ACTE I, SCÈNE IX
FANÉS
OÙ suis-je?
RODRIGUE
Votre main ^ Laissez-moi la baiser.
FANES
Qaoi! c'est mon fils!
ELYIRE.
Le vôtre :
Dieu vous en a pris un , il vous eu rend un autre.
FANÉS
Lui, que j'ai renié, lui, que loin de mes yeux
Je crus enseveli sous un linceul pieux.
Cest mon sang!... Ah! son cri me suffit pour le croire :
N'as-tu pas dit, enfant, que tu veux de la gloire?
RODRIGUE
Je rai dit.
FANÉS
Que tu veux soutenir et venger L'honneur de ma maison ?
RODRIGUE
Quel qu'en soit le danger , Je le veax.
FANÉS
C'est mon fils; je^le vois, je l'embrasse; Je sens sous mes baisers ressusciter ma race!
jiODRIGUE.
Armez mon bras!
FANÉS
Viens, Cid!
( A Rodrigue. }
Tous deux nous l'armeroos; Nous te voulons tous deux chausser tes éperons ; Mais il faut, en frappant et d'estoc et de taille , Les gagner entre nous au fort de la bataille^ 11 faut me le ravoir ce corps qui m'est si cher. Jette le froc aux vents, plus de robe, du fer ! Du fer sur ta poitrine, un casque sur ta tête ! L'étoile des Fanés k s'éteindre était prête -, Que son éclat vengeur brille sur ton cimier , Et mort au Sarrazin qui la voit le premier !
J'approuve son ardeur, je l'aime, mais diffère : Qu'en, nous voyant h l'œuvre il apprenne k bien faire Sauter ainsi d'un bond de l'autel au combat, C'est tout mettre au hasard. Le métier du soldai, Si généreux qu'on soit, veut quelque apprentissage : L'habitude est en nous la moitié du courage.
ELVmE.
Le Cid vit le danger pour la première fois , Et c'est cette fois-là qu'il défit les cinq rois!
FANÈS
Vrai Dieu! ceux de mon sang ont l'âme bien trempée : Un cierge pour leurs mains est plus lourd qu'une épée ; N'est-<e pas, mon Rodrigue?
* RODRIGUE
Allons!
LE ClD.
J'espère en lui :
Ce qu'il doit être un jour, qu'il le soit aujourd'hui!