XXII NOTICE
de faveur. On rendit juslice h un slyle plein de verve et de grâce, h des plaisanteries fines, délicates et spirituelles ; mais rintrigue sembla trop légère pour cinq actes. Ce dé- Tant, s'il existe réellement, parut d'autant plus sensible qu'h cette époque le drame romantique , qui commençait Ii se montrer sur la scène, remplaçait le développement des passions par des catastrophes et des événements accumulés, et rendait le public beaucoup plus exigeant sous ce rapport en détruisant le goût d'une simplicité noble et pure.
Lorsqu'il avait parcouru h Venise le palais ducal, Casimir n'avait pu voir sans émotion dans la salle du grand conseil, où sont tous les portraits des doges , le cadre voilé d'un crêpe noir qui porte celte inscription : Hic est iocu* Marini Faletro, decapitati pro criminibus. C'est h l'endroit même où cette sanglante tragédie avait eu lieu qu'il conçut l'idée de la mettre sur le théâtre, et il en termina le plan k Venise. La conception de cet ouvrage est vraiment belle, et l'auteur triompha avec un rare bonheur des difficultés d'un sujet où lord liyron avait complètement échoué , au moins sous le rapport dramatique. Casimir avait lu cette pièce au Théâtre- Français, et le personnage d'Éléna devait être représenté par mademoiselle Mars; mais, quelques difficultés s'étant élevées sur la distribution des autres rôles, la tragédie fut retirée et transportée au théâtre de la Porle-Saint-Martin , où Ligier fut engagé pour jouer le rôle de Faliero.
Cette périlleuse tentative fut couronnée du succès le plus éclatant. Le talent que Ligier déploya dans cette circonstance si importante pour Casimir fit penser à ce dernier qu'il avait trouvé un digne interprète de Louis XI, et lui donna l'idée de terminer 04*tle tragédie, qu'il regrettail d'avoir laissée si
SUR CASIMIR DELAYIGNE. xxm
long-temps inaehevée. Cest alors qu'il rechercha dans sa mémoire ce premier acte qu'il y avait déposé depuis plusieurs années, et qu'il ïy retrouva tout entier sans aucun effort.
Au momeut où il se mettait au travail, il en fut distrait par une affaire grave tout à Tait étrangère au théâtre. Quelques années avant cette époque, Fontan, jeune poète, qui depuis a succombé à une mort prématurée, arrivé \k Paris avec peu de ressources, était venu trouver Casimir pour réclamer son appui. Celui-ci, après avoir entendu ses vers, où il trouva le germe d'un talent réel, lui donna beau* coup d*encouragements, et réussit à lui faire obtenir dans une administration particulière une place modeste, mais qui le mettait au-dessus du besoin et lui permettait de poursuivre ses travaux. Fontan avait une àme généreuse, une télé ardente, et il était d'une opposition politique très-violente. Il (écrivit dans. un journal hebdomadaire un article satirique dirigé contre le roi Charles X. Cet article le fit traduire devant les tribunaux et condamner à cinq ans d'emprisonnement. Casimir, qui avait blâmé la violence de Tattaque, fut profondément affligé de la rigueur de la peine. Après sa condamnation, Fontan avait été enfermé, avec plusieurs autres hommes de lettres, dans la prison de Sainte-Pélagie, où il croyait devoir passer cinq années, lorsqu'il en fut subitement arraché, et conduit, en compagnie d'un voleur, dans la maison centrale de Poissy. Dans ce cruel moment, le dernier cri de Fontan fut le nom de Casimir, et celui-ci ne fut pas sourd k cet appel.
11 s'empressa de faire toutes les démarches qui pouvaient adoucir le sort du malheureux prisonnier. 11 se rendit d'à-