LE CRIME
c( Dieu, que ton espril m'accompagne; De la force viens m'assister :
Que j'arrive au tombeau d'Âscagne Encore h temps pour Tarréter!
» Marchons et prions; si je prie.
Dieu peut-être m'assistera.
Marchons; le meurtre veille; il attend; il me crie : (c Je porterai le coup quand minuit sonnera. » Mais, déjà chancelant, je me soutiens à peine : Arrêtons-nous!... Le temps ne reprend pas haleine; n court, lui; marchons donc sous le poids de cet or; Marchons, sans essuyer la sueur qui m'inonde;
Marchons^ fût-ce aux bornes du monde;
Fût-ce à genoux, marchons encor!
)»Dieu, que ton esprit m'accompagne; De ta force viens m'assister :
Que j'arrive au tombeau d'Ascagne Encore k temps pour l'arrêter!
» Dans quel trouble tu me ramènes Aux lieux où, si calme autrefois Devant la majesté des campagnes romaines, Je tombais à genoux en m'ëcriant : Je crois !
CHANT Ml. 136
G>inine , sans me lasser de lenr sainte tristesse, Dans ta divinité j'abîmais ma feiUesse!
Pur, j^y sentais, an Teu de ton souille éternel, S^épanoiiir vers toi ma piété fervente,
Et, si j'y frémis d'épouvante,
C'est que j'y reviens criminel.
» Dieu, que ton espnt m'accompagne; De ta force viens m'assister :
Que j'arrive au tombeau d'Ascagne Encore à temps pour l'arrêter!
»Oui, je fus inhumain pour elle;
Pour lui je fus dénaturé.
Ce cœur, qui s'obstinait h leur rester fidèle, En impuissants combats que je le déchirai !
Et pourquoi? J'ai voulu, dans mon orgueil impie, Cacher aux yeux de tous la faute que j'expie; Mais, en croyant le fuir, si tu ne nous soutiens. Nous roulons dans i'abtme, aveugles que nous sommes!
On peut tromper les yeux des hommes; Quel homme peut tromper les tiens?
» Dieu, que ton esprit m'accompagne; De ta force viens m'assister :
Que j'arrive au tombeau d'Ascagne Encore à temps pour Tarréter!
» De Toubli voilà qu'il s'élance, Ce souvenir que j'ai cru mort.
Il respire, il est homme, et de ma ressemblance Terrible il me poursuit comme un vivant remord. Il est mon sang-, il a, pour me glacer de crainte, Des traits accusateurs où ma honte est empreinte, Des yeux dont le regard semble la proclamer, Une voix pour crier : Je suis votre victime!
Un cœur pour méditer le crime.
Et des bras pour le consommer.
» Dieu, que ton esprit m'accompagne; De ta force viens m'assister :
Que j'arrive an tombeau d'Âscagne Encore k temps pour l'arrêter!
» Où va s'égarer ma pensée?
Le chemin, mes pieds l'ont perdu.
Si je tardais pourtant, si l'heure était passée, Si... Marchons au hasard! prions! Qu'ai-je entendu? Les sanglots d'un mourant?. . . Non, rien. Mais je succombe. Mon Dieu, tends-moi la main, ou sous mes maux je tombe ; Rappelle-toi le Christ au Jardin des douleurs, Quand il disait : Mon père, éloignez ce calice!
Et prends pitié de mon supplice :
Je ne suis qu'un homme, et je meurs.
» Dieu, que ton esprit m'accompagne ^ De ta force viens m'assister :
Que j'arrive au tombeau d' Ascagnc Encore a temps pour l'arrêter !
» Marchons!... Mais quelle Torme blanche Glisse h mes côtés sur les vents?
Est-ce toi, Juliâ? ton front vers moi se pendie;
Sur moi de ton lincenl flottent les plis mouvants.
Dans Tablme où Ton souffre es-tu captive encore?
Ton haleine me glace et ton œil me dévore.
Pèlerinage affreux! mais je dois Tadiever :
Cest la vie et la mcMt qu'un même acte rassemble-, Marchons donc, et prions ensemble :
C'est notre fils qu'il faut sauver !
)> Dieu, que ton esprit m'accompagne; De ta force viens m'assister :
Que j'arrive au tombeau d'Ascagne Encore ^ temps pour l'arrêter!
» Tu pleures, Julia, tu pleures,
Et tu me fuis en gémissant.
Que me voulais-tu donc? des funèbres demeures Venais-tu m'apporter un message de sang?
Non; le vent seul murmure à travers la vallée; J'approche, et tout est calme autour du mausolée;
A ce remords, mon Dien, j^aurai donc échappé!
J^approche; un pas encore, et j'ai franchi Fespace; Il est saavé; je te rends grâce : Mon Dien, son bras n'a pas frappé!
» Cest ton esprit qui m'accompagne \ Ta force a daigné m'assister.
Et j'arrive au tombeau d*Ascagne Encore k temps pour »