‹ Œuvres complètesChapitre 96 sur 142 · SAM»F0RI) ET MKRTON · texte numérisé non relu

SAM»F0RI) ET MKRTON

m. barlow. — Et l'avez-vous jamais corrigé pour s'être comporté de cette manière? A vez-vous jamais essayé de lui faire prendre d'autres habitudes?

tommy. — Non , monsieur. Il est bien vrai que j'ai vu Henri, lorsque le chat avait pris une souris, et qu'il la tourmentait, la ravir de ses griffes, et la remettre en liberté; mais, moi , je ne l'ai jamais fait.

m. barlow. — En ce cas, vous êtes plus blâmable que le chat lui-même. Vous avez observé qu'il est naturel à tous ceux de son espèce de détruire les souris et les oiseaux , lorsqu'ils peuvent les atteindre ; et cependant vous n'avez pris aucune peine pour mettre votre favori à l'abri de ce danger. Tout au contraire, en l'accoutumant à venir dans votre chambre , et à se croire en sûreté sous votre protection , vous l'avez livré à une mort violente, qu'il aurait sans doute évitée, s'il fût resté dans son état sauvage. N'aurait-il pas été plus sage d'apprendre au chat à ne plus faire sa proie des petits oiseaux , qu'il ne serait juste de lui donner| la mort pour une action que vous ne l'avez jamais instruit à regarder comme une chose défendue?

tommy. — Est-ce que cela aurait été possible ?

M. barlow. — Très - possible , sans doute ; et je me flatte de vous le faire voir par l'expérience.

tommy. — Ah , pourquoi ne l'ai-je pas su plus tôt! Mais , monsieur , a quoi bon laisser vivre un méchant animal , qui ne se nourrit que de sang?

m. barlow. — Parce que si vous vouliez exterminer toutes les créatures qui font leur proie des autres , vous en laisseriez peut-être bien peu de vivantes.

tommy. — Oh ! mon pauvre petit oiseau , que ce vilain chat m'a tué, je suis bien sûr qu'il n'a jamais été coupable d'une méchanceté pareille.

Mi barlow. — Je n'en répondrais pas avec autant d'assurance que vous. Allons voir dans les champs de quoi se nourrissent ceux de son espèce : nous serons en état d'en parler avec plus de certitude.

M. Barlow mena Tommy se promener dans la campagne , et ils ne tardèrent pas à voir un rouge-gorge qui furetait dans la neige , et qui prit bientôt quelque chose avec son bec.

m. barlow. — Ha, ha! qu'est-ce donc qu'il tient ainsi?

tommy. — Oh ! monsieur, c'est un gros ver de terre. Voyez , voyez comme il l'avale. Je n'aurais jamais cru qu'un si joli petit oiseau pût être si cruel.

m. barlow. — Et croyez-vous qu'il se doute du tourment qu'il vient de faire souffrir à cet insecte?

tommy. — Non, monsieur, je ne le crois pas.

m. barlow. — Vous voyez donc que ce qui serait une cruauté en vous, qui êtes doué d'intelligence et de réflexion, n'en est pas une en lui. La nature lui a donné du goût pour les insectes ; et il obéit aveuglément à son instinct, de la même manière que le bœuf obéit au sien, en se nourrissant de gazon , et l'âne en mangeant des chardons et des épines.

tommy. — Le chat ne savait donc pas qu'il commettait une cruauté , lorsqu'il a mis en pièces le pauvre oiseau?

m. barlow. — Pas plus que l'oiseau que nous venons de voir ne croyait en commettre une en dévorant l'insecte. La nourriture naturelle des chats, c'est les rats , les souris et les oiseaux , qu'ils peuvent saisir par violence ou surprendre par ruse. Il était impossible que le mien connût le prix que vous attachiez à votre rouge-gorge. Ainsi, en le prenant, il n'a vait pas plus intention de vous offenser que s'il eût pris une souris.

tommy. — Mais en ce cas, si j'appri-

SAXOIOKD Et MLRION

voisais un autre oiseau , il le tuerait comme il a tué le premier ?

m. barlow. — Peut-être ne serait-il pas difficile de prévenir ce malheur. J'ai ouï dire a des gens qui vendent des oiseaux, qu'il est un moyen d'empêcher les chats de les manger.

tommy. — Ah! monsieur, si vous le savez, hâtez-vous, je vous en conjure, de me l'apprendre.

m. barlow. — Vous pourriez l'oublier.

