ACTE I, SCENE VII. 3i
LàBRàNGHE , à part.
Il commence déjà.
DORANTE
Ne vous paraiirais-je pas bien indiscret si j'osais brusquement réclamer votre appui?
JULIE
Mon appui! Il me semble que ce serait bien plutôt h moi de vous demander l'assistance que vous avez prêtée si souvent 2i mon seie infortuné.
DORANTE , à part.
Elle parle un peu comme un roman de femme.
LABRANGHE.
II est vrai que mon ami est la providence de toutes les personnes mariées qui ne voudraient plus Tétre.
JULIE
Les nœuds mal assortis font tant de victimes! (a Dorante ) Mais que puis-je, monsieur?
DORANTE
Sauver un pauvre jeune homme que sa jolie figure a mis dans la peine.
JULIE
Voilh un malheur dont j'ai grande pitié.
LABRANGHE.
Et son sort, madame, dépend d'un juge k qui vous avez fait perdre le jugement.
Moi, monsieur?
DORANTE
Sans le vouloir... comme \k bien d'autres.
LABRANGHE.
Nous ne prétendons pas qu'il y ait eu préméditation.
DOftÀNTE.
S'il VOUS plaisait de feindre pour lui tm peu de la passion qu'il a pour vous ?
LàBRANCHE.
Seulement un peu.
DORANTE
Nous pourrions Tamener à Findulgence par le naufrage de sa vertu.
JULIE
Je ne vous cache pas, monsieur, que, dans la situation où je me trouve , la magistrature m'effraie beaucoup.
LABRANCHE
C'est l'impression qu'elle produit sur toutes les âmes honnêtes \ je ne peux pas voir une robe de juge sans émotion.
DORANTE, avec ezalUtion.
Ah! madame, faites cette bonne œuvre! faites cet acte de justice!
Contre la justice.
DORANTE
Vous aurez deux défenseurs qui ne vous abandonneront pas.
LABRANCHE
Qui se jetteraient au feu pour vous y suivre.
JULIE, riant.
J'aimerais mieux que ce fût pour m'en tirer.
DORANTE
Quant à moi, j'affronterais la colère de tous les tribunaux du royaume, ne fût-ce que dans l'espoir de vous appartenir par un lien , celui du danger que je braverais avec vous.