‹ Œuvres complètesChapitre 136 sur 324 · ACTE I, SCENE VII · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE VII

U prira comme voas ; car prier nous sied bien,

A nous , humbles de cœur et faibles que nous sommes ;

Et j'ai vu toutefois s'agenouiller des hommes ;

Un guerrier prie aussi , mais de fer revêtu ,

Mais quand il va combattre ou qu'il a combattu.

RODRIGUE

Eh! que pourrais -je ici, moi, pour votre défense, Moi, dans Thorreur du meurtre élevé dès Tenfance, Et qui souffre h penser que tant de malheureux Vont pour un nom, du bruit, se déchirer entre eux.

ELVIRE

Pour la gloire !

RODRIGUE

Comment me serait-elle chère?

A qui l'offrir? D'ailleurs , éclipsé par mon frère , Je serais le dernier de ceux qui combattront. Paime mieux dans un cloître aller cacher mon front. Que deviendrais-je ici?

ELVIRE

Sans que je me fatigue A vanter un Laignez qui se nomme Rodrigue, Rodrigue comme vous, je dirai seulement Qu'il devint des guerriers Thonneur en un moment.

RODRIGUE

Ah! je l'admire, lui ; c'était là de la gloire!... Pourquoi m'en accabler?

KLVIRE.

Roulant dans sa mémoire L'insulte du Gormas, voyez-vous ce vieillard? Il n'a pour ses amis parole ni regard ; De peur de les flétrir, sa honte, il la dévore;

Car d'un dé8boaoré l'haleine déshonore.

Don Diégne attend aon fils qui cherche roffeaseur, Et les mets qu'on lui sert sont pour lui sans douefiiir; Il n'y saurait toucha; morne son front se p^icbe, Et de longs pleurs muets mouillent sa barbe blanche. 11 pleurait, le vieillard , et tant qu'il ne vit pas Rodrigue qui rentrant, le fer nu sous le bras, Les brar sur sa poitrine , k trois pas de la table , Contemplait sans parler sa face vénérable. Rodrigue approche enfin , s'incline , et d'un air doux , Mais fier, où le respect remidaçait le courroux , Il prend sa main et dit : « Mangez, mon noble père. — » Moi , mon fils! — Relevez ce front que je révère. — ))Lepuis-je? — Oui.-^uedis-tu?— QuenoussommesTeogift — » Il est donc puni? — Mort : ô mon père, maisgez. » Moine , qu'aurait-U fait ? mains jointes sous la bure , |

Moine, il eût prié Dieu de pardonner l'injure.

RODRIGUE

Digne fils d'un tel père , il aurait déchiré , Pour faire ce qu'il fit, son vêtement sacré. Mais un père k mon bras a-t-il remis sa cause? Suis-je l'heureux soutien où son espoir repose? Ai-je un père? Mon âme, où vous avez régné , S'ouvrait pour une sœur, et j'en fus dédaigné. Eh bien, sous ses dédains mon âme s'est flétrie. N'ayant père ni sœur, je n'ai point de patrie; Rien pour elle! son sein devant moi s'est fermé; Non , rien ^ point de patrie à qui n'est pas aimé!

ELVmE.

Vous vous faites outrage et vous en avez une, Et ce cœur aime en fils notre mère commune ;

Page 1