XIV NOTICE
vent je me surprenais k être modeste pour son compte.
Les Vêpres SicUiemet obtinrent un succès dont les annales du théâtre n'offrent pas d'exemple. Ccui qui u^ont lK)int assisté h cette représentation ne pourraient s'en former une idée. Le quatrième acte surtout avait excité un tel enthousiasme que les applaudissements ne cessèrent pas |)endant Tintervalle qui le sépara du cinquième. LMmotîoii du public avait gagné la foule qui encombrait la place et les abords du théâtre, heureuse de s'unir a la victoire du poète qui avait consolé la P>ance de ses revers. Picard , se jetant dans ses bras, lui dit avec effusion : — « Mon cher Casimir, » vous nous sauvez. Vous êtes le fondateur du second » Théâtre-Français. Jouissez bien de votre succès. Vous » Terez sans doute encore de plus beaux ouvrages; mais vous » n'obtiendrez jamais un pareil triomphe. »
Ce fut un beau moment dans la vie de Casimir. Il se voyait l'objet d'une bienveillance presque universelle. Il avait trouvé h l'Odéon de nouveaux et bien précieux amis. Je dois citer enlre autres M. Droz, membre du comité de lecture, l'ami de Picard et d'Andrieux, et qui partagea bie» vite leur affection pour le jeune poète. Je vois encore M. Droz, le philosophe pratique, abandonnant un moment ses graves méditations pour s'occuper de négociations délicates avec les acteurs, négociai ions qu'à cette épO(|ue l'invincible timidité de Casimir l'aurait certainement empêché de mener à bien -, il était profondément ému de tous les témoignages d'amitié qu'il recevait. « Je suis bien heureux, » me disait-il souvent , d'avoir trouvé h mon début dans l.i )) carrière tant d'hommes distingués qui veulent bien me » donner leurs conseils, et qui prennent k mes succès au-
SUR CASIMIR DELAYIGKE. xv
M tant d'intérêt qac moi-même. Si je réussis, c'est une delte w que j'acquillerai plus tard lorsque des jeunes gens vien- » dront me consulter ik mon tour. » Et celte promesse, il Ta tenue religieusement.
Si le refus des Vêpra Siàliennes h la Comédie-Française n'avait point découragé Casimir, il avait cependant été trosscnsible k ce cruel désappointement. Il n'avait pu voir sans une vive contrariété toutes ses espérances détruites, ou du moins ajournées pour long-temps. Ce sentiment d'irritation donna naissance à la comédie des Comédiens. H combattit le chagrin par le travail, et, sans avoir d'abord l'intention de faire représenter ce nouvel ouvrage, il trouva une consolation dans les plaisanteries qu'il dirigeait contre ses premiers juges. Lui , qui d'ordinaire disposait ses plans avec un soin minutieux et après de longues méditations, se laissa entraîner h écrire quelques scènes sans avoir même songé a la place qu'elles devraient occuper dans l'ensemble.
Cependant, k mesure qu'il travaillait, son sujet s'élcndit, se dessina plus nettement, et il parvint k en coordonner toutes les parties. S'il est resté dans cette comédie quelque trace de la manière dont elle fut composée, par combien de qualités ce léger défaut ne fut-il pas racheté! Que de chaleur et de vivacité dans le style! que de verve comique! que d'observations fines et de saillies piquantes!
Le second Théâtre-Français s'empressa de jouer cette comédie, qui obtint un brillant succès. Si elle n'attira pas d'abord la mêire aflUience <|ue les Vêpres SiciUeunes, elle fut appréciée sur-Ic-champ par les connaisseurs comme un ouvrage de l'ordre le plus élevé, et depuis le public a ratilié ce jugement.