Attendons que l'occasion se présente d'en faire l'épreuve.

tommï". — Nous verrons, monsieur le matou , si l'on ne saura pas vous guérir de votre gourmandise.

m. barlow. — Vous avez raison, il vaut toujours mieux corriger les mœurs d'un animal que de le détruire. D'ailleurs, j'ai une affection particulière pour ce chat , parce que je l'ai eu tout petit , et que j'ai su le rendre presque aussi caressant et aussi familier qu'un bon chien. 11 vient tous les matins gratter à la porte de ma chambre, et il miauîe tout doucement jusqu'à ce que je l'aie fait entrer. Pendant nos repas , il s'assied , comme vous le savez, a un coin de la table, avec autant de gravité qu'un convive de cérémonie , sans jamais s'aviser de loucher au moindre plat. Vous-même, je vous ai vu souvent le caresser avec une grande affection , tandis qu'il relevait son dos et remuait sa queue pour vous montrer qu'il était sensible à vos amitiés.

Quelques jours après cet entretien, un autre rouge-gorge , qui souffrait aussi de la rigueur du temps, vint chercher un asile dans la maison. Tommy, qui se rappelait le sort déplorable du premier , ne voulut lier connaissance avec celui-ci , et l'encourager à aucune familiarité, jusqu'à ce qu'il eût appris le secret de prévenir les insultes du chat. Il courut aussitôt avertir M. Barlow qui s'empressa de remplir la promesse qu'il lui avait faite. Pour

cet effet , il attira l'oiseau dans une cage de fd de laiton ; et dès qu'il y fut entré, il ferma la porte pour l'empêcher d'en sortir. Il prit ensuite un petit gril de fer, dont on se servait dans la cuisine pour faire cuire la viande sur les charbons. Il le Ot chauffer jusqu'à ce qu'il fût près de rougir, et le plaça debout à terre, tout près de la cage, après l'avoir entouré de meubles , de manière qu'on n'en pût approcher que par ce côté. 11 fit alors venir le chat; et, après s'être assuré qu'il avait bien remarqué l'oiseau, dont il s'imaginait déjà faire sa proie , il sortit de la chambre avec les deux enfans, pour laisser le matou pl'js libre dans ses opérations. Ils avaient eu soin de ne pas fermer entièrement la porte , afin de pouvoir regarder à travers l'ouverture ce qui allait se passer, lis virent d'abord le chat fixer des yeux enflammés sur la cage , et s'en approcher dans un profond silence, pliant son corps sur ses jambes, et touchant le plancher de son ventre. Puis, lorsqu'il se crut à une distance convenable, il s'élança d'un saut impétueux, qui aurait été probablement funeste au prisonnier , si le gril , placé devant sa cage, n'eût brisé, par sa résistance, la violence de l'assaut. Ce n'est pas tout. Les barres en avaient été si bien chauffées, que le chat, en bondissant contre elles , se brûla les pattes et le museau. 11 se retira du champ de bataille , en poussant des miaulemeus désespérés :

et telle fut la force de cette leçon, qu'il ne lui arriva jamais , dapuis une aventure si mémorable , de chercher encore à manger les oiseaux.

La rigueur du froid augmentant de jour en jour , tous les animaux sauvages se virent forcés, par la faim, d'approcher de plusprèsdes habitations des hommes, pour y Irouver quelque nourriture. Les lièvres mêmes, les plus craintifs des animaux, Venaient par troupes rôder autour du jardin , cherchant le peu d'herbages que les soiuj

SANDFOUI) ET MERTOX.

des jardiniers avaient sauvé des ravages de la gelée. Ils les curent bientôt dévorés, et, la faim les pressant toujours de plus en plus , ils commencèrent a ronger l'écorce des arbres , pour satisfaire à leurs besoins. Tommy, se promenant un jour dans ses plantations , eut le chagrin de voir que ses plus beaux arbres, qu'il avait plantés de ses propres mains, et dont il s'était promis de si beaux fruits , avaient été dépouillés jusqu'à la racine. Il fut si désolé de voir toutes ses espérances détruites, qu'il courut, les larmes aux yeux, vers M. Barlow , pour lui demander justice des avides déprédateurs.

