‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 5 sur 78 · VIII NOTICE · texte numérisé non relu

VIII NOTICE

autre époque , il le renvoyait en lui disant : — <i Mon cher » Casimir, allez travailler, ne venez pas ici perdre votre temps. » Si je vous ai donné une place, c'est pour que vous ayez bieii- » tôt le moyen de vous en passer. » Il avait eu la bonté de l'admettre dans son cercle intime, composé des hommes les plus distingués dans tous les genres. L^, chaque soir, Casimir assistait h une conversation aussi instructive que variée, qui était pour lui une école de savoir et de goût.

Il s'efforça de justifier par des succès la bienveillance don t il avait été l'objet. Les concours académiques lui ayant paru le moyen le plus prompt d'arriver ii son but , il composa un épisode du genre épique intitulé : Charles XII à Nurtm. Cet ouvrage n'obtint pas le prix , mais l'Académie y remarqua de brillantes qualités poétiques, et lui accorda une mention honorable.

L'année suivante le sujet du prix était la découverte de la vaccine. 11 résolut de tenter une seconde fois la fortune. Afin de s'entourer de toutes les lumières nécessaires, il s'adressa au docteur Pariset , aujourd'hui secrétaire perpétuel de l'Académie royale de médecine , qu'il voyait habituellement chez M. Français , et qui lui montrait toujours beaucoup d'amitié. Le docteur, qui faisait lui-même de très-bons vers , se prêta volontiers aux désirs du poète , et lui donna les explications les plus précises. Ils allèrent même plus d'une fois de compagnie vacciner dans les campagnes aux environs de Paris. Ces études consciencieuses inspirèrent h Casimir quelques vers techniques où il rendit avec un rare bonheur et une élégante précision les symptômes et les effets de la vaccine.

SUR CASIMIR DELAVIGNE. ix

Qu'il me soit permis de remettre sous les yeux des lec* leurs ces vers . qui alors furent extrêmement remarques :

Par le fer délicat dout il (Jeaner) arme ses doigts.

Le bras d*uD jeune enfaâ-it est effleuré trois fois.

Des utiles poisons d*une mamelle impure,

Il infecte avec art cette triple piqAre.

Autour d^elle s*aliume un cercle fugitif.

Le remède nouveau dort long-temps m actif.

Le quatrième jour a commencé d*éclore ,

Et la chair par degrés se gonfle et se colore.

La tumeur en croissant de pourpre se re\ ^t ,

S'arrondit à la base et se creuse au sommet.

Un cercle plus vermeil de ses feux Tenvironne;

D*une écaille d*argent IVpaisseur la couronne ;

Plus mAre, elle est dorée; elle s*ouvre, et soudain

Délivre la liqueur captive dans son sein.

Puisez le germe heureux dans sa fraîcheur première ,

Quacd le soleil cinq fois a fourni sa carrière ;

Si la douzième nuit a commencé son cours,

Souvent il offrira d'infidèles secours, etc., etc.

Le ton peut-être un peu trop didactique de ce poème Tempêcha d^obtenir le prix; mais T Académie, d'un suffrage unanime, lui décerna Taccessil, en rendant une justice entière h un style toujours élégant et poétique.

Cependant les désastres de TEmpire avaient œmmencé. Casimir était animé d'un i>atriotisme ardent. 11 aimait la France d'un amour passionné : les revers de son pays firent sur son âme une impression qui ne s'effaça jamais , et ce fut avec une profonde douleur qu'il assista h la chute de TEmpereur et k la double invasion de l'étranger. 11 ne put voir sans indignation les outrages prodigués h cette époque aux derniers défenseurs de la patrie. Il voulut les consoler et les venger ; et au mois de juillet 1815 , quelques jours

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