‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 13 sur 78 · XXX NOTICE · texte numérisé non relu

XXX NOTICE

beaucoup , et que plus lard il vendit avec tant de regrcl. Là il espérail trouver un peu de soulagement , et j'avais éic ^

passer quelques jours auprès de lui pour tâcher de le dis- j

traire. Il ne s'alarmait point sur sa santé -, mais , le travail étant un besoin pour lui , il avait beaucoup de chagrin de se voir inoccupé. Un matin , nous étions assis tous deux dans noire bibliothèque , il me répétait combien il était affligé de ne pouvoir pas composer un ouvrage en vers. — « Eh bien , lui dis-je , si tu ne peux pas faire de vers en » ce moment, essaie une comédie en prose. Tu éprouveras M beaucoup moins de fatigues ; ce travail aura d'ailleurs pour » toi rinlérét d'une étude nouvelle. » — « Sans doute , mo M répondit-il \ mais où trouver un sujet? » Je lui répliquai que cela n'était peut-être pas aussi difllcile qu'il le pensait, qu'il y avait partout des sujets de comédie , et j'ajoutai cti riant que j'étais sûr d'en trouver un dans le premier volume qui me tomberait sous la main. Je tournais le dos aux rayons de la bibliothèque. J'y pris un livre au hasard : c'était un volume de V Histoire d'^Espayne de Ferreras. Je l'ouvris sur-le-champ, et je lus tout haut le paragraphe suivant , le premier qui frappa mes yeux :

c( Le roi don Philippe , voulant réformer les grands abus » qui s'étaient introduits dans le royaume pendant sa longue » absence , convoqua h cet effet les Étals à l'olède. L'em- » pereur son père lui avait exliêmement recommandé don » Juan d'Autriche , qu'il avait eu, comme je l'ai dit, d'une wdaroe allemande, et qui était élevé, h Villa-Garcia-de- ))Campos, sous l'habit de paysan, sans qu'on lui eût fail » connaître qui il était. Résolu de s'ac<|uilter de cette obli- » gation , le roi partit pour le monastère de La Espina , ci

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» manda a Louis Quixada de lui amener en ce lieu don )) Juan d'Aulricbe afin de le reconnaiire. Quixada obéit, . )) et (|uelques-uns assurent que le roi s'attendrit k la vue de

» don Juan, en se rappelant la mémoire de son père, et » lui apprit k qui il devait le jour. »

A l'instant même Casimir m'interrompit en me disant : u Tu avais raison, il y a Ik une grande comédie, et une co • » médie qui doit être amusante. » 11 se mit alors a combiner son plan , et deux jours après il était terminé.

Ce fut au milieu de douleurs pres(|ue continuelles qu'il écrivit celte comédie pleine de verve, de saillies et de gaieté, et qui lui valut un succès éclatant dans une route qu'il tentait pour la première fois.

La composition d'une pièce en prose avait été pour lui une sorte de repos. Il voulut profiter d'un intervalle dans ses douleurs pour revenir à la poésie, qu'il chérissait |)ardessus lout^ mais, n'osant s'allaquer encore a un ouvrage de longue haleine, il composa une tragédie en un acte : une Famille au temps de Lulltei', qui ne lui fit pas moins d'honneur que les grandes compositions qu'il avait déjà données au théâtre.

Au moment où cette pièce fut représentée, il avait déjh commencé une œuvre bien plus importante, a laquelle il donna tous ses soins, et que peut-être il estimait le plus de tous ses ouvrages, la Popularicé, comédie en cinq acles et en vers. « Je voudrais, me disait-il, non-seulement faire » une comédie remarquable, mais encore une action utile, » en mettant sous les yeux du spectateur le danger de l'exa- » gération, même dans les hommes de bonne foij et, au » milieu d'une intrigue simple, mais intéressante, offrir en

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» quelque sorte la théorie du devoir. » Aucun ouvrage ne lui a coûté plus de travail et de méditations^ mais il sut triompher de la gravilé du sujet, et le charme du style, rélévation des pensées, la vérité des caractères, placèrent, des son apparition , celte comédie au rang de celles qui ne peuvent jamais être oubliées.

Une heureuse circonstance se rattache k la première représentation de cette pièce. Mademoiselle Corneille, petiteii!le du grand Corneille, que le défaut de fortune plaçait dans une position extrêmement pénible, avait sollicité et venait d'obtenir un bureau de papier timbré; mais, pour entrer en possession de ce petit emploi, qui devait la mettre au-dessus du besoin, il était indispensable de verser dans le plus bref délai une somme de cinq cents francs de cautionnement. Elle n'avait point cette somme*, et comme Casimir lui avait toujours témoigné le plus grand intérêt et avait secondé ses démarches avec ardeur, elle vint le trouver, le matin même de la première représentation de /ci Popularités pour lui faire connaître l'embarras où elle se trouvait. Casimir s'empressa de la rassurer, et il adressa sur-le-champ ^ M. le duc d'Orléans, ce prince si universellement aimé, dont la perte fut une calamité publique, une lettre commençant par ces mots : « C'est un soldat qui, le » jour d'une bataille, vient réclamer vos bontés en faveur » de la petite-fille de son général. » 11 expliquait ensi^ite Isp. position et les espérances de mademoiselle Corneille. Le noble prince ne fit pas attendre sa réponse : le jour même, la somme demandée était accordée avec un empressement et une grâce qui doublaient le prix du bienfait. Casimir, en apprenant cette nouvelle, me serra la main et me dit :

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« J'étais bien sûr de la réponse, et si je ne réussis pas ce » soir, j'aurai fait du moins une bonne journée. » La soirée fut glorieuse, et Casimir put ajouter un triomphe de plus k tons ceax qui avaient déjà marqué sa brillante carrière.

