‹ Œuvres complètesChapitre 95 sur 142 · OS · texte numérisé non relu

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SANDFOKD ET MERTON

qu'il se répandit dans l'assemblée un bourdonnement général , et que tous les regards se tournèrent a la fois vers le petit garçon. M. et madame Merton en furent frappés; mais ils crurent devoir attendre, pour s'éclaircir, que le service fût achevé. Alors, comme ils sortaient ensemble, en se donnant la main, M. Merton demanda à son fils quel pouvait être le sujet de l'attention générale qu'il avait excitée dans l'église. Tommy n;eut pas le temps de répondre ; car une femme très-proprement vêtue vint avec ses enfans se jeter à ses pieds en le nommant son ange tutélaire, et en priant, à haute voix , le Ciel de répandre sur lui toutes les bénédictions qu'il méritait par sa bienfaisance. M. et madame Merton furent quelques instans sans rien comprendre à cette scène extraordinaire. Mais , lorsqu'enûn ils apprirent le secret de la générosité de leur fils, ils n'en parurent guère moins affectés que la personne même qui en avait été l'objet. Ils répandirent des larmes de tendresse sur Tommy, et l'embrassèrent avec transport, sans faire attention à la foule dont ils étaient environnés. Enfin, revenus un peu à euxmêmes, ils prirent congé de la pauvre femme ets'cmpressèrent de remonter dans leur voiture, saisis d'un sentiment délicieux qu'il est plus aisé de concevoir que de décrire.

Il y avait près de six mois écoulés , depuis que Tommy était entré dans la maison de M. Barlow. Combien il était changé depuis ce temps ! Ce n'était plus cet enfant orgueilleux et pusillanime, qui se croyait fait pour dominer sur les autres, et qui n'était capable d'aucun empire sur lui-même. Son esprit commençait à prendre une idée plus juste des choses , sa raison s'était agrandie; ses sentimens s'étaient ennoblis , et toutes les parties de son corps avaient acquis en même temps une nouvelle vigueur.

L'hiver commençait maintenant à régner avec une rigueur extraordinaire.

Les ruisseaux s'étaient convertis en masses solides de glace. La terre couverte de frimas, offrait à peine une maigre subsistance à ses habitans. Les petits oiseaux, qui se plaisaient, il y avait peu de jours, à sautiller dans la verdure, en répétant leurs jolies chansonnettes, semblaient déplorer en silence les horreurs de la saison. Tommy fut un jour bien étonné, en entrant dans sa chambre , d'y voir un petit oiseau qui voltigeait dans tous les coins, sans avoir cependant l'air de s'effaroucher de sa présence. 11 courut aussitôt appeler M. Barlow, qui, après avoir regardé son nouvel hôte, lui dit qu'on nommait cet oiseau Bouge-gorge, et qu'il était naturellement plus familier avec les hommes, et plus disposé à cultiver leur société qu'aucun autre oiseau. La pauvre petite créature, ajouta-t-il, manque aujourd'hui de subsistance , parce que la terre est couverte de neige ; et c'est la faim qui lui inspire cette hardiesse extraordinaire. En ce cas, monsieur, dit Tommy , si vous voulez me le permettre , je vais chercher un morceau de pain , et je me chargerai du soin de le nourrir. Je le veux bien , répondit M. Barlow ; mais commencez par ouvrir la fenêtre , pour qu'il voie que vous n'avez pas intention de le retenir prisonnier. Tommy courut aussitôt chercher du pain ; et à son retour , il ouvrit la fenêtre , après avoir jeté quelques miettes sur le plancher. Il eut la satisfaction de voir son joli hôte sautiller légèrement autour de lui , et faire , avec confiance, le plus joyeux repas. L'oiseau, s'envolant ensuite hors de la chambre , alla se percher sur un arbre voisin , et se mit à chanter, comme s'il eût voulu payer Tommy de l'hospitalité qu'il lui avai t donnée.

Tommy fut enchanté d'avoir formé cette nouvelle connaissance. Depuis ce jour, il

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ne manqua jamais de tenir sa fenêtre ouverte , et de jeter des miettes de pain sur le plancher. L'oiseau , de son côté , ne manquait jamais de venir , et de se régaler hardiment sous la protection de son bienfaiteur. Cette douce intimité s'accrut bientôt a tel point, que le petit oiseau allait se percher sur l'épaule de Tommy, et manger dans sa main, en répétant sa plus jolie chanson. Tommy en était si transporté, qu'il appelait souvent Henri

et M. Barlow, pour les rendre témoins des caresses de son favori ; et il aurait , je crois, oublié son déjeuner, plutôt que de manquer à lui en réserver une partie. Mais hélas! que les félicités de ce monde sont passagères ! Tommy était monté un jour pour donner la ration ordinaire a son petit ami. De quel spectacle il fut frappé en ouvrant la porte de la chambre ! il vit Je pauvre oiseau étendu tout sanglant sur le plancher , et rendant le der-

nier soupir. Un gros chat , qui profita de l'occasion de la porte ouverte pour s'esquiver, lui apprit quel était l'auteur de ce meurtre. 11 descendit aussitôt, les larmes aux yeux , pour raconter à M. Barlow la mort déplorable de son favori , et solliciter sa vengeance contre le matou. M. Barlow prit beaucoup de part à son affliction , et lui demanda quelle peine il voulait infliger au meurtrier.

tommy. — Quelle peine! monsieur?

Ah! il n'en est point d'assez rigoureuse contre ce méchant animal. Il faut que je le tue , comme il a tué le pauvre oiseau .

m. barlow. — Mais pensez-vous qu'il se soit porté a cette action par quelque

T. IV

sentiment d'animosité contre l'oiseau, ou contre vous ?

Tommy réfléchit un moment, et répondit qu'il ne soupçonnait pas le chat d'avoir eu contre l'un ni l'autre aucune inimitié particulière.

m. barlow. — 11 me semble donc que vous auriez tort de vouloir le traiter comme un ennemi. Mais , dites-moi , je vous prie , n'avez-vous jamais observé à quoi le porte son instinct , à la vue d'un oiseau, d'un rat, d'une souris, ou de quelque autre petit animal?

tommy. — J'ai vu qu'il les poursuit pour les prendre ; et , que lorsqu'il les attrape , il les dévore avec avidité.

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