ACTE V, SCÈiNE M
Je le ferai nommer, i»arce qa'il ne voudra , Ne dira, ne fera que ce qui nous plaira, Quelque bill qu'on propose -, il Ta juré d'avance , Et moi, ce qu'il me faut, c'est de rindépcndance.
EDOUARD
\'oas n'êtes pas encor par lui représenté : Je garde mon mandat.
MORTINS.
Vous !
EDOUARD
Quand je Tacceptai , Je promis d'exercer ce droit en honnête homme ; Rien de plus; et celui qui, voulant qu'on le nomme. Engage an avenir que nul ne peut prévoir, Est l'esclave du peuple ou celui du pouvoir. Je verrai si plus tard il faut que je résigne Un droit qui m'appartient et dont je reste digne; Le calme qui renaît peut être passager : Je garde mon mandat tant qu'il offre un danger.
MORTINS.
Contre un vœu si formel! monsieur, prenez-y garde.
Si la diance nous vient , savez-vous. . .
EDOUARD
Je le garde^ Pour ne m'en dessaisir que par ma volonté; Je le garde pour dire k tous la vérité : Au pouvoir sur son banc, au peuple sur la place, A vous, puisque chez moi nous voilk face ^ face.
(A MorUns. )
Ami du bien, monsieur, mais ami dangereux,
182 LA>|*0PLLAR1TÉ.
Vous n'êtes plus pour moi qu'un rêveur généreux, Qui, jugeant mal son temps, contre une théorie Joûrait le sort de tous, sa tête et sa patrie.
CAVBRLY.
Cestbien.
EDOUARD
Vous, monsieur Goff, je vous connais à fond : Pensant Taire k vous seul ce que les autres font, Vous croyez fermement, grâce \k votre poitrine, Endoctriner autrui quand on vous endoctrine. Vous voulez être libre , et votre vanité, Pour la dérendre mieux , tûrait la liberté ^ Mais vous n'auriez jamais dans un jour de désordre, Que le demi-plaisir d'opprimer en sous-ordre.
THOMAS GOFF
Monsieur!...
EDOUARD
Pas davantage, et retenez ceci :
Un tyran subalterne est un esclave aussi.
Très-bien.
EDOUARD , 8'avançant vers Caverly , qui recule.
Vous-même, enfin, vous dont Tindifférence Rit de tout...
CAVERLY.
Halte-là : si j'en crois l'apparence, Vous allez ajouter mes vérités aux leurs ; Je n'ai pas l'honneur d'être un de vos électeurs. J'aime les vérités qu'aux autres l'on débite; Les miennes, nullement*, et je vous en tiens quille.
( Il bort en saluant avec un sourire railleur Thomas Gcff , qui fait un gesle • d'impatience. )