Je suis bien fâché du tort qu'ils vous causent, dit M. Barlow; mais il est maintenant trop tard pour l'empêcher.

Hélas! oui, répondit Tommy; mais il faut fusiller tous ces brigands, pour les punir du dégât qu'ils ont fait. Il y a peu de temps, répliqua M. Barlow, que vous avez fait grâce au chat , quoiqu'il vous eût pris votre oiseau ; et maintenant vous vouiez détruire les lièvres pour quelques pieds d'arbres qu'ils vous ont rongés! Tommy parut un peu confondu par cette réflexion , puis il dit : Encore , si ce n'était pas les miens ! Je vous suis obligé delà préférence, répondit M. Barlow. Au moins, reprit Tommy, si ce n'était pas des arbres à fruit ! Eh ! mon cher ami, répliqua M. Barlow, comment pouvez-vous exiger d'un lièvre qu'il distingue un ormeau d'un abricotier, ou qu'il s'attache à mes arbres plutôt qu aux vôtres ? Si vous aviez voulu les mettre à l'abri de ses atteintes , il fallait les entourer de ronces piquantes , comme j'ai mis un gril brûlant devant votre oiseau. Mais, mon cher Tommy, c'est a votre cœur que je m'adresse. Dans une disette aussi cruelle que les animaux la souffrent a présent, ne croyez-vous pas qu'il serait généreux de leur pardonner ce que le besoin leur a fait faire malgré eux-mêmes? M. Barlow prit alors les

deux amis par la main , el les mena dans un champ de navets qui lui appartenait. A peine y étaient-ils entrés, qu'il s'en éleva un vol d'alouettes si nombreux , qu'il obscurcissait presque les airs. Voyez, dit M. Barlow , ces oiseaux m'ont à peine laissé un brin de verdure. Cependant , je serais fâché de vouloir leur faire du mal pour le dommage qu'ils me causent. Jelez les yeux autour de vous dans toute l'étendue de l'horizon , vous ne voyez qu'un triste désert, qui ne présente plus aucune subsistance aux pauvres animaux.

Eh bien ! refuserai-je de faire en leur faveur quelque sacrifice de ma richesse?

Non , non , que le ciel me préserve de cette ingratitude! Ce sont ces mêmes oiseaux qui , dans un temps plus doux , ont égayé mes promenades par leurs joyeuses chansons. Us me le rendront bien encore, lorsque le printemps sera venu.

Tommy fut vivement touché de ces paroles attendrissantes ; et, sejetant au cou de M. Barlow : Non , monsieur , lui dit- il, je n'ai plus de regret à mes pertes. Mais, hélas ! que l'hiver est une saison cruelle ! Elle n'est bonne qu'à faire souffrir toutes les créatures. Je voudrais que ce fût toujours l'été.

m. barlow. — Prenons gsrde, mon enfant, à ne pas nous laisser égarer par nos désirs. 11 est quelques pays où l'été règne pendant toute l'année. Mais les habitans de ces climats se plaignent des chaleurs insupportables qu'ils éprouvent encore plus que vous ne vous plaignez ici du froid. Avec quel plaisir ils verraient l'hiver s'approcher , lorsqu'ils sont accablés sous les pesantes chaleurs d'un soleil dévorant !

tommy. — En ce cas , j'aimerais à vivre dans un pays, où il ne fît jamais ni trop froid , ni trop chaud.

m. barlow. — Une pareille température est difficile à trouver; et, si elle règne en quelque endroit , c'est dans une

SAiNDFORD ET MCRTON.

si petite portion de la terre, qu'ele ne pourrait contenir un grand nombre d'habitans.

tommy. — Je penserais alors qu'elle devrait être si peuplée , qu'on aurait de la peine à s'y remuer; car chacun doit désirer naturellement d'y passer sa vie.

m. barlow. — J'en conviens avec vous.

Cependant les peuples qui vivent sous les plus beaux climats, sont quelquefois moins attachés à leur pays que les habitans des plus tristes régions. L'habitude enchaîne les hommes au genre de vie qu'ils mènent depuis l'enfance, et les rend également satisfaits de la place où ils ont reçu le jour. II est un pays que l'on nomme la Laponie , qui s'étend beaucoup plus avant vers le nord qu'aucune partie de l'Angleterre , et dont la surface est couverte de neige pendant presque toute l'année. Eh bien! les malheureux qui l'habitent ne voudraient pas changer leur Iriste séjour contre aucune autre partie de l'univers.

tommy. — Et comment font-ils pour vivre dans un pays si affreux?

