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Casimir, immédiatement après, s'occupa de composer une seconde tragédie. Il lisait alors avec beaucoup dlntérét une nouvelle de M. de Maistre, intitulée le Lcpreux de la cité fPAosu. Cet homme, frappe d'une réprobation universelle sans ravoir mérité, abandonné de tous, et conservant dans son isolement les passions des autres hommes, lui paraissait le sujet d'un drame extrêmement touchant. « Je (( voudrais, me disait-il, mettre cette pensée sur la scène-, je » voudrais offrir au théâtre le tableau d'un être injustement » frappé d'une lèpre morale, luttant contre sa destinée; et » je voudrais en même temps que mon sujet me permit » de déployer tout le luxe de la poésie orientale, m
Cette succession ..d'idées le conduisît h choisir un Paria pour le héros de son œuvre nouvelle.
C'est avec passion qu'il se livra a ce travail, et il se plut a prodiguer dans cette tragédie tontes les richesses de la poésie la plus brillante. A l'imitation de Racine dans VAthalie^ il plaça entre les actes des chœurs qui sont regardés comme d'admirables morceaux lyriques.
Le Paria fut représenté le 1" décembre 1821 , et ne fut pas accueilli moins favorablement que les deux ouvrages qui l'avaient précédé.
Pendant qu'il poursuivait si heureusement sa carrière laborieuse et qu'il obtenait ce nouveau triomphe, les événements politiques avaient marché; plusieurs ]\Iesséniennes avaient succédé aux premières, et toutes respiraient un ardent amour de la liberté ; le ministère n'était plus le même, et , comme le caractère indépendant du poète ne pouvait convenir aux nouveaux agents du pouvoir, la place de bibliothécaire k la chancellerie fut supprimée.
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Casimir fut promplcmcnt dédommagé de celte petite persécution, dont le public s'irrita plus que lui-même. M. le duc d Orléans, en apprenant le coup qui Favait Trappe, lui fit offrir la place de bibliothécaire du Palais-Royal. La lettre f|ui lui annonça cette Taveur contenait ces mots remarquables : c( Le tonnerre est tombé sur votre maison, je vous » offre un appartement dans la mienne, w Casimir accepta avec reconnaissance une offre faite avec tant de noblesse. Admis bientôt dans Fintimité de M. le duc d'Orléans, il en fut traité avec une bienveillance qui devint en peu de temps une véritable amitié. Ce fut alors qu'il put apprécier toutes les vertus du prince, et la vaste étendue de ses connaissances, dont l'universalité Tétonnait toujours. Aussi était-il heureux de se dire : « Du moins je puis le louer sans être flatteur. » A cette époque, plusieurs places devinrent successivement vacantes îi l'Académie française. Casimir attachait beaucoup de prix k toutes les distinctions purement littéraires. C'était Ik son unique ambition. Rien qu'un profond amour pour la France, une rare fermeté de caractère jointe a une éloquence naturelle et h une grande rectitude de jugement lui eussent permis de jouer un rôle utile et brillant dans les affaires du pays; malgré l'amitié qui l'unissait aux chefs du parti libéral k cette époque, le général Foy, Manue et Stanislas de Girardin, qui désiraient le voir siéger un jour dans leurs rangs, il s'y refusa constamment, convaincu que les lettres, comme la politique, exigeaient im homme tout entier. Deux fois il déclina l'honneur d'entrer à la Chambre des députés, qui lui fut offert d'abord par la ville du Havre, son berceau, k laquelle il avait voué un attachement qui ne s'altéra jamais, et ensuite par la ville d'Evreux. Mais une
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place \i r Académie Trûnçaise lui parut une juste récom|>ense (le ses succès et de ses travaux. Il n'hésita donc pas à se meUre sur les rangs. Malheureusement la majorité de cette compagnie célèbre était alors dominée par des préoccupations étrangères k la littérature. Casimir échoua deux fois dans sa candidature*, la première, on lui préréra M. Tévêque d'Hermopolis, et la seconde, M. Tarchcvêque de Paris. Quelque temps après, ses amis rengageant h faire une troisième tentative, il leur réi)ondit gaiement; « Ce serait inutile, car sans doute on m'opposerait le pape. »
A ses yeux, le plus sûr moyen de conquérir enfin les suffrages qui lui avaient été refusés, était de se présenter avec un titre nouveau : c'est à ce parti qu'il s'arrêta. Les sociétaires du Théâtre-Franç4iis, regrettant d'avoir éloigné de leur scène un homme qui devait en être l'ornement, avaient fait quelques démarches auprès de lui ^ Casimir se prêta volontiers \k une réconciliation dont PÊcole des Vieillards fut le gage. Lorsqu'il lut celte comédie au comité , Talma était présent : ce grand acteur fut profondément frap|)é de Touvrage en général et du rôle de Danville en particulier. H s'approcha de Casimir après la lecture, et lui dit : « Ce rôle » de Danville, c'est moi-même, c'est moi seul qui dois le » jouer ; je vous le demande , et vous ne pouvez pas me le n refuser. » Casimir fut aussi charmé que sur|)ris de cette résolution de Talma \ il n'hésita pas h lui confier ce rôle, et la pièce fut mise immédiatement en répétition. Je n'ai pas besoin de rappeler au lecteur ([uel fut le grand et légitime succès de cette comédie, qui depuis est rejîtée en possession de la scène, quoiqu'elle ait perdu deux a|)puis bien précieux , Talma et mademoiselle Mars.
