ACTE 1, SCÈNE I
ELVIRE 9 se lerant pour s'approcher d'une fenêtre entr'oaTerte.
Et pourtant ces Maures que voilSi Dressent sous nos palmiers les tentes d'Abdala, Celles de Ben-Said.
RODRIGUE
Cet Africain superbe, Devant qui les chrétiens sont tombés comme l'herbe , Glaive exterminateur a qui tout se soumet, Et qu'ils ont surnommé la faux de Mahomet.
(Allant vers la fenêtre. )
Ben-Saïd !
ELVIRE
Restez donc : Téclat des cimeterres Vous blesserait les yeux !
RODRIGUE , se tournant vers le Cid.
Brisé par tant de guerres, Pourra-t-il, le héros, soutenir leur effort?
ELVIRE
Son œil les a comptés, et regardez : il dort;
U dort, et peut dormir » car sur nous son nom veille;
l^Iais malheur aux païens ; le lion se réveille!
Qu'est-ce? leur nombre, enfants, vous faisait-il pâlir?
1SLV1IIE.
Il faudra bien des bras pour les ensevelir : Un suffit pour les vaincre !
LE cm.
UTessaira, ma fille, Et que Dieu soit en aide au banni de Castille!
RODRIGUE
Aphonse vous peut-il refuser ses secours?
196 LA FILLE DU CliJ.
LE CID
Sait-on de quel côté souffle le vent des cours ? Fanés n'est pas un clerc nourri dans vos écoles : U prend plus de chàteaui qu'il ne dit de paroles.
ELVIRE
Saura-t-il adoucir le plus ingrat des rois?
LE CID
Quand ce roi par Texil paya trente ans d'exploîls ,
Qui réveillaient la nuit comme autant de fantômes ,
Nos adieux , les voici : « Sortez de mes royaumes î
— Desquels, sire? de ceux que j'ai conquis pour vous
Ou de ceux que pour vous j'ai défendus? — De lous.
— Quand? — Demain. — Aujourd'hui : sans moi gardez les vôiftt
Je vais dans mon exil vous en conquérir d'autres. » j
Cela dit, je souris , et je tournai le dos •
En sifflant dans ma barbe un vieil air de Burgos. j
Mais j'ai tenu parole. ]
ELVIRE. j
Et si bien qu'à son prince I
Chaque pas du banni gagnait une province, Et qu'en marchant toujours de combats en combals Vous n'avez jamais pu sortir de ses états?
RODRIGUE
Mais on vient t'arracher Valence, ta conquête, Mon père.
LE CID
Prends pour sûr que je leur tiendrai lêie ; Et si, sans le prouver, je perds ici mon. temps. C'est qu'il faut recevoir Ben-Saïd, que j'attends.
RODRIGUE
Lui!