ACTE III, SCÈNE
C'est tout un peuple en deuil honorant sa mémoire.
EDOUARD
Me répand»-*ta , Mortins, de leur recueillement?
MORTINS.
Leur respect t'en répond, à moins que, s'animant De réDergiqiie ardeur que tes accenls font naître, D'en comprimer Télan leur cœur ne soit plus maître. Spectacle auguste, alors! qu'il sera beau de voir Cette innombrable masse à ta voix s'émouvoir , Frémir de tes transports, s'embraser de ta flamme, Et prendre,- en t'admirant, une &me dans ton àme! Tu n'auras plus aflaire à tes faiseurs de lois^ Cœurs glacés que ceux-là! Non, tu vas cette fois , Tu vas ressusdter sur la place publique Les triomphes perdus de l'éloquence antique. Mais , ce n'est pas assez d'exalter la vertu 5 Frappe, écrase le vice k ses pieds abattu, lisseront là, couverts de leur deuil hypocrite : Que sur leur front, par loi, leur honte soit écrite; Sous leur vain appareil va les chercher, prends-les, Livre-les dépouillés aux regards des Anglais; Que dans leur nudité le peuple les contemple ! Et faire de leur chute un mémorable exemple, • ^ te portant au ciel les réduire au néant, Ne sera plus qu'un jeu pour ses bras de géant.
EDOUARD
^ quoi ! sur un cercueil des paroles de haine ! Quoi! profanant des morts le funèbre domaine, Y transporter l'aigreur de nos débats humains ! Quelle arène, Mortins , pour en venir aux mains ! Névil s'indignerait de nous y voir descendre ,
Et nos pieds de ton père y fouleraient la cendre.
Dans nos temps sans croyance, où Ton se rit de tout,
Laisse an moins des tombeaux la majesté debout.
Nous devons & Névil un peuple pour cortège;
Il Taura*, j'écrirai : mais qu'un mot sacrilège
Dans le séjour de paix troublé par nos disoords
Divise les vivants en insultant les morts !
Non ; d'un culte si saint malheur à qui se joue !
Honte k qui peut jeter dans le sang et la boue
Un appel aux partis pour en souiller Tadieu
Que reçoit la vertu qui remonte vers Dieu!
Je dois combattre ailleurs une injuste puissance ;
Lh je ne dois parler que de reconnaissance.
Quand un grand dtoyen n'a plus rien de mortel ,
Pour la patrie en pleurs sa tombe est un autel
Qui réunit les (ils sur la cendre des pères,
Et devant un cercueil tous les hommes sont frères.
MORTINS.
Tu vas perdre, Edouard , un triomphe assuré* Chacun parle, après tout , comme il est inspiré -, Dis ce qui te plaira, je dis ce que je pense-, Mais remplis un devoir dont rien ne te dispense : L'adresse que j'attends n'admet point de retards; Rédige-la de verve , écris , signe , et je pars.
EDOUARD
J'y vais.
( Il sort par une porte latérale. )