‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 14 sur 78 · XXXVI NOTICE · texte numérisé non relu

XXXVI NOTICE

gagea k venir se fixer chez lui, k SaiDt-Just, pendant le reste de la belle saison -, et % malgré ses souffrances, il jouit encore de quelques beaux jours. Mais tous les secours de la médecine, tous les soins de la tendresse la plus empressée ne pouvaient rafTermir sa santé détruite*, lui-même commençait k ne plus s'abuser sur sa position, quMl envisageait avec un grand courage. Lors de son retour k Paris, il sentit qu'il ne pourrait résister k la rigueur de la saison , et il déclara k son médecin quMl ne voyait plus de chance de salut pour lui qu'en allant chercher un climat plus doux dans le midi de la France. Malgré les conseils du médecin, qui craignait pour lui les suites d'un si long voyage dans l'état de faiblesse oh il se trouvait, il se détermina k partir, et, comme il ne voulait être accompagné que de sa femme et de son fils, il ne me permit de le conduire que jusqu'k Orléans.

Il quitta Paris le 2 décembre 1843 , et soutint assez heureusement la fatigue des premiers jours ; mais il avait plus de courage que de force, et, en arrivant k Lyon, il fut obligé de s'arrêter. C'est en vain qu'il lutta avec énergie contre le mal , il fallut céder. Conservant dans sa faiblesse toute sa présence d'esprit , il ne pouvait plus s'abuser luimême; mais il cherchait k rassurer sa femme, en lui répétant qu'il serait en état de partir le lendemain. Une heure avant de succomber, il se faisait lire encore Guy Mannering de WaUer Scott, et sa femme, par une préoccupation trop naturelle dans ces tristes moments, ayant passé une ou deux lignes , il la pria de recommencer en lui faisant remarquer doucement qu'elle s'était trompée. Cependant quelques minutes après, c'était le 1 1 décembre, h neuf heures du soir,

SUR CASIMIR DELAVIGNE. xxxvii

il parut cesser d'écouter la lecture, et, posant sa tête sur sa main, murmura quelques vers k demi-voix; puis, se laissant doucement retomber sur son oreiller , il sembla s^endormir; mais il ne devait plus se réveiller. Cest ainsi qne s'éteignit, dans toute la force de T&ge et du talent, cet homme aussi rare par les nobles qualités de son cœur que par rélévation de son génie.

Je ne parlerai point de la douleur de sa femme et de sa famille, mais je dirai que cette douleur trouva un écho dans tous les cœurs. La perte de Casimir excita des regrets universels. On vit se presser aux funérailles du poète tout ce que Paris renfermait de plus distingué dans tous les genres et dans tous les rangs. M. le comte de Montalivet, M. Victor Hugo, M. Frédéric Soulié, M. Tissot, M. Samson, de la Comédie-Française, enfin M. Ostroveski au nom de la Pologne, prononcèrent d'éloquents discours sur sa tombe. Le roi ordonna que son portrait et son buste seraient placés dans les galeries de Versailles-, le Havre, son pays natal, décida que son nom serait donné k Tun des quais, et qu'une statue lui serait élevée sur une des places de la ville, et MM. les sociétaires de la Comédie-Française arrêtèrent en assemblée générale que son buste serait placé dans leur foyer, au milieu des images de tous les grands hommes qui ont illustré le théâtre. Tels sont les honneurs dont fut entourée la tombe de Casimir Delavigne, qui laisse pour héritage à son fils un nom glorieux et sans tache, ses ouvrages comme monuments de son génie, et, comme exemple, sa vie si pure et si bien remplie.

G. Delavigne.

DERNIERS CHANTS

LA BRIGÀNTINE.

BALLADE

A bord de la Madone.

La brigantine Qui va tourner Roule et s'incline Pour m'entrainer.

LA BRIGANTINE

Vierge Marie, Pour moi priez Dieu !

Adieu, patrie!

Provence, adieu!

Mon pauvre père Verra souvent Pâlir ma mère Au bruit du vent.

Vierge Marie, Pour moi priez Dieu !

Adieu, patrie!

Mon père , adieu !

La vieille Hélène Se confira Danssaneuvaine, Et dormira.

LA BRIGANTINE

Vierge Marie , Pour moi priez Dieu!

Adieu, pairie!

Hélène 9 adieu!

Ma sœur se lève, Et dit déjà :

u J'ai fait un rêve » Il reviendra. »

Vierge Marie , Pour moi priez Dieu !

Adieu, patrie!

Ma sœur, adieu!

De mon Isaure Le mouchoir blanc S'agite encore En m'appelant.

LA BRIGANTINE

Vierge Marie, Pour moi priez Dieu !

Adieu , patrie !

Isaure, adieu!

Brise ennemie, Pourquoi souffler, Quand mon amie Veut me parler?

Vierge Marie, Pour moi priez Dieu!

Adieu, patrie!

Bonheur, adieu !

PIETRO

BALLADE

Naples.

« Le flot grossit 9 le ciel est noir :

Piétro, pourquoi partir ce soir?

Lui dit sa mère :

L*an dernier, j'eus beau l'avertir,

PIÉTRO

Ton frère aussi voulut partir, Ton pauvre frère! »

PiétrOy montant Sur la nacelle Qui fuit loin d'elle.

Dit en partant :

a Nanna m'appelle :

Elle est si belle!

JeTaime tant! »

La mauve blanche, au cri plamtil', ' Disait, en volant sur Tesquif,

« Pêcheur, arrête!

Le nid qui m'avait tant coûté ',

De ce roc vient d'être emporté '

Par la tempête! » I

Piétro, luttant Avec courage

PlÉtRO.

Comfe roi^ge, Allait chantant :

c( Nanna m'appelle :

Elle è$i libelle!

Je Taime tant ! »

Un sourd murmure au bruit des flots De temps en temps mêlait ces mots :

« Piëtro, mon frère, Avant que ton heure ait sonné, Pour Tàme de ton frère atné,

Une prière ! »

Piëtro pourtant Croit de Ebéprèùdre, Et, sans Fenten^ré, Il va chantant :

k Nanna m'appeliêf :

Elle e^ si belle!

Je Taime tant! »

PIÉTRO

11 approchait, quand sur les bords L'airain funèbre, qui des morts

Sonnait Kantienne, Murmura : a Chrétien sans pitié Pour rame qui t'a supplié,

Songe k la tienne! »

Piétro, sautant Sur le rivage, Rit du présage, Et va chantant :

« Nanna m'appelle Elle est si belle!

Je l'aime tant!»

11 courait près d'elle k Meta ; Un cortège en deuil l'arrêta

Sous la tourelle.

— « Pour qui donc priez-vous, pécheurs? »

Un d'eux, en essuyant ses pleurs,

Dit : — « C'est pour elle! »

PIÉTRO

Pîétro Tentend , Pâlit, soupire, Et pui8 expire En répétant :

« Nanna m'appelle Elle est si belle!

Je Taime tant! »

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POEME

(les DBUX PBBSIIRBS CIIA>TS.

Ce poème devait se composer de six chants; maiSi- au moment de la mort de l'auteur , les deux premiers seuls étaient terminés.

CHANT PREMIER

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