ACTE 11, SCÈNE V
Braver d'un Tront si calme un fléau destructeur.
Mais aussi que ce cœur, honteux de se connaître,
A pris un soin cruel d'humilier son maître !
Dans quelle rigueur feinte il chercha des secours !
De quels traits dédaigneux il arma mes discours !
Je dus cacher mes feux, puisqu'ils étaient un crime -,
Ce ne fut pas assez, je Ten rendis victime^
A ses humbles vertus, superbe, j'insultai-,
Je l'accablai du poids de leur obscurité.
De son sang, de ses jours, je ne tins aucun compte ,
Pour faire de sa gloire une excuse h ma honte,
Je voulus qu'il fût grand , illustre \ je voulus
Qu'il devint un héros, et ce héros n'est plus!
Il n'est pins!... Sois heureuse : h ta bouche inhumaine
Pas un mot n'échappa qui démentit ta haine^
Tu sus te vaincre, Elvire, et devant son cercueil
Cet aveu de ta force est doux à ton orgueil.
Triomphe : \k t'en louer tu dois trouver des charmes ,
Et c'est faiblesse k toi que de verser des larmes.
Ah! faiblesse ou vertu, qu'importe? En liberté
Je les laisse pour lui couler avec fierté.
Que ne peut-il les voir ; témoins de mon délire.
Si ces yeux ranimés dans les miens pouvaient lire.
Que j'y mettrais d'amour ! comme je laisserais
Ma sainte idolâtrie éclater sur mes traits !
Dans quels tendres aveux je la voudrais répandre,
Pour le désabuser,' le venger , et lui rendre
En bonheur, en ivresse, en orgueil d'être aimé.
Tous les chagrins cuisants dont je l'ai consumé.