M. barlow. — Vous auriez de la peine à l'imaginer. Le sol ne pouvant produire aucune espèce de moisson i ils sont absolument étrangers à l'usage du pain. Ils n'ont point d'arbres qui leur donnent de fruits, et ils ne connaissent ni moutons , ni chèvres ; ni vaches , ni cochons.

tommy. — Mais enfin qu'ont-ils pour subsister ?

m. barlow. — Ils ont une espèce de cerf plus grand qu'aucun de ceux que vous aurez pu voir dans les parcs de nos grands seigneurs. Ces animaux, que l'on nomme rennes, se laissent apprivoiser; et on les instruit à vivre en troupeaux, et à obéir à leurs maîtres. Dans le coprt espace de temps que dure l'été de ce pays, ils vont paître dans des vallées , où l'herbe vient fort épaisse, et d'une grande hauteur. Pendant l'hiver, lorsque la terre

est couverte de neige , ils fouillent avec le pied, jusqu'à ce qu'ils aient trouvé une espèce de mousse, qui croît par-dessous, et dont ils se nourrissent. Les rennes ne fournissent pas seulement des alimens a leurs maîtres , ils leur donnent encore de quoi se vêtir, et se tenir plus chaudement dans leurs habitations. Une partie du lait de ces animaux sert au Lapon pour vivre pendant l'été. Il réserve le reste dans des vaisseaux de bois, pour lui servir pendant l'hiver. Ce lait, exposé à la gelée, devient si dur, que lorsqu'on veut en faire usage , on est obligé de le briser à coups de hache. Il arrive souvent que la neige est si épaisse , que les pauvres rennes peuvent a peine trouver même de la mousse. Alors le maître est dans la nécessité de les tuer, et de se nourrir de leur chair. Il emploie leurs peaux à se faire de bons habits a lui et à sa famille, ou il les étend à terre l'une sur l'autre, pour y dormir plus mollement.

Les maisons , en Laponie , ne sont que des huttes faites avec des perches qu'on enfonce de biais dans la terre , et que l'on réunit au sommet , en y laissant néanmoins un vide, pour y donner passage a la fumée. Celte légère charpente est couverte de peaux d'animaux, ou de toile grossière, ou même d'écorce d'arbre et de gazon. On ménage du côté du midi une petite ouverture, a travers laquelle on se glisse en rampant , soit pour entrer dans la hutte , soit pour en sortir. Le, milieu est occupé par un large foyer. Des hommes qui sont si faciles a contenter ignorent absolument l'usage de la plupart des choses que l'on croit ici nécessaires. Chacun d'eux fait pour soi-même ce que lui demandent ses besoins réels. Ils ne se nourrissent que d'oiseaux , de poissons , de lait , et de la chair de rennes , ou des ours qu'ils peuvent tuer à la chasse. Ils dépouillent l'écorce du sapin , qui est presque le seul arbre qui croisse sur leurs

SAMHORO ET MliliTON

tristes montagnes; ils en ôtent ensuite la pellicule intérieure, et la font bouillir , pour la manger avec leurs viandes enfumées. Le plus grand bonheur de ce peuple est de se conserver libre et de vivre sans frein. Aussi ne restent-ils pas toujours fixés dans le même endroit. Ils enlèvent aisément leurs maisons, et en chargent les pièces sur leurs traîneaux, avec le peu de meubles qu'ils possèdent, pour aller s'établir dans quelque autre partie de la contrée.

tommy. — Ne m'avez-vous pas dit , monsieur, qu'ils n'ont ni chevaux, ni bœufs ? Ils tirent donc leurs traîneaux euxmêmes ?

