‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 39 sur 62 · DU LOUVRE · texte numérisé non relu

DU LOUVRE

Se lève et saute après son ombre En génaissant.

C'est là qu'il attend d'heure en heure , Qu'il aime, qu'il souffre, qu'il pleure.

Et qu'il mourra.

Quel fut son nom? C'est un mystère :

Jamais la voix qui lui fut chère

Ne le dira.

Passant, que ton front se découvre :

Là plus d'un brave est endormi.

Des fleurs pour le martyr du Louvre!

Un peu de pain pour son^ ami.

15 décembre 18i0.

France, le vaisseau part! A Sainte-Hélène, ù France,

Dieu conduise son pavillon !

L'aigle est sorti des fers : ce vaisseau qui s'élance.

Il va chercher Napoléon.

Son bras pendant quinze ans fit signe à la victoire. « Viens, » disait-il ; elle accourait.

216 LANAPOLÉONNE.

Si jamais le vieillard oubliait son tiistoire,

L*enfant la lui raconterait.

Sa gloire emplit le monde et n'a plus où s'étendre :

C'est le soleil qui luit pour tous ; Au monde elle appartierU : allons chercher sa cendre ,

Sa cendre n'appartient qu'à nous I

France, le vaisseau marche, il avance, il avance,

Et le ciel sur son pavillon Fait rayonner d'espoir les trois couleurs de France

Qui vont chercher Napoléon.

Va donc, royal enfant d'une libre patrie,

Celte palme, va l'arracher Aux vents qui Font battue, et ne l'ont pas flétrie

En la jetant contre un rocher.

Ses rameaux murnmraienl sous les feux du tropique

« Captive, il faut me délivrer! »

Et le parfum lointain de la palme héroïque

Venait encor nous enivrer.

LA NAPOLÉONNE. 247

France, ils ont abordé ; l'équipage s'élance

En criant sous son pavillon : Nous sommes les heureux, envoyés par la France, • Pour rapporter Napoléon !

Écoutez : dans l'enceinte où ces saules gémissent

J'entends le roulement du deuil :

Sous leur fardeau sacré nos marins qui frémissent

Se sont courbés avec orgueil.

Le tambour roule, on marche, et, quand le cercuerl passe,

L'Anglais se découvre en pleurant; 11 le montre à son Tils, et lui dit à voix basse :

« C'est ce Français qui fut si grand ! »

France, leurs yeux l'ont vu : qu'il fut sublime, 6 France,

L'instant où sa froide prison.

Le rendant aux témoins de sa longue souffrance,

Leur découvrit Napoléon !

Ils étaient là, muets; le linceul se relève : prodige! on dirait qu'il dort;

248 LA NAPOLÉONNE.

C'est hier que sa main a déposé le glaive;

Ses restes ont vaincu la mort :

De la destruction l'œuvre s'est arrêtée

Pour qu'en écartant ces lambeaux La France reconnût sa face respectée

Même par le ver des tombeaux.

Voiles de deuil, tombez ; brillez, couleurs de France

Remonte aux cieux, fier pavillon!

A travers l'Océan la grande ombre s'avance :

Voici venir Napoléon !

Il sourit quand les cieux se couvrent de nuages,

Et semble dire aux matelots :

« César est avec nous, qui dompta des orages

« Plus terribles que ceux des flots. »

Il rêve à ce chaos d'où sa voix fit éclore

L'ordre, l'industrie et les lois, Et se redrosse au bruit du drapeau tricolore

Qui lui raconte ses exploits.

LA NAPOLÉONNE. 249

France , Thcureux vaisseau sous lui par bonds s'élancp,

Comme on vit, au bruit du clairon, Bondir le coursier blanc sous ta fortune, o France,

Quand il portait Napoléon !

Roi, tu vois donc enfin s'accomplir ta pensée;

Et toi, Juillet, mois bienfaiteur, Tu réchaufferas donc sa dépouille glacée

De ton soleil libérateur.

S'ils étaient beaux, ces jours dont la splendeur première

Se rougit d'un sang généreux, Que beau sera leur deuil et belle leur lumière

Sur ces restes conquis par eux!

France, tu Tas revu ! ton cri de joie, ù France,

Couvre le bruit de ton canon ;.

Ton peuple, un peuple entier qui sur tes bords s'élance,

Tend les bras à Napoléon !

La Seine, qui reçoit le don qu'à son rivage Il a laissé par testament.

250 LA NAPOLÉONNE.

Le porte avec amour au temple où le courage

Veillera sur son monument.

Parole du héros, tu n'as pas été vaine :

« Que mes restes inanimés « Reposent parmi vous sur les bords de la Seine, « Vous, Français, que j*ai tant aimés ! »

France, il est sur ton sein. Accours, et pour la France,

Paris, reçois son dernier don ; Sous ton arc triomphal Napoléon s'avance ;

Paris, voici Napoléon !

La Liberté, debout devant ta grande image,

Soldat que la gloire a fait roi.

Te reçoit sous cet arc, impérissable hommage

A ton armée offert par toi.

En y mêlant la sienne elle épure ta gloire ;

Elle en accroît la majesté; Car, s'il nous est permis d'adorer la Victoire,

C'est aux pieds de la Liberté !

LA NAPOLÉONNE. 251

France, il est dans Paris; il reconnail, ô France,

Ce Louvre où domina son nom.

Où les rois étaient peuple aux jours de sa puissance,

Quand il était Napoléon!

Flottez, drapeaux; tonnez, canons des Invalides !

Rendez-nous nos morts, froids déserts !

Marengo, rends les tiens; plaine des Pyramides,

Rends ceux que ton sable a couverts !

Secouez la poussière, et la cendre, et la neige;

Venez, morts sans tombeaux; à vous Votre part du triomphe en lui faisant cortège?

Son tombeau, c'est le vôtre à tous.

France, il est arrivé; vers le seuil il s'avance...

Du brave, ô loi, vieux Panthéon, Qui voudrais t'agrandir pour contenir la France,

Ouvre-toi : c'est Napoléon!

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