‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 4 sur 78 · VI NOTICE · texte numérisé non relu

VI NOTICE

lui rallention générale. Le bon oncle s'empressa de porter celle nouvelle production à Andrieux. Ce dernier, après ravoir lue avec un vif inlérêl, s'écria : « Voilà qui est bien » différent! Il ne faut plus le tourmenter : amenez-le-moi ; » il ne fera jamais que des vers, et j'espère qu'il les fera » bons. » 11 raccueillit en effet avec une bonté paternelle, se plut hlni donner des encouragements, et Texcita h poursuivre une carrière qui lui promettait de véritables succès. Parmi les jeunes gens qui venaient consulter Andrieux, Casimir est peut-être le seul auquel il ait donné un conseil semblable ; aussi le jeune poète, qui ne Tignorait pas, pnisa-t-il dans ses éloges une confiance et une ardeur nouvelles.

Je dois démentir ici une anecdote complètement fausse , qui a été insérée dans plusieurs recueils périodiques. On a raconté que TEmpereur, faisant une visite au lycée Napoléon après avoir lu le dithyrambe composé sur la naissance de son fils, se fit présenter Tauteur et lui demanda quelle récompense il désirait. On ajoutait que Casimir avait réclame Texemption du service militaire. Je puis affirmer que jamais TEmpereur n'a fait de visite au lycée Napoléon, et que jamais Casimir n'a eu Thonneur de lui parler.

11 fut soumis h la conscription comme tous les autres jeunes gens de cette époque. Ce ne fut point un ordre de l'Empereur qui le fit rester dans ses foyers , ce fut le dévouement de ses jeunes concitoyens. Les formalités de la loi l'avaient obligé de se rendre au Havre. 11 était déjà d'une santé bien délicate , et qui n'aurait pu supporter les fatigues de la guerre; mais ce motif ne suffisait pas pour le faire exempter du service. H fallait appuyer sa réclamation sur une infirmité quelconque bien a>nstatée. Il était alors

SUR CASIMIR DELAYIGNE. vu

affecté d'une légère surdité , qui depuis disparut entièrement. Ce fut Texcuse qu'il présenta; mais, pour que cette excuse fût admissible , le certificat qui attestait celte infirmité devait être signé par les jeunes conscrits de sa classe. Tous s'empressèrent de venir le signer , et cependant ils n'ignoraient pas qu'en agissant ainsi chacun d'eux s'exposait 2i partir ^ la place de celui qu'il voulait sauver. Que ceux qui existent encore reçoivent ici le tribut d'une reconnaissance dont Casimir fut pénétré jusqu'à la fin de sa vie.

Le dithyrambe sur la naissance du roi de Rome eut pour Casimir un précieux avantage : il fixa sur lui l'attention d'un homme aussi distingué par les qualités de son cœur que par les grâces et l'étendue de son esprit. M. le comte Français (de Nantes), alors directeur-général des droits réunis, aimait a se délasser des fatigues de l'administration par la culture des lettres : il aimait à s'entourer d'hommes remarquables par leur savoir et leurs travaux. Il avait donné asile dans ses bureaux à quelques gens de lettres malheureux , et il se plaisait à encourager parmi les jeunes poêles ceux qui lui paraissaient annoncer du talent. Il se fit présenter Casimir. La famille du jeune poète avait éprouvé de cruels revers ])ar suite des longues guerres de l'Empire : pour suivre la carrière où il venait d'entrer il lui fallait un appui : il le trouva dans cet homme excellent , pour lequel il conserva toujours autant de gratitude que de vénération.

M. le comte Français lui donna un petit emploi dans l'administration , en lui recommandant de ne s'y présenter que le dernier jour de chaque ino's , jour où l'on payait les appointements. S'il le rencontrait dans les bureaux h une

Page 1