‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 6 sur 78 · X NOTICE · texte numérisé non relu

X NOTICE

après la funeste bataitio de Waterloo , il composa la première Messénienne. Cet ouvrage produisit dans la Franco entière une immense sensation. Chacun sut gré au jciinc poète d'avoir exprimé avec tant de verve et d'énergie des sentiments qui faisaient battre tous les cœurs français. Cette Messénienne fut immédialement suivie de deux autres, et tel fut Tenthousiasme qu'elles excitèrent que, dans la première année de leur publication, il en fut vendu vingt et un mille exemplaires. En un moment Casimir devint le poète national de la France , et il était digne de ce titre honorable. S'il aimait la gloire de son pays, il n'aimait pns moins la liberté, cette liberté féconde aussi éloignée des désordres de l'anarchie que des abiis du despotisme , et il consacra toute sa vie k la chanter et îi la délendre.

r.a chute de l'Empereur avait naturellement éloigné des affaires M. le comte Français , et Casimir avait perdu le petit emploi qu'il occupait dans les droits réunis. M. le baron Pasquier, alors garde des sceaux , aujourd'hui chancelier de France, lut avec émotion les trois premières Meué^ n'umnes; il fit appeler l'auteur, et créa pour lui la place de bibliothécaire de la chancellerie. Dans celte nouvelle position , Casimir redoubla d'efforts pour réaliser les espérances qu'il avait données et répondre a la bienveillance générale dont il était entouré. Au collège , tout rempli dadmiration pour les classiques grecs, qu'il étudiait avec amour, il avait composé une tragédie de Pohjxhie. Cet ouvrage, écrit d'un style élégant et pur, et qui reproduisaijt quelquefois avec bonheur les beautés d'Euripide, n'aurait pu réussir sur notre théâtre. Casimir le sentit : il condamna lui-même sa première pi*oduction dramatique, et s'occupa des Vi-prc^

SUR CASIMIR DELAYIGNE. xi

SicUienneê , doDt le sujet lui paraissait sosceptible d'un vir intérêt. Si Fauteur éprouve de grandes jouissances pendant la composition de son œuvre , viennent ensuite les tribulations de toute nature inhérentes à la représentation. Elles ne furent pas épargnées & Casimir. Après avoir Iong-tem|)s sollicité une lecture au Théâtre-Français , il parvint enfin a Tobtenir ; mais Touvrage fut écouté avec la défiance et la défaveur qui accueillent assez ordinairement le coup d'essai d'un jeune homme, et ce ne fut qu'à grand'peine qu'on le reçut h correction. Cd jugement offrit une circonstance assez singulière. A cette époque les comédiens avaient l'habitude, après avoir entendu une pitKîe, de mr>:îvcr leur vote dans un bulletin. Celui de Thénard , qui tenait alors l'emploi des premiers comiques , était conçu en ces termes : « Je reçois cet ouvrage malgré ses défauts; j'y ivome la » preuve que l'auteur un jour écrira très-bien la comédie. » Une année après l'auteur avait justifié cet horoscope .

Eu attendant , Casimir se remit au travail avec courage. 11 chercha ii corriger les défauts qu'on lui avait indiqués et a satisfaire le goût et les exigences de ses juges. H réclama ensuite et obtint une seconde lecture , dont le résultat fut un refus définitif.

11 revint chez lui désespéré; et, en entrant dans son cabinet, où je l'attendais, il m'annonça la fatale nouvelle, et ajouta : — «Il parait que je me suis tout k fait trompé : il » faut faire une autre tragédie. » En disant ces mots il jeta son manuscrit dans le feu. Je m'empressai de l'en retirer, et je lui répondis : — ce Sans doute il faut faire une autre » tragédie *, mais il faut garder celle-ci. Le jugement qui la » condamne n'est |>eut-étr3 pas sans appel. »

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