‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 15 sur 78 · NICK · texte numérisé non relu

NICK

Naples.

Engagez qui vous plaira Pour danser la tarentelle !

Je suis un enfant, dit-elle ^ Mais cet enfant grandira.

Quand ma sœur court sur la plage , Les pécheurs suivent ses pas.

Moi je cours toute seule , et Ton ne me suit pas ;

Mais bientôt j'aurai son âge, Et pour d'autres baisers que pour ceux du soleil ,

Bientôt le b&le vermeil

Fleurira sur mon visage.

Engagez qui vous plaira Pour danser la tarentelle !

Je suis un enfant , dit-elle ; Mais cet enfant grandira.

Je ne me plains de personne ;

Jamais dans notre verger Je ne vois les essaims sur la fleur volUger,

Si le bouton Temprisonne; Mais, au soleil d'avril , lorsque des myrtes verls

Les boutons blancs sont ouverts.

Autour d'eux l'essaim bourdonne.

Engagez qui vous plaira Pour danser la tarentelle !

CHANT I. li

Je sois un enfant, dit-elle; Mais cet enfant grandira.

Quand, sons son écorce tendre,

La grenade jeone encor Ne tente pas les mains par sa couronne d'or,

A Tarbre on la laisse attendre -, Mais, sor ses grains vermeils appelant le larcin.

Quand Tété gonfle son sein,

Cest à qui voudra la prendre.

Engagez qui vous plaira Pour danser la tarentelle !

Je suis un enfant, dit-elle; Mais cet enfant grandira.

J'ai rompu sur les rocailles Un filet ces jours derniers.

Et Beppo, le pécheur, n'a de ses prisonniers Retrouvé que les écailles.

a Patience ! a-t-il dit, quand l'automne viendra , » Nice en baisers me palra » Ce qu'elle a rompu de mailles. »

Engagez qui vous plaira Pour danser la tarentelle !

Je suis un enfant, dit-elle ; Mais cet enfant grandira.

Seule, hier, j'élais venue

Me baigner h Nisila^ IVune herbe qu'à mes pieds le flot des mers jeta.

J'entourai ma jambe nue.

L'an passé , sans effort l'herbe eût suffi , je crois ,

Pour se joindre sous mes doigts -,

Hier, elle s'est rompue.

Engagez qui vous plaira Pour danser la tarentelle!

Je suis un enfant, dil-clle; Mais cel enfant grandira.

J*ai , de ma coupe d'ébène ,

Couvert mon sein Tautre jour :

Il n'a pu , je Tavoue, en remplir le contour ^

Mais il s'en fallait à peine.

Laissez au Yomero les orangers grandir,

Leurs fruits dorés s'arrondir,

Et la coupe sera pleine.

Engagez qui vous plaira Pour danser la tarentelle !

Je suis un enfant, dit-elle; Mais cet enfant grandira.

Je sais que j'ai les dents blanches, Les pieds mignons et l'œil noir;

J'ai les bras si jolis que ma sœur, pour les voir, Relève souvent mes manches.

Vienne la Saint Janvier, et j'aurai , si je veux , Sur mes pas plus d'amoureux Que les ans n'ont de dimanches.

4t LA BALLERINE.

Engagez qui vous plaira Pour danser la tarentelle I Je 6uia un enfant, dit-elle; Mais cet enhnt grandira.

CHANT DEUXIEME

LA BALLERfNE.

Mce, qui poursuivait Thirondelle manne, En folâtrant au bord de Teau,

Danse, règne au théâtre, et c'est la ballerine Qui fait fureur h San-Carlo.

Nice, qui dans les flots se mirait sur la plage Avec des fleurs pour ornements.

Voit le cristal poli réfléchir son image Rayonnante de diamants.

Nice, qui n'élait pas même la Tantaisic Du dernier pécheur d'alentour,

Nice traîne ^ son char noblesse et bourgeoisie, Et n'a souci de leur amour.

Ses pieds, qui s'enfuyant devant la blanche écume Couraient tout nus soir et matin ,

Souples comme le jonc , légers comme la plume , Sont prisonniers dans du satin.

Die, dont les baisers se perdaient dans la brise,

Offerts k tous sans intérêt , N'en donnerait pas un pour tout Tor de l'église ,

Quand un cardinal Ten prirait.

Pour un écrin , naguère, elle a cédé sans peine Aux vœux de plus d'un baronnet;

Elle a cédé pour moins , oui , pour voir sur la scène Son nom voler dans un sonnet :

Pour voir les andalous de Tenvoyé d'Espagne

Piaffer devant son palais ; Pour sentir sous ses doigts pétiller le Champagne, A bord de l'amiral anglais.

La folle a ruiné jusqu'à ce juif lui-même, Pour venger le monde chrétien ;

Elle en riait alors, mais maintenant elle aime. Elle donne et ne vend plus rien.

Que donne-t-elle encor? de Tespoir, des promesses ;

Car Tamant qui sut la charmer N'en peut pas obtenir une de ces caresses

Qu'elle prodiguait sans aimer.

Duc de San-Severo, ton (ils, qu'elle idolâtre,

Languit enchaîné sous sa loi ; Il se dit chaque soir, penché vers le théâtre : (( Elle ne danse que pour moi. »

Prends garde, noble due : aux yeux de Naple entière, Qoi bl&me un amoor scandaleux ,

11 marche, tèle nue, auprès de sa litière.

Dont elle ouvre les rideaux bleus.

Quand il veut de ses dons combler celle qn'il aime ,

Die répond k son Tainqueur :

a Ne m'avez-vous pas fait, en vous donnant vons-mtoe,

» Le seul présent selon mon cœur? »

Ton fils, qui croit eaoor dans sa reconnaissance

Ne s'être pas assez donné.

Lui proposait hier un anneau d'alliance

Dans régHse del Carminé.

Pourtant elle résiste^ est-ce calcul en elle?

Non , pourquoi la calomnier?

Est-ce crainte? encor moins. Cest doncce qu'on appelle

Un miracle de saint Janvier.

. CHANT II. î3

Saint Janvier, toiis les ans, peut, sdon sa covttne,

Du fond d'an cavean sépidcnl , Ordonner ^ son sang, qui sa courre d'écume,

De bonîHonnsr dans ie crirtal.

Sur sa base ébranlée U pem raise<Hr la terre. Du golfe apaiser Tonragan,

Dire an torrents de fen vomis par le cratère ; <c Glacea-Yous an |ned dn Yokan! »

Mais qu'une des beautés dont la robe légère

Flotte le soir k l'Opéra, Sans devenir dévote, k vingt ans soit sévère,

Pape ni saint ne le fera.

Je vous l'ai dit, elle aime; elle aime, et cette flamme

A la pureté d'un beau jour :

Le véritable amour est entré dans son àme ,

Et la pudeur avec l'amour.

Public, battez des mains, dites que Nice est bdle, Criez que rien n'est si charmant :

Elle est plus que charmante, elle est plus que fidèle; Elle est chaste avec son amant.

Noble Laurintina, vous qui de voire loge

Regardez Nice avec pitié, Pourrais-je en dire autant, duchesse, à votre éloge,

En ne mentant que de moitié?

Page 1