ACTE III, SCENE III
LA POMMERAIE
La TIlibaudière ?
LABRANGHË.
C'est lui que vous aurez vu dans ces circonstances terribles. Ah! parlez, dites-moi, de grâce, s'il est arrivé lï mon frère quelque chose de lacheux.
Vous avez un frère?
LABRANCHE
Un gentilhomme, qui est descendu tout récemment au Grand-Cerf... Et, tenez, monsieur le conseiller, c'est vous justement qu'il venait solliciter en faveur du docteur Valère, le parent de sa femme.
LA POMMERAIE
Il n'aurait rien obtenu, monsieur^ Valère est coupable.
LABRANCHE
Pardon!... Jecède a mes affreux pressentiments... Ah! j'aurais dA les croire, ce malin , quand j'ai reçu de ma belle-sœur celle lettre qui m'inquiétait, (vouiam s en aiur. j Pardon!
LA POMMERAIE
Arrêtez, monsieur! Vous, le secrétaire d'un avocat, vous êtes le frère d'un gentilhomme ?
LABRANCHE, à par
Ah, diable! (a La Pommeraie.) Il a été pour moi plus qu'un frère, monsieur le conseiller-, oui, plus qu'un frère. Fils légitime, lui., nous pouvions avoir ce bonheur-lk tons deux, et il l'a eu tout seul^ héritier d'un grand nom, il n'a pas repoussé son frère naturel. Il a aimé en moi jusqu'à l'erreur de son père ; il m'a élevé , monsieur, il m'a couvert de sa protection , et quand quelques succès de
barreau courooDaient ma jeune éloquence , il disait , en pleurant de joie : C'est mon ouvrage! Ab! s'il lui était arrivé un malbeur, je ne m'en consolerais jamais.
LA POMMERAIE, à part.
Sa douleur va faire un fracas épouvantable.
LABRANCHE
S'il avait un ennemi, je le poursuivrais jusqu'au bout du monde.
LA POMMERAIE, à part.
Il faut attendrir ou gagner cet liomme-lh.
LABRANCHE
Jusqu'au fond des enfers!
LA POMMERAIE
Eh bien! oui, monsieur, il est trop vrai; un de mes amis... dans un duel...
LABRANCHE
Mon frère, la première épée de France, succomber dans un duel ! Il a été victime d'un assassinat.
LA POMMERAIE
Ne le croyez pas.
LABRANCHE
Justice, monsieur le conseiller! Mon infortuné frère a été assassiné.
LA POMMERAIE
Je vous aflirme que non.
LABRANCHE
J*irai, s'il le faut, moi, le dernier d'une grande l:imille en deuil , j1rai avec elle me jeter aux pieds du roi, pour avoir justice.
LA POMMERAIE
Calmez-vous. J'ai dit un duel, et ce n'est qu'une ren-