XXIV NOTICE
bord chez M. de Montbel, alors ministre de Tintérieur, lui fit avec énergie un lableau touchant de la position de Fontan , et réclama vivement en sa faveur. Le ministre parut ému, et promit d'intervenir dans cette affaire, mais ajouta que la conclusion dépendait particulièrement de M. Mangin, préfet de police.
Casimir se transporta aussitôt chez M. Mangin. Lk, il reçut un accueil beaucoup plus sévère. Le préfet, après ravoir écouté, lui dit : « Nous sommes forts, monsieur » Delà vigne, nous ne craignons rien , il faut que justice se » fasse. » — « C'est précisément parce que vous êtes forts, » lui répondit Casimir, que vous pouvez vous montrer hu- )) mains, ou justes plutôt, en ne confondant pas un homme » de lettres avec des escrocs et des voleurs. » Mais, malgré tous ses efforts, il ne put rien obtenir. Quelques mois après, la révolution de juillet prouva combien était factice la force sur laquelle ce magistrat croyait pouvoir s'appuyer.
La première nouvelle de ces grands et glorieux événements vint surprendre Casimir h la campagne, où il s'était retiré pour se livrer tout entier b ses travaux. Il se hâta de revenir k Paris, et, immédiatement après son arrivée, s'empressa d'aller à Neuilly rejoindre le prince, dans lequel, au milieu de ces graves circonstances , il voyait l'unique moyen de salut de la France. Ses espérances ne furent pas trompées. M. le duc d'Orléans accepta la lieutenance générale du royaume.
Deux jours après parut dans U Moniteur Tordonnance qui annulait toutes les condamnations prononcées pour délits politiques de la presse. Je n'ai pas besoin de dire avec quel plaisir (Casimir lut cette ordonnance, qui rendait h la liberté
SUR CASIMIR DELAVIGNE. xxv
lin grand nombre de ses confrères, et parmi eux celui pour qui il avait fait tant de démarches inutiles.
Déj^ il avait improvise la Parisienne, chant national, dout le mérite est dans Tà-propos, et qui fut répété non-seulement par la France, mais par l'Europe entière, et il s'occupait de sa dernière Messénienne , une Semaine de Paris, où il développa avec une rare énergie tous les sentimenis dont il était animé. Après avoir payé son tribut h cette heureuse révolution, qui rendait b la France tous ses droits méconnus, il reprit le cours de ses travaux, et termina enfin sa tragédie de Louis XI, Touvrage peut-être le plus profond qui soit sorti de sa plume. Au mois de février J 832, cette pièce fut représentée au Théâtre-Français avec un brillant succès , et depuis s'est maintenue constamment au répertoire.
Vers la fin de 1830, Casimir, pour qui la vie de famille avait tant de charmes, voulut les augmenter encore en contractant un lien que devaient lui rendre doublement cher son caractère naturellement tendre et son goût pour une solitude animée par les épanchements de Tamitié : il épousa mademoiselle Élisa de Courtin, qu'il avait connue en Italie, et pour laquelle il avait conçu un profond attachement, que justifiaient toutes les qualités d'un esprit élevé et d'un cœur digne de comprendre celui qui avait su l'apprécier et le choisir. Bientôt la naissance d'un fils vint rendre leur bonheur complet.
C'est à cette même époque qu'il exprima dans plusieurs chants pleins d'enthousiasme les sentiments que lui faisait éprouver l'héroïque nation polonaise, soutenant alors une lutte désosprrée pour la défense de sa libcrti^ Toutes les