arrivé de malheur.
tommy. — Il est vrai , parce qu'ils forgèrent des armes pour se défendre.
m. barlow. — Peut-être donc n'eston pas malheureux uniquement pour être exposé au danger, car on peut en échapper, mais parce qu'on ne sait comment s'en garantir.
tommy. — Je ne comprends pas bien votre pensée, monsieur.
m. barlow. — Je vais vous donner un exemple qui vous 1 eclaircira. Lorsque le serpent s'entortilla autour de volrejambe, n'étiez-vous pas malheureux, parce que vous craigniez qu'il ne vous mordît?
tommy. — Oui, monsieur.
m. barlow. — Mais Henri n'était pas malheureux, lui?
tommy. — Cela est encore vrai.
m. barlow. — Cependant il était plus en danger d'être mordu que vous , puisqu'il saisit le serpent avec sa main.
tommy. — Oh, sans doute.
m. barlow. — Mais il comprit qu'en le prenant hardiment par le cou , et le jetant au loin , il pouvait se délivrer du péril. Si vous aviez fait la même réflexion, probablement vous n'auriez pas eu tant de crainte , et vous n'auriez pas été aussi malheureux que vous l'étiez.
tommy. — Oui, monsieur, vous me le faites bien sentir: et si le même accident m'arrivait encore , je crois que j'aurais assez d'avisement pour en faire autant que Henri.
m. barlow. — Et seriez-vous alors aussi malheureux que vous l'avez été la première fois?
tommy. — Non certainement, parce que j'aurais plus de courage.
m. barlow. — Ainsi donc les personnes qui ont du courage , ne sont pas aussi malheureuses dans le danger que celles qui n'en ont point?
tommy. — Certainement non, monsieur.
m. barlow. — Et cela est-il vrai de toute espèce de danger?
tommy. — Cela doit être. J'ai vu quelquefois maman toute tremblante, lorsqu'elle avait à traverser dans sa voiture un petit ruisseau , tandis que mon papa n'y trouvait pas le moindre péril.
m barlow. — Ainsi avec du courage , elle n'y aurait pas trouvé plusde péril que votre papa?
tommy. — Je le crois comme vous ; car je la voyais se moquer elle-même de sa poltronnerie, lorsque le ruisseau était traversé.
m. barlow. — II est donc possible que nos matelots se trouvant si bien en état de se défendre contre les ours , n'en eussent plusde frayeur, et par conséquent ne fussent pas aussi malheureux que vous l'aviez d'abord imaginé.
tommy. — En vérité, je le crois à présent.
m barlow. — Continuons donc) s'il vous plaît. La chair des trois espèces d'animaux dont nous avons parlé, savoir les ours blancs, les rennes, les renards blancs et bleus, fut le seul aliment dont nos malheureux solitaires eurent à se nourrir pendant le cours de six années. Nous ne voyons pas à la fois toutes nos ressources. La nécessité peut seule aiguiser l'invention. C'estellequi, fécondant par degrés notre esprit, lui fait concevoir des expédiens dont il n'aurait jamais eu l'idée. La vérité de cette observation fut éprouvée par nos matelots en plus d'une circonstance. C'était peu de manger leur viande sans pain ni sel, dont ils étaient absolument dépourvus, ils étaient réduits à la manger demi crue, parce que leur four n'était pas propre à la faire rôtir , et que le bois était trop précieux par sa rareté, pour allumer du feu hors de la hutte. Pour remédier à cet inconvénient, ils imaginèrent d'exposer à l'air pendant l'été une partie de leurs provisions, et de