Il cassa les tribuns du peuple. (M
On n'offense jamais plus les hommes, que lorsqu'on choque leurs cérémonies et leurs usages. Cherchez à les opprimer, c'est quelquefois une preuve de l'estime que vous en faites; choquez leurs coutumes, c'est toujours une marque de mépris.
César, de tout temps ennemi du sénat, ne put cacher le mépris qu'il conçut pour ce corps, qui étoit devenu presque ridicule depuis qu'il n'avoit plus de puissance : par là, sa clémence même fut insultante. On regarda qu'il ne pardonnoit pas, mais qu'il dédaignoit de punir.
Il porta le mépris jusqu'à faire lui-même les sénatusconsultes ; il les souscrivoit du nom des premiers sénateurs qui lui venoient dans l'esprit. « J'apprends qùel- (( quefois, dit Cicéron % qu'un sénatus-consulte, passé à (( mon avis, a été porté en Syrie et en Arménie avant que u j'aie su qu'il ait été fait; et plusieurs princes m'ont (( écrit des lettres de remercîments sur ce que j'avois été (( d'avis qu'on leur donnât le titre de rois, que mn- (( seulement je ne savois pas être rois, mais même qu'ils « fussent au monde »
On peut voir, dans les lettres de quelques grands hommes de ce temps-là ^ qu'on a mises sous le nom de Cicéron^ parce que la plupart sont de lui, l'abattement et le désespoir des premiers hommes de la république à cette révolution subite, qui les priva de leurs honneurs et de leurs occupations même; lorsque le sénat étant sans fonction, ce crédit, qu'ils avoient eu par toute la terre, ils ne purent plus l'espérer que dans le cabinet d'un seul ;