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L^Académic française se décida alors h ouvrir ses portes au poète que le public semblait avoir adopté, et elle parut elle-même vouloir le dédommager de Tattenle par Téclat de sou élection : il obtint vingt-sept voix sur vingt-huit votants.
Au moment où il préparait son discours de réception, une lettre de M. le vicomte de La Rocliefoucault lui annonça que le roi Charles X venait de lui accorder une pension de douze cents francs. Casimir avait peu de confiance dans les tendances du gouvernement d'alors, il croyait y voir rintcntion de retirer à la France la plupart des libertés dont elle jouissait , et il était bien décidé k rester indépendant d'un pouvoir qu'il avait déjà combattu et qu'il pouvait être appelé k combattre encore. 11 écrivit donc au roi, et refusa cette pension avec autant de fermeté (]ue de respect. Ce|)endant ses travaux assidus, ses efforts continuels, avaient altéré gravement sa santé ^ déjà les premiers symp* tomes du mal auquel il a succombé plus tard, dans toute la force de Tàge , avaient commencé h paraître d'une manière menaçante; sa famille et ses amis en furent alarmés, et les médecins lui ordonnèrent de faire en Italie un voyage de plusieurs mois.
Malgré le désir qu'il éprouvait de voir et d'admirer ce pays si poétique, plusieurs motifs lui faisaient quitter h France avec répugnance: d'abord le regret de s'éloigner de sa famille pour un temps indéterminé, et ensuite la nécessité d'interrompre le nouvel ouvrage qu'il avait déj'a commencé. Les représentations de r École des Vieillards avaient naturellement amené une liaison entre le poète et l'acteur. Talma avait demandé une tragédie à Casimir, qui lui avait
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communiqué le plan de Loua XL Tous deux étaient pleins d'ardeur pour cette œuvre nouvelle. Casimir y voyait le développement d'un grand caractère, et un tableau de mœurs encore inconnues au théâtre, et Talma répétait souvent qu'il ne trouverait jamais Toccasion de déployer ua talent plus profond et plus varié.
Lorsque les médecins ordonnèrent le voyage d'Italie, le premier acte était terminé , quoiqu'il ne fût pas écrit. Casimir avait un mode de travail qui lui était particulier. Quand, après de longues méditations, il avait arrêté un plan d'une manière déflnitive, il l'écrivait; mais ensuite il composait son ouvrage entier sans en écrire un seul mot. Lorsqu'un acte était fini, il me le récitait; si je lui adressais quelques observations critiques , il faisait des corrections ; et, par une disposition singulière de sa mémoire, le vers condamné s'effaçait, et il était remplacé par un vers nouveau , sans qu'il y eût jamais erreur ni confusion. Aussi les manuscrits qui nous restent de lui ne portent-ils presque aucune rature. Je l'engageais souvent ^ renoncera une méthode qui me paraissait devoir le fatiguer*, mais il me répondait toujours qu'il n'en éprouvait aucun inconvénient, et qu'il y trouvait un grand avantage, celui de pouvoir se représenter a tout moment l'ensemble de son ouvrage, et d'éviter ainsi des répétitions dans les mots et dans les formes du style. Il partit donc pour l'ItaUe sans avoir écrit, suivant son habitude, le premier acte de Louis XI , et il me disait en riant que de cette manière il ne craignait pas de perdre son portefeuille.
Ce voyage fut pour lui une source de jouissances continuelles ; personne n'était plus sensible que lui aux beautés
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de la nature ; îl coDtemplaîi sans se lasser ces campagnes si admirables et si variées, et goûtait avec ravissement les charmes de ce climat si doux. Sa santé se rétablissait à vue d'œil, il avait recouvré toutes ses forces-, mais , ainsi qu'il Tavait prévu , les distractions dont il était entouré ne lui permettaient pas de s'occuper d'un ouvrage de longue haleine. 11 se contenta de composer sur les événements du moment plusieurs Messéniennes, qu'il publia lors de son retour en France, et qui ne sont point inrérieures à leurs ainées.
Après une année d'absence, il rentra en France plein d'ardeur et de joie, et cette circonstance me rappelle nn mot touchant qui lui fut adressé par le prince dont il avait été si noblement accueilli. Casimir, après avoir embrassé sa famille, s'était empressé de se rendre à Ncuilly pour annoncer son retour II M. le duc d'Orléans, qui, en le félicitant sur les heureux résultats de son voyage, l'engagea b passer le reste de la journée au château. Casimir ayant répondu qu'il avait promis à son père de ne le quitter qu'un moment le premier jour de son arrivée : « Vous avez rai- » son, dit le prince avec une bonté toute paternelle : allez » retrouver votre père, j'oublie toujours que nous ne som^ » mes que votre seconde famille. »
Pendant son séjour en Italie, Casimir avait appris avec un profond chagrin la nouvelle de la mort de Talma. La perte de ce grand tragédien changea tous ses projets, et à son retour, au lieu de continuer sa tragédie de Louis XI, il s'occupa de ta Princesse AwréUe, comédie en cinq actes, qui fut représentée au Théâtre-Français le 6 mars 1828. Ce fut celui de tous ses ouvrages qui fut accueilli avec le moins