‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 60 sur 78 · ACTE I, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II

Tancrède, ce géant de Télendard sacré,

Qu^on voit déjX rainquetir quand il dit : Je vaincrai ;

Qui n'a marqué ses pas que par des funérailles;

Qui sauta le premier sur les saintes murailles;

Que jamais sous le ciel , au champ comme aux tournois ,

Musulman ni chrétien n'a combattu deux fois.

MÉLUSINE

Tant de hauts faits » Contran » vivent dans ma mémoire; Mais, plus jeune, Baudouin n'est pas moins vieux de gloire, Et, du roi par son sang légitime héritier, Éclipse de son nom l'Occident tout entier.

MATHILDE

Ah ! que me font, à moi, ses rivaux dans les armes?

( Montrant Mél usine. )

Quand sur ce p&le front je versai tant de larmes. Un seul cœur, vous absent, comprit mon désespoir: Ce fut le sien. Ses droits au souverain pouvoir, D'autres dans le conseil en seront les arbitres; Mais aux vœux des deux sœurs il a du moins des tiires.

CONTRAN.

Et j'approuve des vœux si désintéressés.

(A Mélosine.)

Lui seul de tant d'aiMants par vos dédains chassés ,

268 MÉLUSINE

H resta votre ami sur ce triste rivage ,

Qoand il eut vu comme eux repousser sou hommaige.

BfELUSINE.

Vous lui devez appui.

CONTRAN.

De moi n'attendez rien :

Je sais qu'on fait le mal même en voulant le bien. Aurait-il, après tout, la voix de votre père? De Lusignan jadis Tancrède fut le frère, Lui fit contre la mort un rempart de son bras : Pourrions-nous l'oublier sans être des ingrats.^

MATHILDE

Non.

CONTRAN.

D'ailleurs, peu jaloux d'avoir la préférence, Baudouin voit la couronne avec indifférence \ Vers l'Europe, où bientôt il reviendra vainqueur, Il tourne avec regret ses regards et son cœur.

MÉLUSINE

Il vous le dit.

MATHILDE

Ma sœur, l'Europe est donc bien belle.

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