11 revint alors à la muse tragique. Il aimait beaucoup k relire ane ancienne traduction du Romancero; c'est Ik qu'il puisa ridée de la Fille du Cid. Cette tragédie était destinée au Théâtre-Français, et mademoiselle Rachel, pour le talent de laquelle l'auteur avait une vive sympathie, devait remplir le rôle principal. Des obstacles indépendants de sa volonté empêchèrent l'exécution de ce projet, et la pièce fut représentée sur le théâtre de la Renaissance. Elle ne fut pas moins heureuse que les antres productions de Casimir. Mais c'était le chant du cygne, car sa dernière tragédie est restée inachevée. Ne semblait-il pas pressentir sa mort et faire un retour sur lui-même lorsqu'il écrivait ces vers du Qd :

« Mes jours sont pleins , Elvire , et bons à moissonner. » Dieu, qui me les compta, pouvait moins m'en donner. » Les reprendre est son droit; mais si sa faux les touche, « Que leur dernier soleU dans la gloire se ooucbe, » Tu devras comme moi bénir le moissonneur, » La récolte en tombant sera riche d'honneur. ••

A partir de ce moment sa santé, déjk si altérée, continua k décliner de la manière la plus alarmante, malgré les soins empressés du docteur Horteloup, son ami autant que son médecin, secondé par le docteur Bclmas, qui partageait toute son affection et toute sa sollicitude pour le poète souffrant. Déjk il ne pouvait plus sortir de chez lui ; ses distractions se bornaient k des lectures qu'il se faisait faire par sa femme et sa sœur, et k la société de quelques amis

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intimes, qui se réunissaient le soir autour de lui. Je citerai entr'autres MM. Liadières, qui par ses ouvrages avait concouru avec Casimir aux succès du second Théâtre-Français^ Boutron, chimiste distingué, qui lui avait donné quelque teinture des sciences physiques; Emile Seurre, sculpteur, pour qui il avait conçu k Rome Une véritable amitié dont les liens s'étaient encore resserrés k Paris.

Dans cet état, déjk si triste, il conservait toute la vi^ gueur de son esprit, toute la fraîcheur de son imagination-, si ses forces physiques diminuaient visiblement, ses forces intellectuelles semblaient augmenter encore. Plusieurs ouvrages Foccupaient h la fois : le premier était te Con^ seiUer rapporteur, comédie en trois actes et en prose. Casimir avait toujours beaucoup admiré le dialogue en prose de nos anciens auteurs comiques, Molière, Rcgnard et Lesage. Il écrivit le Con«er7/er rapporrear pour reproduire, autant qu'il serait en lui , les formes de ce style, dont il aimait Tallure vive et hardie et la piquante originalité. Seulement, pour faire accepter au public ce nouvel essai , il supposa dans un prologue ingénieux que te Conseitter rapporteur était une ancienne comédie dont le manuscrit avait été retrouvé par hasard. 11 espérait, en se cachant sous ce voile transparent, se faire plus facilement pardonner sa hardiesse. Son attente ne fut pas trompée, et la pièce fut accueillie par un rire et des applaudissements non interrompus. Le second ouvrage dont il s'occupait encore était Charta VI ^ opéra en cinq actes, qu'il écrivait avec moi, pour se délasser de travaux plus graves. Casimir avait toujours été très-sensible au charme de la musique , et lui-même a composé les deux airs qui sont chantés dans la tragédie de Louis XI : aussi

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trou¥ait-n une heoreuse distraetioii daas la composition de noire œuvre lyrique. Mais celle qui absorbait presque entièrement ses pensées, et a laquelle il donnait tous ses soins quand ses forces le lui permettaient, c'était Méluiine^ tragédie en cinq actes clans un genre tout à fait nouveau, et dont le sujet pouvait admettre toutes les richesses de la poésie. Lorsque Casimir fut surpris par la mort, quatre actes de celte tragédie étaient terminés , mais malheureusement un acte et demi seulement était écrit.

Ce précieux fragment a été réuni aux poèmes qu'il a composés sur ritalie. Pendant son voyage, il aimait ii recueillir les traditions et les anecdotes qui lui paraissaient peindre le mieux les mœurs et les habitudes du pays qu'il parcourait , et il se plaisait ensuite k écrire sur ces divers sujets des poèmes et des ballades, où la description des lieux venait se mêler heureusement k une action légère et intéressante. Je crois que peu d'ouvrages donnent une idée plus juste de ritalie que ce recueil si vrai et si varié, et je ne pense pas que Casimir ait jamais déployé un talent plus suave, plus gracieux et quelquefois plus élevé.

Cepaddant, au milieu de ces occupations qui lui étaient si dières, son mal continuait à faire des progrès rapides. Depuis qu'il avait vendu La Madeleine pour surveiller de plus près l'éducation de son fils, il passait tous les ans la belle saison k Paris. Scribe, qui connaissait son goût pour la campagne et qui espérait qu'il pourrait y trouver quelque soulagement, vint lui offrir sa charmante maison de Montalais. Casimir gqcepta, alla s'y établir avec sa famille, et trouva encore quelque douceur k y passer trois mois au milieu de nous. Au mois de septembre, un ami, M. de Lopès, l'en-

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