XII NOTICE
A celle même époque TAcadémie française avaii donné pour sujet du prix de poésie le bonheur que procure IVuido dans toutes les situations de la vie. Casimir résolut de concourir encore une fois^ mais, au milieu des difficultés qu'il éprouvait à faire représenter son premier ouvrage , il sentait vivement que le résultat du travail et de Tétude n'est pas toujours aussi agréable que le prétendait TAcadémie. Il composa donc une épitre où le sujet était traité dans un sens tout à fait difl'érent de celui qui avait été indiqué. Celle pièce cependant rcnTermait une si heureuse philosophie , elle était écrite avec tant de facilité , d'esprit et de grâce, qu'elle obtint l'assentiment général. Les lois du concours ne permettaient pas de lui donner le prix -, mais l'Académie la cita de la manière la plus honorable , el , par exception, elle fut lue tout entière en séance publique, aux applaudissements unanimes des auditeurs.
Picard était alors directeur de TOdéon. Tout le monde connaît ses ouvrages remplis d'une gaieté naïve, d'observations vraies, d'aperçus pleins de finesse. Mais cet homme excollent était aussi cher ^ ses amis par la bonté de son cœur qu'il était remarquable aux yeux de tous par ses talents. Casimir lui avait été présenté par Andrieux, et il lui avail témoigné dès le premier abord une affection paternelle. Un incendie dévora son théâtre. Ce malheureux événement non-seulement compromettait sa petite fortune, mais plongeait dans la détresse les nombreuses familles qui tiraient leurs moyens d'existence de l'exploilation de l'Odéon. Le roi Louis XVllI voulut venir en aide îi une telle infortune , et , en ordonnant de reconstruire la salle , il accorda h Picard le privilège du second Théâtre-Français.
SUR CASIMIR DELAVIGNE. xiii
Picard s'occupa sur-le-champ de rassembler les éléments d'une troupe nouvelle. Par son expérience et son activité il parvint bientôt ^ réunir des artistes d'un talent véritable , qui , après avoir fondé avec éclat le second Théâtre Français , sont devenus depuis presque tous sociétaires du premier. 11 forma ensuite un comité de lecture composé de gens de lettres, et vint trouver Casimir pour Tinviter à lire devant ces nouveaux juges sa tragédie des Vêpres Siciliennes, La pièce fut accueillie avec la plus grande faveur, et Ton décida que, parmi tous les ouvrages reçus, ce serait le premier qui serait joué sur le théâtre de TOdéon.
Enfin , après tant de délais et de difficultés , la première représentation eut lieu le 23 octobre 1819, et attira une aflluence considérable.
Il faut avoir travaillé pour le théâtre et avoir fait représenter un ouvrage quelconque, fût-ce une bagatelle, pour bien comprendre les angoisses de l'auteur qui subit cette terrible épreuve. Casimir, qui joignait a une modestie bien réelle une extrême sensibilité , avait besoin de tout son courage pour résister aux émotions qu'il éprouvait chaque fois qu'il donnait un ouvrage nouveau. Dans ces circonstances je ne le quittais jamais , et souvent, en lui promettant de le remplacer, je l'engageais ^ s'épargner un supplice inutile. Mais il regardait sa présence sur le théâtre comme un devoir, et me répondait : — u Ce n'est point un » supplice inutile ; c'est ici que je reçois les meilleurs con- )) scils et les meilleures leçons. » En lui offrant de le remplacer, je faisais moi-même un grand effort ; car je ne souffrais guère moins que lui. Je m'étais tellement identifié b ses ouvrages qu'ils me semblaient les miens, et que sou-