m. barlow. — Non, mon ami. Les rennes sont si dociles, qu'ils se laissent attacher aux traîneaux, et les tirent avec une vitesse surprenante sur la neige endurcie par la gelée. Ils courent environ six lieues par beure. C'est de cette manière que vivent les Lapons, avec la facilité de ebanger de séjour aussi souvent qu'ils en ont fantaisie. Dans le printemps, ils mènent paître leurs rennes sur les montagnes. Dès que l'hiver s'approche, ils descendent avec eux dans les vallées , où ils sont mieux protégés contre la violence des vents. Au reste , ils n'ont ni villes, ni villages, ni champs cultivés, ni routes frayées , ni auberges pour les voyageurs, ni magasins, ni boutiques pour se procurer les commodités de la vie. Toute la face de la contrée ne présente qu'un horrible désert. De quelque côté qu'on tourne la vue, on ne découvre que de hautes montagnes, couvertes de neige, et couronnées de brouillards. On n'y voit aucune espèce d'arbres que de noirs sapins, et de tristes bouleaux. Ces montagnes fournissent une retraite à des milliers d'ours affamés, qui sont continuellement a courir, pour chercher leur proie parmi les troupeaux de rennes; en sorte que les Lapons sont obligés de se tenir sans cesse

en garde pour leur propre défense, ils attachent à leurs pieds de longues planches , pour pouvoir se soutenir sur la neige sans enfoncer; et, malgré ce poids, ils sont si agiles , qu'ils atteignent les ours à la course, et les tuent avec des flèches qu'ils savent fabriquer. Quelquefois ils surprennent ces animaux dans les cavernes où ils se réfugient pendant l'hiver. Alors ils les attaquent avec des piques; et, quoique le plus grand d'entre eux ne soit guère plus haut que vous, ils sortent ordinairement victorieux du combat. Lorsqu'un Lapon a tué un ours, il le porte en triomphe sur son traîneau , jusqu'à la porte de sa hutte; il le dépèce, en fait bouillir les morceaux dans un pot de fer ; et il invite ses amis à parlager son repas. C'est le seul apprêt qu'ilseonnaissent pour leurcuisine; et ils trouvent leur chère très-délicate. Ils mettent la graisse a part , pour la faire fondre, et la boire toute chaude. Assis autour de leur foyer, ils s'amusent à raconter l'histoire de leurs exploits à la chasse ou à la pêche, jusqu'à ce que le repas soit fini. Quoiqu'ils mènent une vie si grossière , ils sont naturellement bons , fraucs et hospitaliers. Si un étranger vient leur demander un asile , ils le reçoivent avec bonté; et le régalent du mieux qu'il leur est possible, sans vouloir rien prendre en paiement, si ce n'est un peu de tabac 7 qu'ils aiment beaucoup à fumer.

tommy. — Les pauvres gens , que je les plains de mener une vie si malheureuse ! Mais, monsieur, avec la misère qu'ils souffrent, et l'exercice violent qu'ils se donnent, ils doivent être toujours malades.

M. barlow. — Avez- vous observé que ceux qui mangent et boivent le mieux , et qui supportent le moins de fatigues , soient les plus exempts de maladie?

tommy. — Non pas toujours, monsieur.

Je me souviens de deux ou trois gentilshommes que j'ai vus dîner chez mon père, qui mangent une quantité de viande ex-

SANDFOilD ET AlERTOiV.

Iraor din aire, et qui boivent, à chaque instant, de grands verres de vin et de liqueur : et ces pauvres gens ont perdu l'usage de presque tous leurs membres. Leurs jambes enflées sont presque aussi grosses que mon corps. Leurs pieds sont si délicats, qu'ils ne peuvent les poser à terre, et leurs genoux si raides , qu'ils ont de la peine à les plier. Il ne faut pas moins de deux ou trois de leurs gens pour les tirer ! de leur carrosse , et ils ne sauraient se | soutenir sans béquilles. Cependant je ne j lésai jamais entendus parler d'autre chose j que de manger et de boire.

m. barlow. — Et vous souvenez-vous d'avoir vu des paysans perdre aussi l'usage de leurs membres par la même maladie?

tommy. — Non , monsieur , je n'en ai jamais vu.

m. barloav. — Ainsi donc la fatigue et une nourriture légère ne sont peut-être pas aussi contraires à la santé que vous l'auriez imaginé. Ce genre de vie pourrait bien n'être pas aussi malsain que l'intempérance a laquelle on voit les personnes les plus riches se livrer ordinairement. J'ai lu, il n'y pas long-temps, une histoire sur ce sujet, que je vais vous dire , si vous le voulez.

tommy. — Si je le veux , monsieur !

Oh ! oui , sans doute. Vous savez bien que je ne demande pas mieux.

M. Barlow se mit alors à raconter l'his loire suivante.

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