ACTE I, SCENE ill
MÉLUSINE
Cet amour sans espoir, il u'a pu Tétouffer!
MATHILDE
Kh quoi ! de ses tourments je vous vois triompher.
MÉIXSLNE.
Mathilde, ce plaisir, tu ne peux le comprendre; I^eut-être il est cruel; mais c'en est un d'apprendre Que le cœur d'un héros qui s'est vu mépriser Se débat dans ses nœuds sans pouvoir les briser , Forme mille projets de secouer sa chaîne , Et revient plus esclave k l'amour par la haine, Trouve un charme 'a sa honte, et, vaincu , désarmé, Fait gloire enfin du joug dont il est opprimé. Noble amour en effet pour l'objet qui l'inspire ! Et, rangé malgré lui sous un si dur empire.
Plus il est grand , ce cœur k souffrir obstiné , Plus on est fière, enfant, de l'avoir dominé.
MATHILDE
Dieu vous créa, ma sœur, pour le pouvoir suprême ; Moi, pour l'obéissance; elle est ma vie, et j'aime Que la raison d'autrui , que l'âge ou le savoir
276 MÉLUSliSE.
MVpargnenl doucement jusqu'au soin de vouloir.
J'aime k courber mon front sous la grandeur divine ^
Sous voire autorité sans effort je m'incline,
Et me plais k sentir, en la prenant pour loi ,
Par combien d'heureux dons vous l'emportez sur moi.
MÉLUSINE
ma sœur, ô ma fille! ainsi du vœu sublime Qui t'enchaîne à l'aulel tu n'es donc pas victime?
MATHILDE
Vous sauver k ce prix était-ce m'immoler?
Au Dieu dont j'entendais la voix vous appeler,
Je dis : « Rends-moi ma sœur, à toi je m'abandonne. »
H m'a donné vos jours 5 les miens, je les lui donne :
Notre saint patriarche a reçu mon serment.
MÉLUSINE
Pourtant, malgré ton vœu je mourais lentement.
MATHILDE
Hélas!
Lorsque Goulran revint d'un long voyage...