Ibid, VII, m
4. Voilà une expression naturelle et véritable de mœurs. Combien do
Il semble qu'une chose avoit mis César en état de tout entreprendre; c'est que, par une malheureuse conformité de noms, on avoit joint à son gouvernement de la Gaule cisalpine celui de la Gaule d'au delà les Alpes.
La politique n'avoit point permis qu'il y eût des armées auprès de Rome ; mais elle n'avoit pas souffert non plus que l'Italie fût entièrement dégarnie de troupes : cela fit qu'on tint des forces considérables dans la Gaule cisalpine, c'est-à-dire, dans le pays qui est depuis le Rubicon, petit fleuve de la Romagne, jusqu'aux Alpes. Mais, pour assurer la ville de Rome contre ces troupes, on lit le célèbre scnatus-consulte, que l'on voit encore gravé sur le chemin de Rimini à Gésène, par lequel on dévouoit aux dieux infernaux, et l'on déclaroit sacrilège et parricide, quiconque, avec une légion, avec une armée, ou avec une cohorte, passeroit le Rubicon ^
A un gouvernement si important, qui tenoit la ville en échec, on enjoignit un autre plus considérable encore; c'étoit celui de la Gaule transalpine, qui comprenoit les pays du midi de la France, qui, ayant donné à César l'occasion de faire la guerre, pendant plusieurs années, à tous les peuples qu'il voulut, fit que ses soldats vieillirent avec
gens capricieux se précipitent plutôt dans l'infortune que d'avouer leur tort? Combien de Pompées ne voit-on pas de nos jours ne soutenir une opinion que parce qu'ils l'ont avancée auparavant. (Frédéric II.)
i. Ce sénatus-consulteest une invention de quelque faussaire. Il suffit de le lire pour juger qu'il est apocryphe. Le voici : Jussu mandatuque P. B. COS. imp. mili. tyro comilito manipularis ve cent, turmœve legionarioe armât, quisauis es hic sistito vexHlum sinito, nec citra hune amnein Rubiconem, signa, arma^ ductum, comeatum, exercitum traducito. Si quis hujusce jussionis ergo adversus ierit,feceritve, adjudicatus esto hostis P. R. ac si contra patriam arma tulerit,sacros que pénates e penetralibus asportaverit. Sancito plebisci. senatus ve consulti ultra hos fines arma proferre liceat nemini. — ^. P. Q. R.
lui, et qu'il ne les conquit pas moins que les barbares. Si César n'avoit point eu le gouvernement de la Gaule transalpine, il n'auroit point corrompu ses soldats, ni fait respecter son nom par tant de victoires. S'il n'avoit pas eu celui de la Gaule cisalpine, Pompée aurait pu l'arrêter au passage des Alpes : au lieu que, dès le commencement de la guerre, il fut obligé d'abandonner l'Italie; ce qui fit perdre à son parti la réputation, qui, dans les guerres civiles, est la puissance même.
La même frayeur qu'Annibal porta dans Rome après la bataille de Cannes, César l'y répandit lorsqu'il passa le Rubicon. Pompée éperdu ne vit, dans les premiers moments de la guerre, de parti à prendre que celui qui reste dans les affaires désespérées; il ne sut que céder et que fuir; il sortit de Rome, y laissa le trésor public ; il ne put nulle part retarder le vainqueur; il abandonna une partie de ses troupes, toute l'Italie, et passa la mer.
On parle beaucoup de la fortune de César : mais cet homme extraordinaire avoit tant de grandes qualités, sans pas un défaut, quoiqu'il eût bien des vices, qu'il eût été bien difficile que quelque armée qu'il eût commandée, il n'eût été vainqueur ; et qu'en quelque république qu'il fût né, il ne l'eût gouvernée.
César, après avoir défait les lieutenants de Pompée en Espagne, alla en Grèce le chercher lui-même. Pompée, qui avoit la côte de la mer, et des forces supérieures, étoit sur le point devoir l'armée de César détruite par la misère et la faim : mais, comme il avoit souverainement le foible de vouloir être approuvé, il ne pouvoit s'empêcher de prêter l'oreille aux vains discours de ses gens S qui le rail-